LIBAN

Le resto des flingues et des petits pains

A Beyrouth, le restaurant "Buns and Guns" ("Flingues et petits pains") fait sa pub en vendant des sandwichs aux noms douteux. Et apparemment au Liban, ça ne choque pas plus que ça. Goûtez donc au hamburger "Kalachnikov" servi dans une pita "terroriste".

Publicité

A Beyrouth, le restaurant "Buns and Guns" ("Flingues et petits pains") fait sa pub en vendant des sandwichs aux noms douteux. Et apparemment au Liban, ça ne choque pas plus que ça. Goûtez donc au hamburger "Kalachnikov" servi dans une pita "terroriste".

Ce fast-food est installé, depuis le début de juin, à Dahiyeh, un quartier de la banlieue sud de Beyrouth, l'un des bastions du Hezbollah, qui a été particulièrement touché lors la guerre de 2006 avec Israël. Le propriétaire du lieu joue jusqu'au bout la carte du marketing militaire, mais aussi de l'humour noir. Après avoir dépassé les barricades de sacs de riz qui font office de terrasse, le client s'installe sous un plafond camouflage et mange en écoutant les bombes tomber. Les formules vont du "B52" au "Magnum 357", proposées sur un menu illustré de photos de ces armes [voir la vidéo]. "Un sandwich qui peut vous tuer" est le slogan de ce restaurant pour le moins non conformiste. Un concept qui attire le client - le restaurant est toujours plein - et qui ne semble pas choquer outre mesure les Libanais.

Reportage diffusé le 12 juin 2008 sur la chaîne de télévision du Hezbollah, Al-Manar TV. Il a été traduit et posté par Memri TV, organisation dépendant de l'Institut américain de recherche sur le Moyen-Orient.

"On a tellement connu la guerre que c'est devenu un thème comme un autre"

Paul Chahine, 30 ans, il travaille dans l'import à Beyrouth.

C'est du pur marketing ! Il ne faut pas donner plus d'importance que cela à ce restaurant. C'est juste un jeune qui a eu une idée originale. Il a réussi son coup grâce au bouche à oreille. On en a parlé dans tout le Liban, mais aussi beaucoup à l'étranger.

Ça intrigue beaucoup les étrangers, mais pour nous, les Libanais, ce n'est pas choquant. Il en faut beaucoup plus pour heurter la sensibilité des gens, ici. Il y a déjà un restaurant à Beyrouth baptisé le "1975", en référence au début de la guerre civile et qui est dans le même genre, avec des chants militaires et toute une décoration guerrière. On a tellement connu la guerre que c'est devenu un thème comme un autre. Cela fait partie de notre culture.

Je me souviens que, pendant la guerre avec Israël en 2006, certains quartiers faisaient la fête alors que d'autres, juste à côté, étaient bombardés.

Les propriétaires veulent faire de la pub pour leur quartier, tenu par le Hezbollah, mais ce qui est étonnant c'est qu'ils le font en copiant un mode de vie complètement américain : soda, hamburgers, etc. Pour ma part, je ne crois pas qu'ils soient en lien direct avec le mouvement, ce sont peut-être des sympathisants, tout au plus."