RUSSIE

"L'Occident a une vision faussée de la Russie"

Photo : "MiriamмириаМ" Dimitri Medvedev a été investi aujourd’hui en tant que président de Russie. Evguenia Obitchkina, professeure de relations internationales à Moscou, nous explique que les médias étrangers se focalisent sur un pseudo-désaccord entre l’Occident et la Russie sur la question des droits de l’homme, alors que le vrai conflit porte sur l’argent des hydrocarbures.

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Dmitri Medvedev a été investi aujourd’hui en tant que président de Russie. Evguenia Obitchkina, professeure de relations internationales à Moscou, nous explique que les médias étrangers se focalisent sur un pseudo-désaccord entre l’Occident et la Russie sur la question des droits de l’homme, alors que le vrai conflit porte sur l’argent des hydrocarbures.

La marionnette de Poutine

Dessin de Bein Hein sur Flickr.

 

"L’Occident a une vision faussée de la Russie"

Evguenia Obitchkina est professeure au MGIMO (Institut d’Etat des relations internationales de Moscou).

L’Occident a une vision faussée de la Russie. J’étais en France le mois dernier, et je lis la presse française tous les jours. Ils associent toujours la Russie à l’autoritarisme, au manque de démocratie, aux droits de l’homme. Il n’y a pas longtemps, le magazine L’Express titrait son supplément sur la Russie par "La nouvelle menace". Pourtant ce titre n’avait rien à voir avec le contenu du dossier. C’était juste une couverture vendeuse.

Car, en réalité, les liens entre la Russie et les pays occidentaux sont de plus en plus forts. Ce sont des relations assez froides – sauf peut-être entre Poutine et Sarkozy –, mais chacun sait qu’il a besoin de l’autre. J’entendais l’autre jour le ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner, parler de la Russie. Il est connu pour son attachement aux droits de l’homme, mais il sait aussi que la France ne peut pas mettre en péril ses intérêts vitaux. Or l’Europe a besoin de la Russie pour s’approvisionner en hydrocarbures. Le vrai conflit porte donc sur la chaîne d’approvisionnement en matières premières plus que sur les droits de l’homme. L’Europe veut bien acheter son gaz à la Russie, mais elle tient également à garder le contrôle du circuit de distribution. Au contraire, Moscou sait très bien qu’il y a plus d’argent à se faire dans la distribution que dans la vente en gros des hydrocarbures. C’est sur ce point que s’affrontent vraiment l’Europe et la Russie.

Car sur les droits de l’homme et la démocratie, il faut relativiser. J’ai vécu sous l’ère soviétique et je peux vous dire que la situation s’est vraiment améliorée. Le vrai problème, ce n’est pas le Kremlin, c’est que la Russie ne dispose pas d’une société civile forte. Depuis l’éclatement de l’URSS, les Russes ne sont intéressés que par leur bien-être individuel. Il n’y a plus d’esprit de solidarité dans la société.

Quant à la passation de pouvoir entre Poutine et Medvedev, je vois que les médias étrangers font les gros titres sur "la marionnette Medvedev". Personnellement, je ne connais ces deux hommes qu’à travers la télévision. Mais il est clair que Medvedev plaît à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. Aux Russes parce qu’il semble prendre en compte leurs préoccupations. Et aux pays occidentaux parce qu’il ne vient pas du KGB et qu’il n’a pas l’image d’un homme autoritaire. C’est donc un choix habile pour représenter le pays."