TUNISIE - FRANCE

Sarkozy en Tunisie : "En matière de droits de l’homme, il sera pire que Chirac"

Poster de soutien au président Ben Ali. Photo : "Eikizill" Nicolas Sarkozy est en Tunisie pour trois jours. Un ancien juge tunisien, suspendu pour avoir critiqué son président et qui vit depuis sous surveillance policière, déplore la realpolitik du président français, qu'il accuse de fermer les yeux sur la corruption et l'autoritarisme du "clan Ben Ali".

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Poster de soutien au président Ben Ali. Photo : "Eikizill"

 

Nicolas Sarkozy est en Tunisie pour trois jours. Un ancien juge tunisien, suspendu pour avoir critiqué son président et qui vit depuis sous surveillance policière, déplore la realpolitik du président français, qu'il accuse de fermer les yeux sur la corruption et l'autoritarisme du "clan Ben Ali".

Mokhtar Yahyaoui est un ancien juge de Tunis. En 2001, il a publié une lettre ouverte au président Ben Ali dans laquelle il dénonçait le manque d'indépendance des magistrats tunisiens. Quelques jours plus tard, il était suspendu de ses fonctions. Il vit depuis sous surveillance policière.

La visite de Nicolas Sarkozy dans notre pays a eu un effet très concret pour moi : ils m'ont coupé Internet. Je ne peux donc plus mettre à jour mon journal en ligne, Tunisia Watch. Ce site est déjà censuré en Tunisie, mais il attire pas mal de monde de l'étranger (1 000 visites par jour). Je pense que les autorités ne veulent pas que j'aborde certaines affaires qui les embarrassent, comme par exemple les mandats d'arrêt internationaux lancés contre deux membres de la famille Ben Ali [un mandat d'arrêt international a notamment été émis par la France contre Imad Trabelsi, neveu de l'épouse du président, pour avoir racheté un yacht volé à un industriel français].

Je n'attends aucune amélioration de la visite de Nicolas Sarkozy. Je pense même que, dans le domaine des droits de l'homme, sa politique sera encore pire que celle de Chirac. Celui-ci ne critiquait jamais Ben Ali, mais il maintenait une certaine distance. Quand on voit l'interview du nouveau président français dans Al Chourouk, l'un des principaux quotidiens tunisiens, on peut craindre le pire. Le journal a titré par cette phrase de Sarkozy : "Je suis venu pour exprimer mon soutien et mon respect au président Ben Ali". J'aurais préféré qu'il exprime son soutien au peuple tunisien plutôt qu'à son dictateur. Il est clair que la Tunisie est un pays essentiel pour la diplomatie sarkozienne. Le président français a déjà rendu visite à Ben Ali deux fois en un an. Pourtant, les présidents ne se bousculent pas chez nous... Les autres chefs d'Etat européens ne viennent jamais.

Le thème de cette visite est flou. Il parle d'une Union pour la méditerranée. Mais des liens très forts existent déjà entre l'Europe et la Tunisie. Notre pays fait plus de 70% de ses échanges commerciaux avec des pays européens. Il faudrait plutôt que nous développions le commerce entre nous, les pays du Maghreb. Mais la France n'y a pas intérêt. La diplomatie française va simplement continuer à soutenir les régimes autoritaires de la région, de la Lybie à l'Egypte, en passant par la Tunisie et le Maroc, pour des raisons économiques et géopolitiques (lutte contre le terrorisme, etc.)

La France est prête à renoncer à ses idéaux, notamment la démocratie et les droits de l'homme, pour défendre ses intérêts. Elle soutient des dictateurs et ferme les yeux sur la corruption de ces régimes. Je ne peux pas trop parler sur ce sujet, car je sais que toutes les communications sont surveillées. Mais les diplomates français savent bien que l'aide économique accordée par France a profité essentiellement au clan du président et aux familles qui en sont proches".

Egalement sur les droits de l'Homme en Tunisie.