Les manifestants déchirent une affiche de Moubarak. Photo de Mohamed Gaber, le 7 avril 2008.

Dimanche, dans une ville du nord-est de l'Egypte, ce qui devait n'être qu'une simple grève de travailleurs a tourné à l'émeute, causant la mort d'une personne et provoquant au moins 150 arrestations. Un témoin de ces incidents et un membre des Frères musulmans égyptiens commentent ce que les médias ont déjà surnommé "la révolte du pain".

Tout est parti d'un préavis de grève, lancé par des ouvriers de Mahalla el-Kobra, pour demander l'augmentation du salaire minimum - actuellement de 115 livres égyptiennes (environ 15 euros). La grève n'a finalement pas eu lieu, mais elle a mis sous tension une population déjà exaspérée par la vie chère. Les émeutes ont éclaté ce dimanche. Elles se sont calmées aujourd'hui, mais semblent pouvoir reprendre à tout moment.


Photos prises à Mahalla ce dimanche

Au début de la manifestation.

Les troupes arrivent en ville pour disperser les manifestants.

Photos du journaliste James Buck.

"Les forces de sécurité ont jeté des pierres aux manifestants"

Joel Beinin est le directeur du département Moyen-Orient de l'université américaine du Caire. Il s'est rendu à Mahalla dimanche et a assisté aux émeutes.

La grève a été organisée grâce à un groupe sur Facebook qui regroupe 66 000 personnes. Mais le comité d'organisation de cette grève a finalement décidé de tout annuler et les plus jeunes n'ont pas apprécié. Alors, quand les ouvriers ont fini leur rotation au travail, à 15h30, ils se sont rendus sur la place principale. Un manifestation spontanée a alors éclaté. Les forces de sécurité ont fini par jeter des pierres pour la disperser. Je suis parti quand c'est devenu trop violent. Et quand je suis revenu, des feux avaient été allumés et on m'a dit que des écoles avaient été incendiées. J'ai alors décidé de quitté la ville. A la sortie de Mahalla, il y avait un feu en travers de la rue. Mais il avait vraisemblablement été allumé par la police pour empêcher les gens de sortir de la ville, en attendant que les troupes interviennent. On s'est cru bloqué, mais on a quand même réussi à quitter la ville en faisant un détour. Il n'est plus possible de retourner en ville maintenant."

"C'est de ce type de révolte populaire que peut naître une révolution"

Abdul Monem Mahmoud, 28 ans, est membre du mouvement islamiste des Frères musulmans - interdit en Egypte, mais plus ou moins toléré. Il est journaliste pour Al-Dustour et tient un blog, Blog Ana Ikhwan ("je fais parti des Frères musulmans").

C'est une révolte du peuple, de gens qui ont faim et qui demandent qu'on s'intéresse à eux. Des partis et des syndicats sont impliqués dans les manifestations, mais ils ne les maîtrisent pas. Ce n'est pas un mouvement politique.

Je parle avec beaucoup de gens, notamment sur les marchés. Et ils me disent qu'ils ne sont pas contre Moubarak. Ils ne demandent pas la démocratie, mais à manger. La plupart des gens n'ont que 150 livres égyptiennes (18 euros) par mois pour faire vivre leur famille. Ca n'est pas assez. Le peuple a faim, donc il se révolte. Et c'est de ce type de révolte populaire que peut naître une révolution.

Les Frères musulmans ne croient pas aux élections organisées par le pouvoir. Et le peuple non plus. Nous avons essayé de présenter des candidats aux élections municipales [aujourd'hui], mais le gouvernement a disqualifié quasiment tous nos candidats. Il n'en a validé que 21, alors qu'il y a plus de 50 000 sièges à pourvoir. Le parti au pouvoir contrôle tout. Les citoyens votent, mais c'est le chef de la police qui met les bulletins dans l'urne."