ETATS-UNIS - IRAN

Obama veut dialoguer avec l’Iran, est-ce réciproque ?

Barack Obama a déclaré hier qu’il était favorable à un dialogue avec l’Iran, une position qui tranche avec la diplomatie américaine actuelle. Abolhassan Banisadr, le premier président élu qu’ait connu l’Iran, vit aujourd’hui en exil en France. Il réagit à cette déclaration.

Publicité

Barack Obama a déclaré hier qu’il était favorable à un dialogue avec l’Iran, une position qui tranche avec la diplomatie américaine actuelle. Abolhassan Banisadr, le premier président élu qu’ait connu l’Iran, vit aujourd’hui en exil en France. Il réagit à cette déclaration.

"La république islamique a toujours préféré les républicains aux démocrates"

Abolhassan Banisadr a participé, aux côtés de l’Ayatollah Khomeiny, à la révolution de 1979 qui a fait chuter la monarchie. Il a été élu président de la République en janvier 1980. Un mandat de courte durée puisqu’il a été destitué en juin 1981, sous l’impulsion de l’Ayatollah Khomeiny. Banisadr a été forcé de quitter le pays en juillet 1981. Il vit aujourd’hui à Versailles, près de Paris, dans une villa protégée par la police française.

La déclaration d’Obama est sage. Bush a mené une politique de provocation permanente contre l’Iran. Il a cherché à faire peur aux Iraniens, les menaçant de sanctions économiques et même d’une intervention militaire. Mais à qui a profité cette politique ? Au gouvernement iranien. Car le peuple est pris entre deux peurs. A l’intérieur, la peur de son propre régime. Et à l’extérieur, celle des Etats-Unis. Pris dans cet étau, les Iraniens n’osent pas bouger. Si la diplomatie américaine renonçait à ses menaces, les Iraniens pourraient manifester contre leur gouvernement, qui est responsable de la ruine économique et culturelle du pays. Ils retourneraient notamment aux urnes - car rappelons-nous que seulement 26 % des citoyens ont voté lors des dernières élections législatives. Le peuple iranien a besoin du soutien de la communauté internationale, pas de menaces.

La république islamique a toujours préféré les républicains aux démocrates américains. En 1980, c’est avec Reagan que Khomeiny avait passé un accord. Ils s’étaient entendus pour que les otages américains ne soient libérés qu’après l’élection présidentielle [des diplomates américains avaient été retenus dans leur ambassade pendant plus de 400 jours, un incident à l’origine d’une crise diplomatique majeure entre les deux pays. Il ont été libérés le lendemain de l’élection de Ronald Reagan]. Cet événement a joué dans la défaite de Carter. De même, l’Irangate [qui a révélé que les Etats-Unis avaient vendu des armes à l’Iran, en 1985, alors qu’ils prônaient officiellement l’embargo], c’était sous l’administration Reagan.

Les républicains, comme la république islamique, profitent de ce climat de tension. Les Gardiens de la révolution, surtout, ont intérêt à préserver cet ennemi de l’extérieur. Plus qu’Ahmadinejad, ce sont eux qui contrôlent le pays. Sa justice, son parlement, mais surtout son économie. L’Iran vit aujourd’hui d’une économie de rente, contrôlée par les Gardiens. Le pétrole, la contrebande, les importations, les terres, tout est entre leurs mains. Si le pays s’ouvrait, les Iraniens ne profiteraient pas de l’essor économique du pays.

Je préfère Obama aux autres candidats américains. Mais la vraie question n’est pas là. La vraie question est de savoir si les Américains, ces mêmes Américains qui ont élu Bush, sont capables aujourd’hui d’élire un candidat noir et démocrate. Là-dessus, j’ai des doutes.