CHINE

Cameras de surveillance pour policiers voyeurs

Un journaliste chinois est parvenu à accéder aux images envoyées par une caméra de surveillance installée sur le toit d'un immeuble. Alors que cette caméra était censée surveiller un carrefour, il s'est aperçu que les policiers s'attardaient, la nuit, sur les fenêtres de l'immeuble d'en face.

Publicité

Un journaliste chinois est parvenu à accéder aux images envoyées par une caméra de surveillance installée sur le toit d'un immeuble. Alors que cette caméra était censée surveiller un carrefour, il s'est aperçu que les policiers s'attardaient, la nuit, sur les fenêtres de l'immeuble d'en face.

C'est un journaliste du Southern Metropolis Daily qui a découvert le pot aux roses (relayé ensuite par le blogueur EastSouthWestNorth). Il accédait depuis le 26 avril aux images transmises en temps réel par une caméra de surveillance placée sur un immeuble de Yayuan, dans le sud de la Chine. Il s'est ainsi aperçu que la caméra, une fois la nuit tombée, ne fixait plus seulement le rond point qu'elle était censée surveillé mais balayait de long en large la façade du bâtiment d'en face. Et que parfois elle s'arrêtait, sans raison apparente, sur des fenêtres dont les rideaux n'avaient pas été tirés. Le reporter a publié un extrait (ci-dessous) de cette étrange surveillance. La caméra est restée 59 minutes et 41 secondes sur la fenêtre que l'on voit dans cette vidéo, le policier enquêtant vraisemblablement sur une jeune femme nue dans sa salle de bain... Les autorités locales ont réagi à ce petit scandale en annonçant que les responsables de ces abus seraient punis, tout en précisant que la caméra était actionnée par un policier "intérimaire".

Cet incident rappelle que les caméras de surveillance qui fleurissent en ville, et pas seulement en Chine, posent de sérieux problèmes en termes de respect de la vie privée.

Affiche vantant les bienfaits du dispositif de surveillance vidéo mis en place à Londres.

La caméra de surveillance en question.

Images prises par la caméra de surveillance et publiées par le Southern Metropolis Daily.

"Il y aurait 300 000 caméras dans la seule capitale [Pékin]"

Sharon Hom est la directrice de l'ONG Human rights in China, qui étudie notamment les systèmes de surveillance mis en place par Pékin.

Nous n'avons jamais entendu parler d'une telle utilisation des caméras de surveillance de la police [pour se rincer l'œil]. Nous savons en revanche que la Chine dispose d'un système de surveillance vidéo très sophistiqué. De source officielle, il y aurait 300 000 caméras dans la seule capitale. Il y en a partout, dans le métro, les squares et bien sûr sur tous les sites olympiques. Le plus inquiétant, c'est que ces caméras sont numériques et qu'elles ont été conçues pour permettre de faire de la reconnaissance biométrique [à partir des traits du visage]. Un exemple : si un dissident politique de Pékin se rend à Chengdu, la police est vraisemblablement capable l'identifier dès son arrivée à la gare grâce à ce système de caméras couplé à des logiciels de biométrie."

"En France, il est interdit de filmer un lieu privé"

Jean-Marc Manach l'un des organisateurs des Big Brother Awards, un collectif qui décerne chaque année des "trophées" aux organisations, gouvernements ou personnalités qui violent la vie privé des citoyens.

 

Ce problème n'est pas propre à la Chine. On dit par exemple que la Grande-Bretagne est le pays où il y a le plus de caméras de surveillance par habitant. La France n'est pas non plus à la traîne dans ce domaine : les municipalités (je pense par exemple à Levallois), les préfectures et les entreprises privées y ont déjà installé ce type d'équipement. L'actuelle ministre de l'Intérieur française, Michèle Alliot-Marie, a d'ailleurs déclaré vouloir tripler le nombre de caméras. Cette mise sous surveillance des citoyens pose évidemment problème. Mais, en France, il est tout de même interdit de filmer un lieu privé. Il existe même des logiciels qui brouillent automatiquement l'image dès que la caméra de surveillance passe devant la fenêtre d'un appartement."