ISRAEL

Vidéo amateur compromettante pour l’armée israélienne

Une nouvelle vidéo amateur de Palestine défraie la chronique depuis dimanche. Un soldat israélien qui tire une balle en caoutchouc, à bout portant, sur un jeune manifestant palestinien. Selon l'ONG qui a récupéré ce document, cette affaire avait été "couverte" par les autorités israéliennes.

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Une nouvelle vidéo amateur de Palestine défraie la chronique depuis dimanche. Un soldat israélien qui tire une balle en caoutchouc, à bout portant, sur un jeune manifestant palestinien. Selon l'ONG qui a récupéré ce document, cette affaire avait été "couverte" par les autorités israéliennes.

Cet incident s'est produit dans le village de Naalin, au nord-ouest de Jérusalem. Le jeune palestinien, Ashraf Abou Rahme, 27 ans, venait de manifester contre la barrière de sécurité mise en place par l'Etat hébreu et qui sépare son village de certains de ses terrains agricoles. Il a été touché au pied par la balle en caoutchouc et a été relâché peu après avoir été examiné par un médecin militaire. A la suite de la diffusion de cette vidéo, la police militaire a arrêté le soldat incriminé, pour interrogatoire. Nous publions sur les Observateurs le témoignage d'un des responsables de l'ONG B'Tselem, qui a récupéré et diffusé la vidéo, et celui des jeunes palestiniens qui l'ont tournée.

"Nous sommes souvent les témoins de scènes de harcèlement, ici à Naalin"

Salam Jamal Kanaan, une lycéenne de 17 ans, a filmé la scène de son balcon. Son frère Mohammed Kanaan a pris le relais lorsqu'elle a lâché la caméra, après le coup de feu.

Salam

J'étais au balcon et la scène s'est déroulée juste en bas de chez-moi, à environ 50 mètres. J'ai l'habitude de tourner de courtes scènes pour les poster sur le Web, car nous sommes souvent les témoins de scènes de harcèlement, ici à Naalin. Ashraf Abou Rahme [la victime] est de Bal'in, le village voisin. A l'instant où l'officier a tiré sur Ashraf, j'ai crié et donné la caméra à mon frère. Nous avons eu peur d'être la cible de balles israéliennes et nous nous sommes retirés à l'intérieur. C'est pour cette raison que le film est interrompu après le coup de feu et ne reprend qu'environ une minute plus tard ".

Mohammed

Notre village a perdu 140 dunams (1 dunam = 1000 mètres carrés), 4 puits d'eau et 500 oliviers à cause du mur. Les villageois étaient en train de manifester pacifiquement lorsque les soldats israéliens ont arrêté Ashraf Abou Rahme, puis lui ont tiré dessus. Heureusement que ma sœur a filmé la scène, avec la caméra qu'elle utilise normalement pour filmer la fête de fin d'année de son école, car tous les médias locaux et internationaux étaient interdits d'entrée au village ".

"Sans cette vidéo, aucune enquête n'aurait été ouverte."

Sarit Michaeli est responsable de la communication de l'ONG B'Tselem.

Nous avons lancé un programme intitulé "Shooting back", il y a un an, dans le cadre duquel nous avons déjà distribué une centaine de caméras à des Palestiniens de la région d'Hébron. Mais la jeune fille qui a tourné ce film ne l'a pas fait avec l'une de nos caméras ; elle nous a fait parvenir son film par le biais d'expatriés vivant dans les Territoires palestiniens. Elle a d'abord essayé de donner ses images directement à des médias, mais ces derniers ne voulaient pas les diffuser. Ce n'est que lorsque nous leur avons transmis nous-mêmes cette vidéo, après vérification, qu'ils l'ont sortie.

Ce film est extrêmement important parce qu'il montre que l'armée israélienne a l'habitude de couvrir ce genre d'incident. Un lieutenant-colonel, donc un haut gradé, était présent lorsque le jeune a reçu cette balle en caoutchouc (ces balles ne devraient pas être tirées à moins de 14 mètres de la cible, sinon elles peuvent être mortelles). Pourtant, sans cette vidéo, aucune enquête n'aurait été ouverte.

Enfin, c'est l'une des rares fois que l'on filme des soldats israéliens en train de commettre une bavure (voir l'une de ces vidéos ici). Les premières vidéos que nous avions diffusées montraient des brutalités commises par des colons."