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Les fausses vidéos amateurs, nouvelles armes des publicitaires

Le principe est toujours le même : une première vidéo anonyme, apparemment amateur, montrant une expérience ou une performance incroyable. Puis, une fois le buzz généré, l'annonce qu'il s'agissait d'un faux réalisé pour le compte d'une marque. Une stratégie de marketing virale qui commence à soulever certains problèmes éthiques. .

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Le principe est toujours le même : une première vidéo anonyme, apparemment amateur, montrant une expérience ou une performance incroyable. Puis, une fois le buzz généré, l'annonce qu'il s'agissait d'un faux réalisé pour le compte d'une marque. Une stratégie de marketing virale qui commence à soulever certains problèmes éthiques.

La fausse vidéo amateur est devenue une technique classique pour les publicitaires. Plus c'est gros, plus les internautes se jettent dessus. Dernier exemple en date, le clip posté sur YouTube montrant un groupe de jeunes faisant du pop-corn en allumant simultanément plusieurs téléphones portables. Une vidéo vue plus de 10 millions de fois en vingt-quatre heures, mais dont la plupart des internautes pensaient qu'elle avait été filmée sans trucage. Résultat : une rumeur qui enfle sur la nocivité des ondes émises par les mobiles et un démenti tardif qui n'estompe pas complètement la panique initiale. Cette affaire de la pub "pop-corn" illustre bien les dangers de ces publicités virales. D'une part parce qu'elles risquent de faire naître de vraies rumeurs, d'autres part parce qu'elles sapent peu à peu la confiance du grand public envers Internet, plus que jamais perçu comme le média des rumeurs et des informations douteuses.

D’autres fausses vidéos amateurs

Pour Gatorade

Pour le dernier film de Timur Bekmambetov

Pour Ray-Ban

Pour Nike par le joueur de basket Kobe Bryant

Pour Levis

Fausse vidéo amateur, mais vraie performance ?

 

Pour promouvoir le tourisme en Flandres

Difficile de croire à celle-là...

"J’attache plus d’importance à la créativité qu’à l’éthique"

Frédéric Chast est le créateur de la publicité "pop-corn". Il est le fondateur, et le seul employé, de l'agence de publicité LastFools, qui a réalisé et vendu cette publicité.

Les gens ne sont pas censés croire tout ce qu'ils voient sur Internet. Idem pour ce qu'ils lisent dans les journaux ou voient à la télé. Je me fiche d'eux, mais juste pendant un moment. Il suffisait de se dire "mon cerveau n'a rien à voir avec du pop-corn, c'est scientifiquement impossible", pour arrêter d'avoir peur. Et le vérifier ne prend pas plus de cinq minutes.

En dix jours, 10 millions d'internautes ont vu ma publicité, alors j'ai vite décidé de révéler sa source (on est des publicitaires, c'est notre métier de révéler nos sources !). On n'avait pas anticipé un carton pareil, ou que les gens puissent prendre cette pub au sérieux. Cela fait maintenant un mois que l'on essaie d'expliquer que c'est un faux, mais on ne peut pas toucher tous ceux qui ont vu le clip.

Mon client [Cargo] est de toute façon très content. Ce n'est qu'une pub, et elle a très bien marché. Soyons honnêtes, je n'essaie pas de convaincre d'envahir l'Irak. Je voulais juste faire rire les gens, de faire quelque chose d'original. J'attache plus d'importance à la créativité qu'à l'éthique. Je ne suis pas plus dangereux qu'Eminem."

La publicité "pop-corn"

Vidéo faussement amateur sur les effets du portable sur le popcorn.

Publicité finale pour Cargo, un vendeur américain d'accessoires téléphoniques.

"Une telle campagne [pop-corn] ne serait pas autorisée à la télévision"

Bertrand Simon est Directeur de CMS Conseil, société de conseil en communication spécialisée dans les medias en ligne, et enseigne également la communication à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

On aurait tort de croire que des publicités où aucune marque n'apparaît son l'apanage de l'Internet. Ces techniques sont aussi utilisées en affichage ou à la télévision depuis des années, comme on a pu le voir avec la campagne Myriam, ou plus récemment avec les deux moustachus du Toutouyoutour, qui préfigurait la campagne du 118 218. Ces campagnes, dites de "teasing" sont généralament en deux parties. La première partie ne mentionne pas la marque, qui est n'introduite que dans dans la seconde. Sur le Net, les campagnes de buzzmarketing ont très souvent recours à ce même procédé, et généralement avec succès, car l'humour en est un des principaux ressorts.

Pour la vidéo « pop-corn », c'est très différent. Les gens sont habitués, depuis vingt ans, à voir des publicités humoristiques, et ils aiment cela. Mais celle-ci joue sur la peur, sur un risque sanitaire qui angoisse une partie de l'opinion publique, mais en l'amplifiant tellement qu'on sort de la grosse blague de potache pour entrer dans la désinformation. De nombreuses personnes étaient prêtes à croire que les ondes émises téléphones pouvaient avoir suffisamment de puissance pour transformer du maïs en pop-corn, dans la mesure où les images semblaient l'accréditer.D'autres au contraire se sont tout de suite demandé où était la supercherie, et ont émis des tas d'hypothèses : la table est une plaque chauffante, le maïs est du pop-corn spécial micro-ondes préalablement chauffé... Mais une chose est sûre, la vidéo n'a pas laissé indifférent. Quant au moment de la révélation, il a été assez mal apprécié dans la communauté des internautes. Qu'une marque d'oreillettes joue avec les peurs des gens et les désinforme n'a pas été jugé acceptable, ni même honnête. Le buzz s'est ici retourné contre la marque.

Une telle campagne ne serait pas autorisée à la télévision. Si de telles pratiques se répétaient sur Internet, nous irions tout droit au devant d'une législation contraignante, ce qui serait regrettable. Je ne pense pas que des lois soient nécessaires, c'est aux agences et aux annonceurs de prendre leurs responsabilités, et de faire preuve de déontologie, et d'éthique, comme cela se fait déjà dans le cadre du BVP pour la publicité dans les médias traditionnels."