Actualisation (07/07/2008): Ci-dessous nous publions une vidéo de la libération filmée par un militaire colombien. Elle a été diffusée par l'armée en réponse aux rumeurs de rançon payée aux FARC en échange de la libération des otages.

L'un de nos Observateurs était en transit à l'aéroport de Bogota lorsque les autorités colombiennes ont annoncé la libération d'Ingrid Betancourt. Il nous raconte l'émotion parmi les voyageurs alors que la nouvelle se propageait comme une trainée de poudre.

L'opération de libération filmée par un militaire colombien

Cette vidéo de l'opération de libération filmée par un militaire colombien a été rendue publique vendredi soir par l'armée colombienne. L'objectif était de faire taire les rumeurs sur le paiement d'une rançon en échange de la libération de la franco-colombienne. Les images faisaient 15 minutes à l'origine et ont visiblement été retravaillées par l'armée. Les otages sont ici acheminés vers l'hélicoptère. On peut voir leur réaction lorsqu'ils apprennent qu'ils sont entre les mains de l'armée. Le quotidien colombien « El Tiempo », qui avait été un des premiers média à relever que la vidéo avait été modifiée, dément la théorie de la mise en scène relayée par certains médias européens.

Ingrid Betancourt juste après sa libération. Premier appel à sa mère.

Ces images ont été tournées lors de la première escale d'Ingrid Betancourt sur une base militaire. Elle y passe son premier appel à sa mère. Elle lui dit "je suis en vie, je suis en vie". Ingrid a été ensuite transférée à l'aéroport de Catam, où elle a retrouvé sa mère et a été présentée à la presse.

"Quelqu'un s'est mis à applaudir, puis un autre, puis tout le monde"

Sebastien Longhurst est l'un de nos Observateurs à Bogota

J'étais à l'aéroport de Bogota, en transit, quand j'ai entendu une rumeur dans les salles d'attente, près des téléviseurs. Les gens parlaient sur leur portable, quelques personnes ont commencé à s'agiter, les larmes aux yeux, et là, la nouvelle s'est répandue comme une trainée de poudre. Beaucoup se sont levés, créant des attroupements, le souffle court, autour des écrans de télé. "La liberaron! Ingrid esta libre!". Et puis quelqu'un s'est mis à applaudir, puis un autre, puis tout le monde. Un applaudissement qui célébrait un moment attendu et qui venait féliciter l'exploit de l'armée colombienne, trop souvent critiquée.

Ce qui s'est passé ici, hier soir, reflète le soulagement de tout un pays. La libération d'Ingrid, depuis si longtemps retenue en otage, était devenue un sempiternel refrain que les Colombiens, habitués depuis tant d'années aux drames humains, avaient trop entendu. C'était une affaire qui alimentait leur mauvaise image à l'étranger, et cette libération est aussi, en quelque sorte, une libération pour tous les Colombiens. Le bonheur est, cela va de soi, renforcé par le fait que c'est Ingrid, mais il est aussi dû à la libération des trois Américains et des onze policiers et militaires colombiens. Notamment l'un d'entre eux, William Perez, qui a été comblé d'hommages, hier, pour avoir été "l'ange gardien" d'Ingrid durant sa maladie.

Soulagement aussi, car c'est la première preuve que le "sauvetage" des otages par l'armée est possible. Cette tactique avait toujours été éloignée, car supposée trop risquée. Cela rendra sans doute les relations avec les FARC très différentes.

Ce nouveau coup contre les FARC, qui n'ont pas encore réagi, est très dur car Betancourt était de loin, avec les trois Américains, leur prise la plus chère. Difficile d'évaluer les possibles représailles des FARC. Ce qui est certain c'est qu'ils sont plus que jamais au pied du mur. Espérons qu'ils opteront pour la négociation."