FRANCE

Versac, Birenbaum, Aphatie, la guerre des blogs aura bien lieu

Nicolas Vanbremeersch, blogueur politique sur Versac, s'est retrouvé au centre d'une bataille contre des poids lourds de la chronique sur le Net, le journaliste Jean-Michel Aphatie et l'éditeur Guy Birenbaum. Versac et Birenbaum s'expliquent sur cette polémique qui dégénère et dressent un bilan acide de la blogosphère française.

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Nicolas Vanbremeersch, blogueur politique sur Versac, s'est retrouvé au centre d'une bataille contre des poids lourds de la chronique sur le Net, le journaliste Jean-Michel Aphatie et l'éditeur Guy Birenbaum. Versac et Birenbaum s'expliquent sur cette polémique qui dégénère et dressent un bilan acide de la blogosphère française.

La polémique oppose les blogueurs "historiques", comme Versac ou Embruns, aux chroniqueurs Jean-Michel Aphatie et Guy Birenbaum. Versac dénonce la "flagornerie" de Jean-Michel Aphatie ; ce dernier lui rétorque que la Toile n'est qu'une "vertigineuse mise en abîme d'égos qui ne demandent qu'à s'étaler". Guy Birenbaum s'en prend à Embruns, qui avait dit du scoop de Rue 89 - le off de Sarkozy à France 3 - qu'il était sans intérêt. Il le qualifie de blogueur "à l'égo bouffi" ; Embruns lui répond, avec ironie, qu'il admire son "courage" et sa "constance". Une guéguerre pas forcément passionnante, mais qui révèle la persistance d'un certain malaise entre professionnels des médias et blogueurs. Nous publions ici le commentaire de Versac et celui de Guy Birenbaum. Uncensored.

(Nous avons également contacté Jean-Michel Aphatie. S'il nous contacte, nous publierons sa réponse).

"Ils se sont attaqués à trop gros pour eux"

Guy Birenbaum est éditeur. Il tient une chronique très populaire sur LePost.fr.

J'ai été lynché par une quinzaine de blogueurs soi-disant influents. Je leur reconnais le droit de faire des commentaires sur tout et n'importe quoi. Mais j'ai aussi le droit de gueuler lorsqu'ils disent n'importe quoi. Et sur ce off de France 3, c'était le cas. Je parle en connaissance de cause. J'ai été consultant pour la direction de l'information de France 2 et j'ai une thèse en sciences politiques. J'ai assisté à des dizaines de plateau d'hommes politiques et je sais comment ça se passe. L'info sortie par Rue 89 était importante.

Moi je ne publie des billets que sur des sujets que je connais. Je ne commente pas la mode ou l'actualité internationale. Avec ces blogueurs, c'est 3615 j'existe sur tous les sujets. Ils cherchent l'attention, le buzz. Quand Versac dit qu'il n'a jamais cherché à être starisé par les médias, ça me fait doucement rigoler, il fait son Ingrid Betancourt du blog. Je l'ai croisé sur de nombreux plateaux, il a eu son portrait dans Le Monde. Il aurait pu refuser tout ça. Leur république des blogs, c'était juste un une façon de légitimer un groupe dominant. Et bien ça ne marche pas comme ça. La blogosphère est infinie, il y a toujours de nouveaux entrants.

Ces blogueurs sont des habitués des chasses à l'homme. Ils tiennent à montrer qu'ils ont le plus gros kiki. Mais, cette fois, ils se sont attaqués à trop gros pour eux."

"Les journalistes ont voulu faire de moi une star"

Nicolas Vanbremeersch, alias "Versac", tenait un blog politique depuis mars 2003.

Le coup de gueule d'Aphatie est incompréhensible. Il a sorti l'un de mes commentaires de son contexte et a réagi de manière très violente. Sa réaction démontre qu'il ne comprend rien aux blogs. Il n'en lit d'ailleurs sûrement pas. Le blog est un espace de dialogue, un lieu où l'on peut créer un réseau, forcément limité, de gens qui s'intéressent à un même sujet. Ce qu'il fait n'a rien à voir avec du blogging. Il tient une chronique et il laisse aux gens la possibilité de laisser des commentaires. Il ne répond pas à d'autres billets, ne créé aucun lien et ne dialogue pas avec ses lecteurs.

Je suis un peu nostalgique des discussions qui se tenaient sur mon blog entre 2004 et début 2006, avant la fureur médiatique autour du blogging. J'avais peu de lecteurs, mais nous avions des discussions passionnantes. Ensuite les journalistes ont voulu faire de moi une star. Lorsqu'ils venaient assister à la République des blogs [un événement autour du blogging politique que Versac organise], je leur disais ‘allez voir les autres blogueurs', mais ils ne voulaient pas. Ils me répondaient : ‘On te veut absolument. On veut les stars du blog'. J'ai toujours refusé de jouer le jeu. J'ai dit non à la plupart des interviews télé et je ne me suis rendu que dans les émissions qui donnent le temps de s'expliquer, comme par exemple sur France culture. J'avais vraiment quelque chose à dire sur le blogging, mais je ne voulais pas me contenter de l'image réductrice qu'en donnaient les médias.

Aphatie accuse les blogs d'être un ramassis d'égos, qui ne cherche que la polémique, le buzz, les visiteurs uniques. C'est pourtant les médias qui fonctionnent de cette façon. Ils ont besoin de faire du bruit en permanence, de générer des clashs. Je n'ai jamais essayé de faire ça sur mon blog. Le buzz ne m'intéresse pas, le trafic non plus. Je fais d'ailleurs tout pour éviter que mes billets ne soient référencés par les moteurs de recherche, par exemple en choisissant des titres qui n'ont rien à voir avec mon billet. L'engouement médiatique sur mon blog m'a amené des lecteurs, mais pas des bons. Les commentaires ont perdu en qualité et j'ai reçu beaucoup d'insultes.

Aphatie a une conception top-down des médias, qui n'a rien à voir avec le blogging. Mais je ne veux pas généraliser sur le thème ‘les journalistes ne comprennent rien aux blogs'. Il y a plusieurs bons projets où l'on voit que des journalistes s'inspirent de la logique du blog : rue 89, Les Observateurs de France 24. Des ponts se créent. Mais, dans le même temps, certains journalistes se crispent face au changement, et Aphatie en fait partie.

J'ai arrêté de blogueur sur Versac. Et là, c'est vrai, je me retrouve un peu con. Mais ça fait du bien. J'avais besoin de briser une spirale."