LIBAN - ISRAEL

Samir Kantar, héros pour les uns, monstre pour les autres

Cinq prisonniers libanais, dont certains étaient emprisonnés pour le meurtre de civils, ont été relâchés mercredi par les Israéliens en échange des dépouilles de deux de leurs soldats. Vraisemblablement gêné par ces libérations, le gouvernement israélien a posté sur YouTube deux vidéos, adressées aux internautes arabes et anglophones, pour rappeler que ces prisonniers sont des meurtriers et non des héros, comme les qualifie le Hezbollah.Lire la suite et voir les vidéos...

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Cinq prisonniers libanais, dont certains étaient emprisonnés pour le meurtre de civils, ont été relâchés mercredi par les Israéliens en échange des dépouilles de deux de leurs soldats. Vraisemblablement gêné par ces libérations, le gouvernement israélien a posté sur YouTube deux vidéos, adressées aux internautes arabes et anglophones, pour rappeler que ces prisonniers sont des meurtriers et non des héros, comme les qualifie le Hezbollah.

Le plus célèbre des prisonniers relâchés est Samir Kantar, condamné en 1979 pour le meurtre de trois civils israéliens, y compris un père et sa fille de quatre ans. Célébré au Liban, où il a été accueilli en héros, il est au contraire détesté par l'immense majorité des Israéliens.

"Que ressentez-vous face à un enfant dont on frappe la tête ensanglantée contre un mur ?"

Cet Observateur, un musicien israélien de 32 ans habitant Ra`anana, a souhaité rester anonyme.

Le premier film [en anglais] joue sur les émotions pour relater les actes tragiques de Kantar. Il est toutefois en partie censuré pour ne pas choquer les Occidentaux et donner l'impression d'être mesuré.

N'oublions pas que ces films sont destinés aux Arabes, qui regardent à longueur de temps des vidéos de propagande contre Israël mises en ligne par des groupes terroristes. Des images remplies de sang et de corps démembrés qui visent à choquer et à émouvoir. Au contraire, ces films israéliens s'adressent aux cerveaux des internautes.

Je trouve que le film en arabe ne va pas assez loin. Ce ne sont que des mots, que l'on oublie vite. J'aurais fait quelque chose de plus choquant, qui commencerait par cette phrase : "Que ressentez-vous face à un enfant dont on frappe la tête ensanglantée contre un mur, face à cet homme qui vient d'être relâché ?"

Mais je ne critique pas cette libération. Israël doit récupérer ses soldats, qu'ils soient vivants ou morts."

Les vidéos postées par le gouvernement israélien

Cette vidéo a été postée sur YouTube par le bureau du Premier ministre israélien à la veille de la libération des prisonniers libanais. Destinée à un public anglophone, la vidéo privilégie une narration dramatique, dans un style qui rappelle le Hollywood des années 40, des meurtres commis par l'ancien prisonnier. Elle rappelle que Kantar a tué la petite fille en lui fracassant la tête avec la crosse de son fusil. Elle présente également le témoignage de la mère de la victime, qui a échappé au massacre. Le film s'achève sur la phrase "Au tueur d'enfant" inscrite sur l'emblème du Hezbollah.

 

Un discours adressé en arabe aux internautes par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien. Contrairement à la première vidéo, très dramatique, ce film n'est composé que d'un plan fixe d'Ofir Gendelman qui parle en arabe, un drapeau israélien accroché derrière lui. Le diplomate explique calmement qui est Kantar et pourquoi le gouvernement a procédé à l'échange.

Extraits :

"Pour le Hezbollah, Samir Kantar est un héros de premier ordre, alors que pour Israël et le reste du monde civilisé, il est un atroce meurtrier. C'est ce tueur d'enfants que le Hezbollah accueille avec des louanges, des pleurs et des parades. C'est un meurtrier sauvage que les extrémistes considèrent comme un héros. (...) Le Hezbollah est un groupe terroriste soutenu par l'Iran. (...) Internautes que je respecte, je voudrais juste dire un dernier mot. Si le Hezbollah tente encore un kidnapping, notre réponse sera plus dure encore qu'en 2006."

"Son retour a été célébré par tous les Libanais, pas uniquement par le Hezbollah"

Bernard Mikael est le secrétaire général du Mouvement pour le Liban, proche du général Aoun [leader politique chrétien qui a signé un accord politique avec le Hezbollah en 2006].

La vidéo en anglais cherche à émouvoir les Américains et les Européens en insistant sur le meurtre d'enfants. C'est sûrement efficace. Celle en arabe ne touchera en revanche personne. Les populations arabes, contrairement à nombre de leurs dirigeants, sont favorables au Hezbollah. Il n'y a qu'à voir leur réaction en 2006 à la suite de la victoire militaire du mouvement chiite.

Je ne considère pas Kantar comme un héros, car je suis opposé au meurtre de civils, mais pour les Libanais il est devenu un symbole de la résistance contre Israël. Je tiens d'ailleurs à préciser que Kantar n'a aucun lien avec le Hezbollah. Il a été arrêté en 1979, alors que le mouvement chiite n'a été créé qu'en 1984 [la date communément admise est 1982] ! A l'époque, il appartenait au FLP [Front de libération de la Palestine]. Son retour a donc été célébré par tous les Libanais, pas uniquement par les membres du Hezbollah.

Ces vidéos ne m'étonnent pas. Le gouvernement israélien, arrogant, cherche à dépeindre les Arabes comme des barbares, des terroristes. Pourtant, eux aussi pratiquent un terrorisme d'Etat, qui fait bien plus de victimes. Il suffit de rappeler la guerre de 2006 avec le Hezbollah. Le mouvement libanais avait attaqué une cible militaire. La riposte militaire israélienne a pourtant coûté la vie à 1200 civils libanais. Il y a deux poids deux mesures. On traite Kantar d'assassin, mais on ferme les yeux sur les crimes commis par Israël."