ESPAGNE

Zapatero cherche la bagarre

Alors que les élections législatives s’approchent en Espagne, une petite phrase lancée par Zapatero, et enregistrée à son insu, défraie aujourd’hui la chronique. Après l'interview sur Cuatro Televisión. Posté sur YouTube le 14 février 2008.

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Aux Etats-Unis, "changement" semble devenu le mot clé des primaires. De l’autre côté de l’Atlantique, en Espagne, où se tiendront, le 9 mars, les élections législatives, c’est le mot "tension" qui est dans toutes les bouches. La tendance a été lancée par Zapatero lui-même : le 11 février, sur un plateau de télévision, alors qu’il pensait son micro éteint, il lâche au présentateur : "Qu’il y ait de la tension, en fait, ça nous arrange". Une petite phrase en "off" qui a fait le tour du web et créé une véritable polémique dans la péninsule. Quelques jours plus tard, le leader du Parti Socialiste Espagnol (PSOE) s’est expliqué sur cette phrase : "La tension électorale est nécessaire pour mobiliser les électeurs", a-t-il déclaré sur l’antenne de la radio Onda Cero. Mais voilà, le Parti Populaire fait déjà de ces quelques mots son cheval de bataille. Encore une fois, Internet joue un rôle de loupe sur les petits incidents des campagnes électorales. Le moindre faux pas, le mot de trop ou la blague incongrue font désormais le tour de la toile et peuvent avoir des conséquences désastreuses pour un candidat (voir également notre sélection des meilleures vidéos de la campagne américaine).

"La droite utiliserait n’importe quel moyen pour discréditer Zapatero"

Le commentaire de Covadonga D’Lom Suárez, une sympatisante du Parti socialiste espagnol (PSOE).

Quand Zapatero explique à Gabilondo qu’il veut faire monter la tension, il parle du débat. Le chef de l’Etat ne veut pas que le présentateur ait peur de lui poser certaines questions. Au contraire, Zapatero souhaite que le ton du discours soit sans retenue afin qu’il puisse exprimer ses idées clairement et donner confiance à son électorat. C’est la seule tension dont il parle. En aucun cas, Zapatero n’a cherché à rendre l’ambiance du plateau agressive ou désagréable.

La droite utiliserait n’importe quel moyen pour discréditer Zapatero. Ils utilisent la technique du miroir : ils projettent sur le candidat du PSOE leur propre stratégie de crispation, afin de déformer la réalité. Zapatero ne veut pas « crisper » le débat, il veut le « tendre » afin de lutter contre l’abstentionnisme de l’électorat de gauche qui pense que le combat est déjà gagné. Dans le passé, Zapatero n’a pas toujours su diriger avec suffisamment de fermeté, mais je crois qu’il a justement compris que ses partisans exigeaient de lui une attitude plus agressive en réponse aux proclamations apocalyptiques de la droite qui crie à tue-tête que l’Espagne est en train de se désintégrer".

"Les Espagnols ne veulent pas de tensions, ni de drames"

Le commentaire de José Luis Ayllón, député du Parti populaire.

Cette vidéo est révélatrice de la stratégie de campagne du PSOE. Zapatero n’a pas de bilan pour son gouvernement, ni de programme offrant des solutions aux Espagnols. Par conséquent, il a décidé que toute sa campagne, et celle de son parti, allait se centrer sur l’insulte et la discréditation de son adversaire. Il l’avoue lui-même lorsqu’il pense que les micros sont éteints après une interview télévisée. Il appelle cela de « la tension » et de la « dramatisation ». Mais les Espagnols ne veulent pas de tensions, ni de drames, ni d’un gouvernement qui ne s’occupe pas de leurs préoccupations. Nous voulons un changement politique et un Chef de gouvernement qui se penche sur les véritables problèmes des gens".

"Qu'il y ait de la tension, en fait, ça nous arrange"

Le présentateur de la chaîne Cuatro Televisión (propriété du Grupo Prisa, favorable à la gauche), Iñaki Gabilondo, : "Comment sont vos sondages ?".

Zapatero : " Bons, sans problèmes. En fait, ça nous arrange qu’il y ait de la tension, je crois. Je vais commencer à partir de ce week-end à dramatiser un peu, ça nous arrange bien".