RUSSIE

"Medvedev est bien aux commandes"

La presse occidentale a accueilli avec cynisme l’arrivée du nouveau président russe, Dmitri Medvedev, en mars. Beaucoup considèrent que ce dernier est la marionnette de l’ancien chef d’Etat Vladimir Poutine, aujourd’hui Premier ministre. Pourtant, un analyste politique russe très critique du pouvoir, nous explique pourquoi cette idée ne tient pas la route.

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La presse occidentale a accueilli avec cynisme l’arrivée du nouveau président russe, Dmitri Medvedev, en mars. Beaucoup considèrent que ce dernier est la marionnette de l’ancien chef d’Etat Vladimir Poutine, aujourd’hui Premier ministre. Pourtant, un analyste politique russe très critique du pouvoir, nous explique pourquoi cette idée ne tient pas la route.

"Medvedev est bien aux commandes"

Stanislav Stanislav Belkovsky, un des principaux analystes politiques de Russie, et directeur du NSI (National Strategy Institute), un think tank créé en 2002.

C’est le nouveau Président qui a réellement le contrôle. Poutine aura une influence informelle, mais il n’y a aucune raison de parler de tandem au pouvoir. Ce n’est qu’une légende, véhiculée par les élites russes et occidentales. En Russie, les nombreux amis de Poutine ont intérêt à faire croire à cela pour protéger leurs intérêts, et les cercles libéraux vont utiliser "Poutine, le tyran sanguinaire" pour présenter Medvedev comme "un moindre mal". Dans l’ouest, certains ont besoin de la légende du "tyran sanguinaire" pour continuer à faire passer la Russie pour un Etat soviétique, impérialiste voir même néo-staliniste. Ca leur permet de récolter plus d’argent pour des programmes militaires, et surtout de dissoudre les restes de Yalta, l'ordre mondial résultant de la Seconde guerre mondiale. Medvedev sera aux commandes, pas Poutine, mais tout le monde pensera que c’est sa marionnette.

Depuis septembre, Poutine a lui-même fait en sorte de réduire les pouvoirs du Premier ministre. Plusieurs corporations d’Etat ont été créées : Russian Technologies, RosNanoTech, RosAtomProm. Il s’agit en fait de ministères qui ne sont pas contrôlés par le Premier ministre. En mars, il a été décidé que les gouverneurs russes ne rendraient plus de comptes au Premier ministre. Ces quelques exemples démontrent que Poutine n’aura pas autant de pouvoir que son propre Premier ministre Zubkov, qui lui-même en avait beaucoup moins que d’anciens chefs du gouvernement russe comme Primakov ou Chernomyrdin. De toute façon, d’après la Constitution et la tradition politique russe, les Premiers ministres n’ont jamais de vrai pouvoir. Ils servent plutôt à attirer l’attention des critiques en assumant les échecs du pouvoir exécutif. Tout cela empêchera Poutine de devenir un réel concurrent pour Medvedev. Cela ne veut pas dire que Medvedev sera totalement indépendant, il sera influencé dans ses décisions par les membres du gouvernement. Poutine ne sera que l’un d’entre eux.

Ceci dit, les traditions politiques internes créées durant les dix dernières années ne disparaîtront pas. Le parti d’opposition et la presse ne peuvent espérer mieux car plus de démocratisation sonnerait le glas du système en place. Même si les autorités parlent de libéralisme, elles serrent la vis. La politique économique ne changera pas non plus, car l’objectif principal du gouvernement Medvedev est la légalisation de la classe dirigeante russe dans l’Ouest. La critique de l’Occident sera peut être moins forte, mais les politiciens eux-mêmes ne changeront pas. L’Ouest peut espérer un changement dans la situation géopolitique mais pas de réelle transformation vers plus de démocratie (ils ne s’y attendent pas de toute façon). Poutine n’a pas réussi à devenir le "fils de pute" de l’ouest [référence à la fameuse phrase de l’homme d’Etat américain Cordell Hull "C'est peut être un fils de pute, mais c’est notre fils de pute" à l’égard du dictateur de République Dominicaine Rafael Trujillo]. Cela annonce la direction du gouvernement Medvedev.

Medvedev est aussi indépendant que Poutine. Rappelez-vous qui gouvernait la Russie en 2000. Kasyanov, Abramovich, Voloshin… C’était eux qui étaient vraiment au pouvoir. Poutine n’était que l’un d’entre eux. Aujourd’hui, Medvedev est, à son tour, l’un des dirigeants et comme Poutine il le restera jusqu’à la fin de son mandat. Malgré cette image de chef intransigeant et puissant, Poutine n’était que le porte-parole de la classe dirigeante. Un porte-parole très juste, cohérant et respectueux".