CHINE

Cité interdite pour les vendeurs ambulants

Pour la plupart des habitants de Pékin, les Jeux olympiques représentent l'occasion tant attendue d'arborer leur joie et leur fierté. Mais pour les nombreux travailleurs illégaux de la capitale chinoise, Pékin 2008 est synonyme d'expulsion.

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Photo par Kevin German

Pour la plupart des habitants de Pékin, les Jeux olympiques représentent l'occasion tant attendue d'arborer leur joie et leur fierté. Mais pour les nombreux travailleurs illégaux de la capitale chinoise, Pékin 2008 est synonyme d'expulsion. Un de nos Observateurs sur place est tombé sur l'arrestation musclée d'un revendeur à la sauvette. Lui-même violemment repoussé par la police, il a néanmoins réussi à prendre quelques photos.

La foule de vendeurs à la sauvette fait partie des images d'Epinal de la capitale chinoise. A peu près un quart de la population de la ville est dépourvue du permis de résidence requis pour habiter à Pékin. Or, si en temps normal les autorités ferment les yeux devant cette économie informelle, ce n'est pas le cas lors d'évènements majeurs, comme les JO.

Les photos de l'arrestation

 

 

 

Photos par Kevin German

"A chaque fois qu'il y a un événement important, il y a une nouvelle razzia"

Jean-François Huchet, responsable du CEFC (Centre d'études français sur la Chine contemporaine), basé à Hong Kong.

Je ne sais pas dans quelles circonstances ont été prises ces photos. Il est donc difficile de les commenter et de savoir pourquoi ce vendeur a été arrêté et pas un autre.

Mais il faut savoir que depuis deux mois, la police chinoise fait en sorte d'évacuer toute personne qui ne possède pas de hukou, un permis de résidence qui est attribué à chaque citoyen dès la naissance. Si un Chinois est né dans une zone rurale [et n'a pas le hukou de Pékin], il n'a pas le droit de résider dans la capitale.

Mais certaines personnes vivant à la campagne peuvent bénéficier d'un permis de résidence temporaire, pour un projet en particulier. C'est le cas notamment de nombreux ouvriers venus l'an passé pour participer à la construction d'hôtels ou des sites olympiques. Mais, une fois le délai dépassé, les migrants doivent rentrer chez eux, sinon ils risquent d'être expulsés. Avec les JO, les autorités ont poussé ce système à l'extrême en expulsant même des étudiants étrangers.

Le vendeur à la sauvette que l'on voit sur la photo n'est peut-être pas un résident [de Pékin], ce qui pourrait expliquer pourquoi il est arrêté. Si c'est le cas, ce migrant a été envoyé dans un centre de détention administratif. C'est d'ailleurs un phénomène qui a été largement décrié par les associations de droits de l'homme internationales ces derniers temps.

Ce système du hukou est un peu une fiction car, dans toutes les grandes villes chinoises, il existe une population flottante de migrants. Sur les 9 à 10 millions d'habitants de Pékin, on en compte environ deux à trois millions sans permis de résidence en bonne et due forme. On les trouve généralement dans les lieux très populaires, car beaucoup d'entre eux vivent de petits boulots.

Après les Jeux olympiques, il y aura plus de tolérance et moins de contrôles. Car en temps normal, cette population joue un rôle social en travaillant là où les résidants ne veulent pas travailler, comme dans les petits commerces ou le ménage.

Donc ils sont amenés à revenir. Mais à chaque fois qu'il y a un événement important, comme le congrès du Parti communiste chinois (PCC), il y a une nouvelle razzia. "