On croyait les Maoris de paisibles colosses passant le plus clair de leur temps à danser en pagne au son des tambours. Tout faux. Le leader maori Tame Iti est jugé aujourd'hui par les "kiwis" - les blancs néo-zélandais - pour avoir mis en place des camps "terroristes" dans le nord du pays.

Tame Iti, 56 ans, a été d'abord arrêté en vertu de la loi sur le terrorisme et a finalement été inculpé, avec 17 autres activistes, pour détention d'armes. Chanteur et travailleur social de son état, il est dans la ligne de mire des autorités depuis qu'il a monté des "camps militaires" dans le nord du pays, une région habitée par son peuple : les Maoris Tuhoe. Il s'était également fait connaître en tirant au fusil sur un drapeau néo-zélandais, lors d'une parade maorie, ainsi qu'au travers de l'une de ses chansons, "Terra-ism", dans laquelle il explique que les Néo-Zélandais blancs sont les véritables terroristes. A ceux qui disent que ces provocations vont trop loin, Tame Iti rétorque qu'il ne fait que défendre les droits de sa communauté et revendiquer la "souveraineté" pour les Maoris sur les terres de leurs ancêtres.

Tame Iti, le musicien

Le site "The Open Project" publie cette vidéo, datée de 2006, dans laquelle Tame Iti donne un aperçu des chants maoris.

"Tu peux jouer au rugby, boire des pintes dans les pubs comme les kiwis, ou bien choisir d'être intransigeant sur le plan culturel"

Karl Burrows est un Maori vivant actuellement au Royaume-Uni. Il monte des spectacles traditionnels et enseigne la culture maorie.

 

J'ai rencontré Tame Iti quelques fois. C'est quelqu'un qui, pour faire progresser sa cause, est capable de faire de la provocation, comme par exemple lorsqu'il a tiré sur le drapeau néo-zélandais. Je considère que, parce qu'il revendique la souveraineté pour les Maoris, son action est positive. Certains le voient comme un extrémiste. Mais pour avoir parlé à des membres de ces "camps de terroristes", je peux vous dire que ce ne sont que des colonies de vacances. Ils emmènent les enfants faire du trek en forêt, et s'ils portent des armes ce n'est que pour chasser, comme le font tous les Tuhoes. Ces camps sont organisés dans une partie du pays, uniquement peuplée par des indigènes. L'Etat ne s'y rend pas, ou alors avec l'armée.

Je suis Maori, mais pas Tuhoe [les Tuhoe sont une tribu maorie qui vit sur l'île nord de la Nouvelle-Zélande]. Nous vivons dans le monde moderne, même si notre héritage culturel est important. J'ai, d'ailleurs, lu que 50 % des Maoris se marient aujourd'hui avec des non-Maoris. Pour moi, les traditions sont une affaire personnelle. Tu peux jouer au rugby, boire des pintes dans les pubs comme les kiwis ou bien choisir d'être intransigeant sur le plan culturel.

Les choses se sont améliorées pour nous, ces derniers temps. Par exemple, ma mère n'avait pas le droit de parler le maori à l'école. Maintenant, il existe des écoles où l'enseignement est entièrement en maori. Il y a toujours du racisme, mais il n'est pas exprimé ouvertement. Les Néo-Zélandais blancs et les Maoris se parlent plus ouvertement. Il n'existe plus de conflit grave entre les deux communautés. Les Tuhoes réclament toutefois la souveraineté : une autonomie similaire à ce qu'ont les Gallois au Royaume-Uni. Il y a un an, une telle revendication n'aurait même pas pu être discutée."

Documentaire : "Tuhoe – histoire d’une résistance"

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© Tangata Whenua Television (société de production maorie). 2004.

Tame Iti présentateur télé

Tame Iti a également travaillé comme présentateur pour la télévision Maori télé, bilingue maori-anglais.