FRANCE

"Le festival repose sur un système féodal"

Nos Observateurs à l'intérieur du Festival de Cannes, un jeune réalisateur en quête de contacts et un cinéphile qui écume les projections, nous racontent leur festival. Premier constat : pas facile de faire son trou à Cannes lorsqu'on n'est pas du sérail.

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Photo : "elsapresse" sur Flickr

Nos Observateurs à l'intérieur du Festival de Cannes, un jeune réalisateur en quête de contacts et un cinéphile qui écume les projections, nous racontent leur festival. Premier constat : pas facile de faire son trou à Cannes lorsqu'on n'est pas du sérail.

"J'ai le sentiment qu'ici on privilégie le réseau au talent"

Cedrick Spinassou, 29 ans, espérait trouver à Cannes un producteur pour financer ses projets de réalisateur. Il présentait un court métrage dans le cadre du Short film corner.

J'ai été un peu déçu par le Short film corner [un espace au sein du palais des festivals où les jeunes artistes peuvent présenter leurs créations]. Il y a trop de films présentés [plus de 2 000] et trop peu de professionnels présents. Les producteurs ne viennent pas là, ils ont d'autres choses à faire à Cannes. Tous ceux que j'ai rencontrés n'ont même pas voulu visionner mon court-métrage, ils m'ont demandé de leur envoyer un DVD à Paris. Et puis je n'ai pas l'impression que les bornes interactives du Short film corner soient efficaces [les bornes où les visiteurs peuvent visionner les films et contacter leurs auteurs]. J'ai regardé les stats sur mon court métrage : j'ai eu seulement 21 visites en trois jours !

A Cannes, le seul moyen de faire des rencontres intéressantes, c'est d'être présenté. Moi, à la base, je suis ingénieur et mes parents ne sont pas dans le milieu. Je voudrais juste montrer de quoi je suis capable, mais j'ai le sentiment qu'ici on privilégie le réseau au talent. Enfin, j'ai quand même rencontré du monde, notamment dans les soirées, et j'espère que ça portera ses fruits sur le long terme."

"Le festival repose sur un système féodal"

Vincent Dozol, étudiant à l'Institut d'études politiques de Lyon, est au festival "en touriste" avec des membres de son association, les Bobinophiles. Dans son précédent billet, il nous racontait ses galères pour se procurer des invitations pour les projections.

J'entendais hier Gilles Jacob, le président du festival, déclarer que Cannes s'adressait avant tout aux critiques et aux cinéphiles. Moi, j'ai n'ai pas eu cette impression. Ceux qui viennent faire du business au festival ont un passe qui leur donne accès à toutes projections sans faire la queue, alors que nous, les cinéphiles, nous n'avions droit qu'aux petites séances hors du palais.

Le festival repose sur un système féodal, dont la hiérarchie est basée sur le passe dont tu disposes. Il y a des passes qui donnent droit à tout et d'autres qui ne t'ouvrent quasiment aucune porte. Par exemple, hier [lundi], mes amis et moi avons fait la queue pendant 30 minutes pour voir The Third Wave. Nous avions réussi à dégoter des invitations et nous étions donc certains de rentrer. Eh bien, malgré ça, on a été refoulé. On s'est aperçu qu'il y avait deux types d'invitations. Celle avec un grand R, avec laquelle tu es sûr de rentrer. Et la nôtre qui donne juste le droit de faire la queue et d'espérer qu'il reste de la place. Dans la queue, à côté de moi, il y avait l'actrice américaine Faye Dunaway. Elle n'avait pas non plus d'invitation, mais elle a discuté avec le videur et ils l'ont laissée entrer."