ZIMBABWE

Le duo Mugabe-Tsvangirai accueilli sans grand enthousiasme

Après six mois de violences politiques déclenchées par l'élection présidentielle de mars dernier, le chef de l'Etat zimbabwéen, Robert Mugabe, et le leader de l'opposition, Morgan Tsvangirai, ont conclu un accord devant prochainement mener à la nomination d'un gouvernement d'union nationale. Lire la suite...

Publicité

Après six mois de violences politiques déclenchées par l'élection présidentielle de mars dernier, le chef de l'Etat zimbabwéen, Robert Mugabe, et le leader de l'opposition, Morgan Tsvangirai, ont conclu un accord devant prochainement mener à la nomination d'un gouvernement d'union nationale.

Après 28 années de présidence de Mugabe, le pays crie famine et l'inflation a atteint un taux record.

Les résultats du premier tour de la présidentielle donnaient son opposant, Morgan Tsvangirai, gagnant. Mais les violentes répressions, orchestrées par Mugabe et son parti, le  Zanu- PF, qui ont suivi le scrutin ont eu raison de la démocratie. Six mois après, les deux camps sont fatigués de se battre.

Le président sud-africain Thabo Mbeki a annoncé que les deux hommes signeraient, lundi prochain, un accord sur un partage du pouvoir entres les deux partis.

Aucun détail n'a encore été donné, mais il semblerait que Mugabe reste président, alors que Tsvangirai endosserait le rôle de Premier ministre. Les deux partis se verront attribuer le même nombre de sièges au Parlement. Nos Observateurs zimbabwéens réagissent.

"Cet accord est probablement la meilleure chose qui puisse nous arriver"

Daniel Molokele est avocat des droits de l'Homme au Zimbabwe. Il travaille pour le "Global Zimbabwe Forum", un rassemblement de Zimbabwéens exilés.

Je passe mon temps à remercier Dieu de cette bonne nouvelle qui nous vient d'Harare !

C'est une très grande opportunité pour la nation zimbabwéenne et notamment pour la communauté installée à l'étranger. Je sais que ce n'est pas exactement le changement que nous voulions à l'origine. Mais c'est quand même un bon point de départ pour tous ceux qui essaient de faire avancer le pays.

Je sais que beaucoup de gens auraient préféré une révision complète du régime Mugabe, mais ce n'est pas ce qui s'est passé !

Mais la bonne nouvelle, c'est que, même s'il s'agit d'un compromis, cet accord est probablement la meilleure chose qui puisse nous arriver étant donné les circonstances.

Ce qu'il faut faire, c'est explorer tout l'espace démocratique qui va résulter de cette nouvelle organisation politique. 

Nous sommes tous ensemble dans cette histoire..."

"Il y a eu une grande réticence du côté de Mugabe pour la signature de cet accord"

Reyhana Masters-Smith est journaliste et militante pour les droits de l'Homme à Harare.

On attend ça depuis lundi dernier, jour où Tsvangirai est arrivé à Harare. On commençait à s'inquiéter que ça n'aboutisse pas. Puis on a reçu un SMS. On est content de cet accord, mais ça ne veut pas dire qu'on est complètement d'accord.

Personnellement, je pense qu'il y a eu tellement d'intimidation que personne n'ose plus être associé au MDC [Mouvement pour le changement démocratique, de Tsvangirai], même après la signature de cet accord. Personne ne parle du fait que la violence ait continué, même après le départ du Zimbabwe des équipes de télévision, il y a plusieurs mois. Une répression toujours aussi présente et toujours aussi brutale. Et on n'est même pas au courant de tout ce qui s'est passé, les campagnes étaient très difficiles d'accès à ce moment là. Comment se guérir de tous ces événements ? Comment avancer ? Quelle sorte de justice sera rendue ?

L'accord a été signé mais le MDC a perdu beaucoup de soutiens et ça jouera sur le partage du pouvoir. J'ai entendu que le Zanu- PF, le parti de Mugabe, prévoyait une restructuration du parti à tous les niveaux, ce qui pourrait être l'occasion de renforcer leur emprise sur la base.

Tout le monde regardera de très près la relation entre Mugabe et Tsvangirai et entre leurs partis respectifs. Je sais qu'il y a eu une grande réticence du côté de Mugabe pour la signature de cet accord. Mais il y a aussi eu beaucoup de pression. Et à un moment, il fallait bien qu'il accepte.

Les gens sont inhibés après une période aussi difficile. Je n'ai vu personne célébrer la nouvelle dans la rue."