FRANCE

Témoignages sur les centres de rétention : « Nous avons bénéficié d’un accueil chaleureux »

Photo du centre de rétention de Vincennes prise en 2005 pour la CIMADE par David Delaporte, avec autorisation du ministère de l'Intérieur. Les autorités françaises assurent que les immigrés placés dans les centres de rétentions sont correctement traités, mieux en tout cas que dans la plupart des autres pays européens. Nous avons voulu vérifier. Voici les témoignages de personnes qui sont passées par ce type de centre.

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Photo du centre de rétention de Vincennes prise en 2005 pour la Cimade par David Delaporte, avec autorisation du ministère de l'Intérieur.

Les autorités françaises assurent que les immigrés placés dans les centres de rétentions sont correctement traités, mieux en tout cas que dans la plupart des autres pays européens. Nous avons voulu vérifier. Voici les témoignages de personnes qui sont passées par ce type de centre.

En France, les centres de rétention administrative (C.R.A.) accueillent les étrangers en situation irrégulière le temps qu'ils soient raccompagnés dans leur pays d'origine, ainsi que les étrangers qui se sont vus refuser l'accès au territoire français ou qui ont formulé une demande d'asile. L'Union européenne a décidé de porter la durée de rétention à 18 mois, mais la France a indiqué qu'elle s'en tenait toujours à une durée maximale de 32 jours. Le centre de rétention (CRA) de Vincennes, le plus grand de France, a été détruit par un incendie - « volontaire » d'après les autorités - le 22 juin dernier. 18 personnes ont été hospitalisées pour de légères intoxications et une personne est portée disparue.

"Je ne peux que me réjouir que cet enfer sur terre ait brûlé"

Chloé Faisse-Bonnaud est une juriste française qui intervient dans les centres de rétentions administratifs (CRA) de Paris (celui de Vincennes, avant qu'il ne soit détruit par les flammes, et le Dépôt, situé dans l'enceinte du Palais de Justice de Paris).

Je travaille depuis un an et demi pour la Cimade (Comité intermouvements auprès des évacués), la seule association en France autorisée à entrer dans les centres de rétentions. Avec trois collègues, j'étais affectée au centre de Vincennes, qui a brûlé le 22 juin dernier. Nos bureaux se trouvaient dans le centre lui-même, à la limite de la « zone de vie », la partie réservée au retenus.

Le matin, nous nous occupions des nouveaux arrivants, entre 20 et 50 par jour. Nous essayions de les mettre en confiance, nous leur expliquions la procédure dont ils faisaient l'objet puis nous tâchions d'effectuer le plus rapidement possible un diagnostique juridique. Il est primordial pour nous de les prendre en charge dès leur arrivée au centre, la première semaine est décisive.

L'après-midi était consacrée aux retenus déjà présents sur le site et qui avaient demandé à nous voir, pour des questions juridiques ou simplement pour un soutien psychologique.

Toute la journée nous épluchions les procédures à la recherche d'un vice qui pourrait bloquer les reconduites à la frontières.

Le drame des centres de rétentions, c'est qu'ils mélangent des gens qui n'ont rien à voir entre eux et qui n'ont pas les mêmes besoins. Des toxicomanes côtoient des malades mentaux et de simples pères de famille sans histoires. Celui de Vincennes avait le triste record d'accueillir 280 personnes, c'était un véritable enfer. Les fonctionnaires de police affectés au centre étaient pour la grande majorité des stagiaires, bien souvent débordés par la situation. Parce que nous jouions le rôle d'intermédiaires entre les retenus et les policiers, certains d'entre eux sont devenus méfiants, voire hostile envers nous.

Ces derniers temps, nous étions tous à bout. La cellule d'isolement se trouvant en face de nos bureaux, nous étions les premiers spectateurs de la détresse des retenus. Certains devaient être mis à l'isolement menottés et avec un casque sur la tête pour ne pas se taper la tête contre les murs. J'ai aussi vu des gens avec les veines lacérées et j'ai eu sous les yeux une radio de l'estomac d'un retenu qui avait avalé des lames de rasoir...

Le décès du Tunisien, intervenu la veille de l'incendie du centre, a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Je ne peux que me réjouir que cet enfer sur terre ait brûlé.

Depuis l'incendie, nous travaillons dans les locaux de la Cimade, situé dans le XVIIe arrondissement de Paris. Nous continuons d'aider les étrangers et nous redoutons la construction d'un nouveau centre.

J'ai 27 ans et je sais que je ne pourrai pas continuer à faire ça toute ma vie. Ca fait un an et demi que je me bats pour empêcher les reconduites à la frontière. En général, les gens tiennent trois ans."

"Nous avons été accueillis avec le sourire"

Mekbel Ait-Mebarek (nom d'emprunt) est un journaliste algérien, qui vit en France depuis 2003. Entré sur le territoire français avec un visa, il n'est pas retourné dans son pays à l'expiration de celui-ci. Après un séjour d'une semaine au centre de rétention du Mesnil Amelot, il a déposé une demande d'asile politique.

Cela fait cinq ans que je vis en France. J'ai été arrêté en 2008 au Puy-en-Velay avec mon fils, puis nous avons été transférés au centre de rétention du Mesnil Amelot, où nous avons passé une semaine. En tant que journaliste et spécialiste du terrorisme, j'ai depuis déposé une demande d'asile. Mais même en France, je crains pour ma vie, je change de ville très souvent.

Les policiers qui nous ont arrêtés et transférés au centre n'ont fait que leur travail, sans fioriture. Je me suis soumis à leur autorité et leur ai tout de suite confié que j'étais un journaliste, pas un criminel.

Arrivé au centre de rétention, nous avons été fouillés, mais on nous a laissé nos téléphones portables, à condition qu'ils ne fassent pas aussi appareil photo. De toute façon, il y a des cabines téléphoniques dans le centre. Chaque jour, un homme du CRA fait sa tournée et propose de nous apporter ce dont nous avons besoin, comme des recharges téléphonique ou des cigarettes.

J'ai été très surpris par l'accueil qui nous a été réservé, c'était très différent de ce que j'en avais entendu dans les médias. Je peux même dire que nous avons bénéficié d'un accueil chaleureux, avec le sourire. Mon fils et moi avons somme arrivés à minuit, nous avons été placés dans deux chambres différentes. Mais dès le lendemain, suite à notre demande, nous étions réunis dans une chambre de deux places. Le matin, le petit déjeuner est tout à fait acceptable et on avait du café tant qu'on en voulait. Je peux dire que nous avons bien mangé.

A vue d'œil, je dirais que nous étions entre 100 et 150 dans le centre. Les employés de la Cimade sont d'un précieux secours, notamment pour ceux qui ne savent pas écrire en français.

C'est plus stressant après 20 heures, quand ils ferment les portes, j'avais peur des règlements de compte de nuit. Car si les gendarmes sont polis et à l'écoute, quelques personnes retenues dans le centre sont très nerveuses et prêtes à tout. J'ai entendu plusieurs fois des gens dire : "Plutôt mourir que de rentrer dans mon pays ".

Au bout d'une semaine, le juge d'application des peines nous a relâchés moi et mon fils, j'attends désormais le réexamen de mon cas. Heureusement qu'il y a la justice française ! Quand j'entends à la radio les gens comparer le centre de Vincennes à Guantanamo, je ne connais pas le centre de Vincennes, mais j'ai beaucoup de mal à y croire."