Les agressions perpétrées par des groupes de " skinheads " sont devenues quasiment quotidiennes dans les grandes agglomérations russes. Le procès des membres d'un gang, accusés du meurtre de 20 personnes dans des agressions à caractère raciste, s'est ouvert fin juillet à Moscou. Ils filmaient les agressions et les diffusaient ensuite sur Internet.

Les accusés, âgés de 17 à 22 ans, s'en prenaient essentiellement à des immigrants venus d'Asie centrale et du Caucase. Sur les vidéos qu'ils mettaient eux-mêmes en ligne sur Internet, on les voit violemment agresser des passants pour délit de faciès.

La situation est devenue alarmante. On estime que pas moins de 141 groupuscules extrémistes existent aujourd'hui en Russie.

Avec la contribution d'Anastassia Metral.  

Montage vidéo posté sur Youtube par un skinhead

AVERTISSEMENT : Cette vidéo contient des images très violentes

Vidéo postée sur Youtube par mogutenok

"Nous sommes skinheads!"

" Presque tous (les immigrés) se sont fait agresser d’une manière ou d’une autre "

Elena Bourtina est collaboratrice de l'ONG « Coopération civile », qui aide les immigrants à régler les problèmes administratifs et à obtenir accès à l'aide médicale. Elle constate chaque jour les difficultés quotidiennes des immigrés vivant en Russie.

Presque tous se sont fait agresser d'une manière ou d'une autre, par des néo-nazis, ou même par des gens ordinaires, voire par la police (vols, agressions verbales ou physiques). Mais ça ne leur vient pas à l'idée de porter plainte ou d'essayer de prouver quoi que ce soit. C'est long, ça coûte cher, et dans la plupart des cas, ça n'aboutit à rien.
Les immigrés non-russes constituent la catégorie de population la plus vulnérable. Souvent, ils n'ont même pas leurs papiers en règle ou l'accès à l'aide médicale. Ils sont hélas habitués aux agressions ".

"Les journaux occidentaux ont tendance à exagérer le problème."

Samy habite à Moscou depuis 4 ans. Ce jeune français, originaire du Maghreb, étudie à la Maison de l'économie de Moscou.

Ce problème existe en Russie indéniablement, mais moi-même je suis étranger, originaire d'Afrique du Nord et je n'ai jamais été victime ou même témoin direct. Pourtant je me balade seul dans la rue et je prends le métro tous les jours. Les journaux occidentaux ont tendance à exagérer le problème. On croirait presque que la Russie est devenu invivable.

Ces scènes arrivent la plupart du temps dans les banlieues. Les cibles sont clairement les émigrés d'Asie centrale et des anciennes républiques soviétiques comme les Géorgiens ou les Arméniens, les gens du Sud. Les Russes font une lecture raciale de la société. Il y a toujours eu un rapport de force très important entre les slaves, c'est-à-dire les "russes blancs" et les rossiski (tous ceux qui ont le passeport de la Fédération de la Russie).

Ces violences proviennent le plus souvent des franges les moins favorisées de la population et les moins éduquées. Les jeunes qui se réclament du mouvement néo-nazi se sentent fragilisés d'un point de vue socio-économiques et essaient de retrouver un certain pouvoir en revendiquant la supériorité raciale. "

"Aujourd’hui ces groupuscules sont prêts à tout."

Sergei Belikov est avocat à Moscou. Il a écrit plusieurs livres sur le nationalisme en Russie, dont un est paru en 2002, "Les crânes rasés".

Le mouvement ultranationaliste en Russie est organisé autour de groupuscules. Il n'y a pas de véritable leader. La plupart des noms qui ressortent sont ceux de leurs héros, des néo-nazis jugés, inculpés ou décédés.

Il est vrai que ces mouvements se sont réveillés ces deux dernières années mais ils sont pour le moment relativement bien contrôlés par les autorités et les services secrets. On peut expliquer cette recrudescence par l'augmentation du coût de la vie dans les grandes villes ; les slaves sont de plus en plus nombreux à vivre très difficilement. Le taux de natalité de cette frange de la population est assez faible, et les néo-nazis jouent sur cette peur de la disparition de la race blanche au profit d'autres communautés.

Ces actes de violences montrent qu'aujourd'hui ces groupuscules sont prêts à tout. Ils n'ont plus rien à perdre. On retrouve le mode d'action des groupes terroristes dans des actes comme l'explosion sur le marché de Tcherkizovo à Moscou qui avait fait 14 morts en août 2006. Certains commencent à se fournir en explosifs et récupèrent des spécialistes comme des anciens militaires qui ont fait la Tchétchénie. Si cela continue, ils pourraient vraiment organiser des agressions systématiques contre certains groupes de personnes.

Les mouvements ultranationalistes ont été évincés peu à peu du pouvoir politique. Les autorités s'inquiétaient qu'ils prennent une place trop importante en tant qu'opposition.C'est dommage parce que la création d'une partie politique aurait pu forcer une certaine modération du discours. "

"Un homme a donné six coups de couteau à mon fils en criant "gloire à la Russie !""

Svetlana Aïvasian (pseudonyme), d'origine arménienne, vit à Moscou avec sa famille depuis 1993.

Mon fils a été tué avec des coups de couteau dans le dos. Tout simplement parce qu'il n'avait pas l'apparence slave. Il avait les cheveux bruns et le teint foncé.

Ca s'est passé dans un train de banlieue moscovite, il y a deux ans déjà alors qu'il rentrait du travail à 11 heures du soir. Il avait ses écouteurs. Le train s'est arrêté brusquement, quelqu'un avait appuyé sur le bouton d'arrêt d'urgence. Un garçon est rentré dans le wagon et lui a donné six coups de couteaux dans le dos en criant "gloire à la Russie". Mon fils est mort sur le coup, il avait 18 ans.

Le tueur présumé a été arrêté. Il avait 15 ans et était issue d'une famille défavorisée. Il n'en était pas à son premier meurtre à caractère xénophobe. On a retrouvé chez lui tous les attributs du parfait néo-nazi, photos, livres, vidéos, croix gammées etc... Il faisait partie de l'organisation néo-nazie "Union slave" - (l'abréviation de l'Union slave est Slavianski Soyouz, soit " SS " en russe)...Il a été jugé "non coupable" lors du premier procès. Mais on a fait appel et le deuxième procès est en cours.
Les Skinheads font partie du paysage en Russie. On les voit souvent dans des reportages à la télévision. Je ne comprend pas pourquoi la police ne fait rien pour les arrêter "