Singapour

Un blogueur défie le gouvernement singapourien

Gopalan Nair est traduit en justice pour avoir "insulté" un juge sur son blog. Selon lui, c'est un message adressé par le gouvernement à ses blogueurs, plus rétifs à s'autocensurer que les médias traditionnels. Lire la suite...

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Gopalan Nair est traduit en justice pour avoir "insulté" un juge sur son blog. Selon lui, c'est un message adressé par le gouvernement à ses blogueurs, plus rétifs à s'autocensurer que les médias traditionnels.

Gopalan Nair, un avocat américain originaire de Singapour, risque jusqu'à un an de prison et 2 500 euros d'amende pour un billet dans lequel il mettait en question l'indépendance de la justice. Il commente ici son procès, dénonce la censure des médias traditionnels et le manque de démocratie au sein de la cité État. Vous pouvez lui poser vos questions (en anglais ou en français) sur sa fiche profil, il y répondra rapidement.

"Si le gouvernement s'en prend à moi, c'est qu'il sent que les choses changent."

Gopalan Nair est né et a passé son diplôme d'avocat à Singapour. Il vit aujourd'hui aux Etats-Unis.

Je pensais ne rester à Singapour que quelques semaines. J'étais venu assister au procès de Chee Soon Juan, que je commentais ensuite sur mon blog, Singapore dissident. La police est venue m'arrêter le 21 août ; ils m'ont détenu et interrogé pendant six jours.

Ils m'accusent d'insulte envers la juge qui suit cette affaire, Belinda Ang, parce que j'ai dit qu'elle se "prostituait" et qu'elle n'était "rien de plus qu'une employée de Lee Kuan Yew" [l'ancien Premier ministre singapourien, dont le fils est aujourd'hui au pouvoir]. La façon dont j'emploie "prostituer" dans mon texte n'a rien de sexuel. En anglais, ce terme signifie aussi abuser de son pouvoir, et c'est exactement ce que je voulais dire. J'ai enregistré le procès de Chee Soon Juan [leader d'un parti d'opposition], que je vais essayer de faire écouter au juge qui suit mon cas. Il est clair que la juge ne laissait pas parler l'accusé dont toutes les objections étaient en outre rejetées. Le procès n'était pas équitable.

En me poursuivant en justice, le pouvoir cherche à intimider les autres blogueurs. Mon affaire est suivie par les journaux locaux qui tentent de me discréditer. Mais si le gouvernement s'en prend à moi, c'est qu'il sent que les choses changent. Il y a de plus en plus de jeunes gens éduqués qui en ont assez et qui sont plus courageux qu'à l'époque. Malgré la propagande, des dizaines de personnes m'arrêtent chaque jour dans la rue pour me féliciter pour mon combat. Bien sûr, il est difficile pour les gens qui habitent toujours Singapour de critiquer ouvertement le pouvoir. Car le gouvernement a la main, directement ou indirectement, sur 70 % de l'économie du pays. Et parce que beaucoup de Singapouriens habitent des logements dont l'Etat est propriétaire. Alors, c'est vrai, la plupart ont peur et préfèrent ne pas parler de politique.

J'ai quitté Singapour pour pouvoir faire vivre ma famille. Je suis avocat, mais comme je militais dans l'opposition, je ne gagnais plus aucun procès et je n'avais plus de clients. Ils ne pouvaient pas m'atteindre aux Etats-Unis, alors ils ont profité de mon passage à Singapour pour m'arrêter. Je sais que je risque un an de prison, mais je ne pense pas qu'ils iront jusque-là car je suis citoyen américain, et l'ambassade des Etats-Unis suit attentivement mon dossier."