COLOMBIE

Du papier contre les "narcos"

L’un de nos Observateurs en Colombie réagit au retour du quotidien El Espectador, selon lui un journal indépendant capable de s’attaquer aux réseaux d’influence des narcotrafiquants. Une "bouffée d’air" pour une presse quotidienne colombienne relativement inféodée au pouvoir en place.

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L’un de nos Observateurs en Colombie réagit au retour du quotidien El Espectador, selon lui un journal indépendant capable de s’attaquer aux réseaux d’influence des narcotrafiquants. Une "bouffée d’air" pour une presse quotidienne colombienne relativement inféodée au pouvoir en place.

"El Espectador avait payé cher pour son audace"

Sébastien Longhurst est un français expatrié à Bogota, en Colombie.

Dimanche dernier [le 11 mai 2008], le plus ancien journal du pays, fondé en 1887, est repassé à un rythme quotidien. C’est une très bonne nouvelle pour les Colombiens car c’est un journal libéral et indépendant qui dénonçait, dans les années 80, la corruption des milieux politiques et financiers colombiens, ainsi que leur collusion avec la mafia des "narcos".

El Espectador avait payé cher pour son audace. En 1986, Guillermo Cano, directeur du journal et membre de la famille fondatrice, avait été assassiné par des "sicarios" (tueurs à gages) envoyés par Pablo Escobar. Trois ans plus tard, une bombe avait explosé au siège du quotidien, ce qui avait aggravé sa situation financière déjà délicate. C’est d’ailleurs en raison de problèmes d’argent qu’El Espectador avait dû passer à un rythme hebdomadaire en 2000.

Le retour de ce quotidien est un événement symbolique fort dans ce pays qui souffre toujours de la mafia et du narcotrafic – même si ces fléaux ont changé de visage depuis les années 80. El Espectador va battre en brèche le quasi-monopole d’El Tiempo qui, malgré son image de journal sérieux, propose une vision de l'actualité plutôt favorable au pouvoir en place. Ce sera une bouffée d’air pour la presse colombienne".

La publicité annonçant la sortie du quotidien