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11 ans, tuée par une "balle perdue"

Ágatha Marquez dos Santos, 11 ans, est la nouvelle victime d’une incursion de la police de Rio de Janeiro dans la favela Rocinha, le plus grand bidonville d’Amérique du sud. Vendredi dernier, Agatha était chez son père, devant la télévision, quand une balle l’a atteint en pleine poitrine.

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L’opération avait pour objectif de capturer un trafiquant de drogue. Ces incursions policières dans les favelas se multiplient dans le cadre de l’application du PAC, un grand programme d’urbanisation mené par le gouvernement fédéral. Près de 2 000 habitants de la favela sont descendus dans les rues de la zone sud de Rio, samedi, pour demander que justice soit faite. Les manifestants accusaient la police d’être responsable de la mort de l’enfant.

La manifestation des habitants de Rocinha, ce samedi à Rio

Photos, Carlos Costa

"Ils veulent améliorer notre vie avec des incursions armées ?"

Le commentaire de notre Observateur à Rocinha (Rio de Janeiro). Carlos Costa travaille pour Viva Rio, l’une des plus grosses ONG travaillant dans les favelas.

Je sais que c’est le genre d’affirmation qu’il faut éviter dans le cadre d’un conflit aussi polémique, mais je ne vois pas comment la balle qui a tué Agatha aurait pu venir d’autre part que de la police. Il n’y a pas de trafiquants à cet endroit [l’une des explications serait qu’un policier a tiré en l’air, sa balle atteignant une zone d’habitation éloignée de la zone d’intervention] et on peut voir nettement sur les images qui sont passées à la télé que des policiers étaient dans la favela lors de l’incident, contrairement à ce que le commandant de l’opération a dit. C’est d’ailleurs un véhicule de la police qui a secouru Agatha et son père et les a transportés à l’hôpital quelques minutes après.

La stratégie du gouvernement est complètement insensée. Nous sommes une communauté qui n’a eu le droit à aucun investissement, ni infrastructure, pendant des années et des années. Et maintenant ils veulent améliorer notre vie avec des incursions armées ? La police ne doit pas intervenir ponctuellement dans les favelas, elle doit y être présente tout le temps. C’est une erreur stratégique de ne pas occuper en permanence les lieux où sont repérés des trafiquants. Il ne faut pas oublier que les armes à feu et les drogues ne poussent pas dans les favelas, on les y amène.

Le PAC va créer des emplois. Mais pense-t-on vraiment qu’il faille commencer les travaux avec des fusils ? Dans cette guerre absurde, ceux qui perdent, comme toujours, ce ne sont pas les trafiquants ou la police, mais les gens ordinaires, des innocents qui veulent simplement travailler et étudier dans la dignité. L’application de la PAC dans les favelas est une grande déception".