La recherche des "massacres de Tiananmen" sur un moteur de recherche chinois ne donne aucun resultat.

Une blogueuse chinoise révèle le pot aux roses : les autorités chinoises paieraient 50 centimes de Renminbis (0,05 euro) pour chaque commentaire favorable au gouvernement posté sur Internet. Et à la veille des JO, les propagandistes du gouvernement ne chôment pas.

Oiwan Lan est une blogueuse de Hong Kong. Elle est connue pour avoir défié les réglementations hyper restrictives sur l'obscénité de son gouvernement en mettant sur son site un lien vers un nu posté sur Flickr. Elle est actuellement poursuivie en justice par le gouvernement hongkongais.

Sur cette vidéo, elle est interrogée par le journaliste et blogueur Thomas Crampton. Elle y explique comment le gouvernement recrute les "50-cents people".

"Il s’agit ici de manipulation plus que de censure"

Thomas Crampton est journaliste à Hong Kong. Il tient le blog "Thomas Crampton : China, Internet and new media seen from Asia".

Ces interventions suspectes sur les blogs ont été particulièrement remarquées au moment de l'arrivée de la torche olympique en Chine. Dans des discussions légèrement critiques, on a pu repérer des messages très nationalistes qui collaient parfaitement au discours du gouvernement.

C'est assez connu, en Chine, que des étudiants de grandes écoles, qui sont très peu payés les premières années, travaillent parallèlement comme "propagandistes à 50 centimes". C'est un peu l'équivalent de nos stagiaires !

Cela dit, il faut faire une nuance. Il s'agit ici de manipulation plus que de censure. Les "propagandistes à 50 centimes" manipulent l'opinion. L'autre face du contrôle de l'information est la censure stricte. Celle-ci est organisée par des professionnels rattachés aux autorités. Ce sont eux qui traquent les sites les cyberdissidents et signalent l'utilisation de termes "subversifs" comme Falun Gong [mouvement spirituel chinois réprimé par le gouvernement]."

 

"Mon ami (…) complète son salaire en allant poster des commentaires sur les blogs"

Extraits de l'interview :

Qui sont les "50-cents people" en Chine?

Ce sont des free-lances qui tiennent des blogs. Ils travaillent pour le gouvernement et, pour chaque message posté, ils gagnent 50 centimes. J'ai un ami qui gagne comme cela quelques centaines de Renminbis par mois.

Qui sont ces gens ? Comment sont-ils recrutés ?

Cela dépend. Mon ami travaille dans des médias traditionnels, il est reporter pour un journal et il complète son salaire en allant poster des commentaires sur les blogs.

D'après mes informations, les autorités recrutent chez les journalistes, mais il y aussi des personnes employées par le gouvernement à temps plein, des membres du Parti. Par ailleurs, Tsinghua, l'université d'élite chinoise, est un des viviers de recrutement pour ces agents d'information. Les recruteurs s'informent d'abord sur les affinités politiques des étudiants, puisqu'ils cherchent des sympathisants du Parti. Et ils choisissent surtout des hommes, puisqu'il faut naviguer sur des sites pornographiques. Une amie à moi s'est vu refuser sa candidature pour cette raison.

Comment ça marche ?

Les "50-cents people" ne censurent pas directement. Ils essaient d'atténuer les opinions exprimées dans les billets de blogs. Ils s'insèrent dans la discussion en prônant l'avis du gouvernement. En fait, ils façonnent l'opinion publique.

Si j'écris Free Tibet ? Ils m'attaqueront moi personnellement ?

Certains pourraient t'insulter. Mais il y a différents moyens.

Les médias chinois sont donc de plus en plus performants lorsqu'il s'agit d'utiliser à leur avantage les médias sociaux ?

Oui, ils ont plusieurs moyens de faire passer leur point de vue. La technologie est un des moyens de construire une "Grande Muraille" autour de l'information. Il est plus difficile de faire passer de la propagande sur twitter que sur les blogs, parce que ce système fonctionne sur la base d'un réseau fermé d'amis ; il faut que l'internaute autorise les autres à recevoir ses messages. Il y a un mois, des proches m'ont dit que leurs twitters étaient surveillés. Mais il y a des moyens de se protéger.

C'est la censure chinoise version web 2.0 ?

Oui, mais ça fait déjà bien deux ans que les "50-cent people" interviennent sur les sites.

Vidéo reprise par France 24

La vidéo de Thomas Crampton a été diffusée dans l'émission "Une semaine en Asie", 22/07/08.