COLOMBIE

Fabriquer sa coke, mode d’emploi

Si vous faites un trek dans les montagnes colombiennes, on vous proposera certainement de visiter un "labo", c’est-à-dire une cabane où des paysans vous expliqueront, pour quelques pesos, comment on fabrique de la cocaïne.

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Si vous faites un trek dans les montagnes colombiennes, on vous proposera certainement de visiter un "labo", c’est-à-dire une cabane où des paysans vous expliqueront, pour quelques pesos, comment on fabrique de la cocaïne.

Vidéo postée le 17 avril 2008 par Matthew Bristow. Son blog : Colombia news.

"Au cours du trek, un paysan nous a proposé de visiter son 'petit labo'"

Sébastien Longhurst est notre Observateur à Bogota. Il a visité l’un de ces "labos".

J’ai vu moi aussi ce que montre cette vidéo. C’était lors d’un trek dans la Sierra Nevada de Santa Marta, au nord-est du pays. Une région étrange : le bas de ces montagnes est contrôlé par l’armée, le milieu par les paramilitaires, le haut par les FARC. Au cours du trek, un paysan nous a proposé de visiter son "petit labo". Il nous a expliqué toutes les étapes du traitement de la coca. C’est exactement ce qu’on voit dans ce film. Mais j’ai noté une petite erreur : à la fin du processus, c’est de la chaux que l’on ajoute au mélange, pas du ciment.

Ces petites exploitations déménagent régulièrement pour éviter d’être repérées par l’armée. Elles ne produisent pas de cocaïne, mais du bazuco, une pâte de coca encore brute. La dernière opération, qui permet d’extraire la poudre - la cocaïne -, n’est effectuée que par les trafiquants de drogue. Parce que c’est une opération difficile, qui nécessite du matériel spécifique, mais aussi parce que les trafiquants veulent garder la main sur la revente de la drogue. Le paysan qui nous a fait visiter son labo revendait son bazuco aux paramilitaires. Les paramilitaires descendent la drogue sur la côte colombienne pour la traiter, puis ils l’exportent.

Ces paysans n’ont pas d’autre choix que de participer à ce trafic. Déjà parce que c’est beaucoup plus rémunérateur que n’importe quelle autre culture. Mais surtout parce que s’ils refusent de le faire, ils se font tout simplement descendre.

Je voudrais vraiment que les gens comprennent que ce trafic de drogue n’a rien de fun ou de romantique. C’est un fléau qui ronge la Colombie. C’est la drogue qui est responsable du climat de violence dans le pays. C’est la drogue qui permet aux FARC de continuer leurs prises d’otages. C’est à cause de ce trafic qu’Ingrid Betancourt est toujours détenue. Tous les Colombiens savent ça et ils consomment d’ailleurs bien moins de drogue que les Américains ou les Européens, alors que la drogue ici est très peu chère (3 euros pour 100 grammes de cocaïne, contre près de 70-100 euros le gramme en Europe).

Je voudrais faire passer ce message : le problème de la drogue est lié à la demande plus qu’à l’offre. Lutter contre les cultivateurs et les trafiquants ne sert à rien tant que l’on ne s’attaque pas à la racine du problème, à la consommation. En d’autres termes, tant que des jeunes Français seront prêts à payer 100 euros pour leur sachet de coke à Paris, on ne parviendra pas à empêcher les paysans colombiens d’en produire".