Violences anti-chrétiennes en Inde : une foule en colère détruit une église

Lundi 2 janvier, une foule avec des matraques est descendue sur l'église catholique du Sacré-Cœur dans un village de la région de Narayanpur, dans le centre de l'Inde.
Lundi 2 janvier, une foule avec des matraques est descendue sur l'église catholique du Sacré-Cœur dans un village de la région de Narayanpur, dans le centre de l'Inde. © Les Observateurs

Une foule armée de matraques a détruit une église catholique dans un village du centre de l'Inde le 2 janvier. Cet incident n’est qu’un exemple parmi d'autres des récentes violences commises à l'encontre de la minorité chrétienne en Inde. Plusieurs experts ont expliqué à notre rédaction que les attaques de ce type se multiplient à cause de la rhétorique nationaliste hindoue qui se développe dans tout le pays.

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Irfan Engineer est le directeur du Centre for Study of Society and Secularism. Il s'est rendu au Chhattisgarh en décembre 2022 pour participer à la rédaction d'un rapport d'enquête sur les violences commises à l'encontre des chrétiens dans cet État.

Les autochtones chrétiens représentent une toute petite minorité dans les villages de cette région. Ils sont donc démunis, ne ripostent pas lorsqu'ils sont confrontés à des menaces de violence, pour ne pas aggraver la situation. Ils quittent juste les villages.

Cette violence s'est soudainement intensifiée à partir de la mi-décembre. Trois options leur ont été proposées. La première était de se convertir aux pratiques, coutumes et traditions des populations locales. La deuxième option était de quitter le village. La troisième option était de faire face à des violences. 

Les gens se sont rendus au poste de police et se sont plaints d'avoir été chassés de leur village. Rien n'a été fait. Ils n'avaient nulle part où aller.

L'équipe chargée de l'enquête a signalé qu'au moins trois chrétiens ont été convertis de force à l'hindouisme, tandis que d'autres, qui ont refusé, ont été battus, ont vu leurs maisons perquisitionnées et ont été déplacés de leurs villages.

Les violences contre les chrétiens ont particulièrement cours dans les États dirigés par des leaders du BJP. Une autre église du Karnataka a été vandalisée le 27 décembre et un homme déguisé en Père Noël a été agressé au Gujarat le 20 décembre.

Rhétorique anti-conversion

La vague actuelle de violence est née du soupçon que la communauté chrétienne de Narayanpur aurait converti des hindous de la région. 

La conversion est un sujet brûlant pour le BJP, en particulier dans les communautés tribales du Chhattisgarh.  

Au moins dix États dirigés par le BJP ont adopté des lois anti-conversion depuis 2018, rendant illégal le fait de se convertir au christianisme ou à l'islam. Mais les détracteurs de ces législations, comme notre Observateur Irfan Engineer, avancent qu’elles vont à l'encontre de la Constitution indienne, qui affirme que l'Inde est un État laïc et promet la liberté de religion.

C'est le choix de chaque personne de choisir la religion qu'elle souhaite. La loi indienne, la Constitution indienne, donne cette liberté à chaque citoyen de se convertir et de suivre la religion qu'il veut professer, pratiquer et propager.

Les membres du BJP et les affiliés d'autres groupes nationalistes hindous se sont également plaints du fait que certaines communautés tribales bénéficient d'avantages destinés aux tribus enregistrées alors qu’ils se sont convertis au christianisme ou à l'islam. Malgré ces plaintes, il n'existe aucune loi qui empêche les communautés tribales de conserver leur statut tout en pratiquant d'autres croyances religieuses.

“Les élites politiques utilisent la religion pour mobiliser des soutiens politiques”

Selon les experts, les attaques de ce type sont en augmentation depuis 2014, date à laquelle le BJP est arrivé au pouvoir en Inde. Les crimes contre la communauté chrétienne ont augmenté de 60 % entre 2016 et 2019, selon un rapport de “Persecution Relief”, qui recense les violences contre les chrétiens en Inde.

Ashok Swain est professeur de recherche sur la paix et les conflits à l'université d'Uppsala, en Suède :

Il y a plusieurs raisons à la violence interreligieuse en Inde : économiques, historiques, linguistiques... Cependant, la principale raison est d'ordre politique. Les élites politiques utilisent la religion pour mobiliser des soutiens politiques, et la haine et la violence facilitent ce type de mobilisation. 

Les attaques contre les chrétiens se produisent tout au long de l'année, mais elles augmentent à Pâques et à Noël. L'augmentation du nombre d'attaques dans les États de Chhattisgarh et de Karnataka pendant cette période de Noël doit également être prise en compte, car ces deux États seront bientôt soumis à des élections. La recherche a démontré que les émeutes, les attaques, contre les minorités ont aidé le parti nationaliste hindou BJP à gagner plus de soutien électoral.