Etats-Unis : les pièges des "fausses cliniques d'avortement"

figurine donnée par une fausse clinique en Géorgie.
figurine donnée par une fausse clinique en Géorgie. © Les Observateurs de France 24

Alors que le droit à l'avortement recule aux États-Unis depuis la révocation de l'arrêt Roe v. Wade le 24 juin dernier, les défenseurs du droit à l'avortement alertent plus que jamais sur le phénomène des "fausses cliniques", des établissements qui peuvent ressembler à s'y méprendre à des centres médicaux, mais qui en réalité sont tenus par des militants anti-avortements.

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Un personnel en blouses médicales, des machines pour réaliser des échographies, et un site internet à l'apparence très professionnelle : les "centres pour grossesse non désirée" (ou CPC) ressemblent à s'y méprendre au planning familial ou a d'autres établissements médicaux qui proposent des avortements. Ce n'est en réalité qu'une façade, pour espérer attirer les personnes qui cherchent à avoir des renseignements sur l'IVG.

Du propre aveu d'une opposante à l'avortement cité par Vice dans une enquête sur le sujet en 2016, la meilleure cliente que peuvent avoir ces centres, c'est "celle qui est persuadée qu'lle rentre dans une clinique pour avortement." 

>>LIRE SUR LES OBSERVATEURS: États-Unis : comment les "fausses cliniques" piègent les femmes qui veulent avorter

Pour ces pratiques trompeuses, ces établissements sont qualifiés de "fausses cliniques d'avortement" par les défenseurs du droit à l'avortement.

"Certaines fausses cliniques s'installent délibérément juste à côté de vraies cliniques d'avortement"

Max Carwile

L'initiative "Expose fake clinics" recense ces établissements dans tous les États-Unis. Max Carwile travaille pour "Abortion Access Front", l'association qui porte le projet. Elle raconte son expérience, quand elle s'est elle-même rendue, plus jeune, dans une de ces "fausses cliniques" au Tennessee.

J'y suis allée parce qu'ils avaient fait de la publicité pour des tests gratuits de grossesse et pour infections sexuellement transmissibles... Mais quand j'ai posé des questions sur la contraception, ils m’ont fait tout un discours, me disant qu’il ne faut pas s'y fier, que c’était dangereux et que ça affecterait ma santé et que la seule option était de ne jamais avoir de relations sexuelles.

Ils m'ont fait regardé des vidéos qui prétendaient par exemple, que les préservatifs faisait passer les maladies, ou qui parlaient de Dieu, de Jésus et la Bible. Quand j'ai compris qu'ils ne me donneraient pas de préservatif, je suis partie.

J'ai eu très peur. Je me sentais intimidée. Tout le monde portait des blouses de laboratoire, donc j'ai supposé qu'ils étaient médecins. Je sais maintenant qu'ils ne l'étaient pas. N'importe qui peut acheter une blouse. Mais ils me faisaient l'effet d'avoir une autorité sur moi. Je ne voulais pas les contrarier. 

"Ils peuvent mentir aux patients et dirent ce qu’ils veulent"

 Ces "fausses cliniques" ont une grande variété de tactiques pour attirer les gens. Ils font beaucoup de publicité en ligne ou sur les campus universitaires, avec des tracts disant: "nous vous aiderons pour votre grossesse".

Ils passent également par les annonces sur Google, de sorte que lorsque vous essayez de rechercher des soins d'avortement, de grossesse, de contraception, ces endroits apparaissent en premier parce qu'ils paient pour apparaître, contrairement aux vraies ressources. [Google a annoncé fin août  qu'ils allaient dorénavant mentionner clairement les véritables centres de santé: NDLR]

Certaines fausses cliniques s'installent aussi délibérément juste à côté de vraies cliniques d'avortement pour que des bénévoles tentent de convaincre les patients d'aller plutôt dans la fausse clinique. 

Je vois des tactiques encore plus sournoises de leur part. Par exemple, ils installent un fourgon pour faire des échographies à l'extérieur des cliniques d'avortement. Et ils essayaient de faire venir les patients dans leurs camionnettes en disant : "Nous sommes de la clinique. Ceci fait partie de votre rendez-vous."

Ces endroits bénéficient d'un financement important et certains reçoivent même de l'argent public dans de nombreux États afin de pouvoir fonctionner. Ils peuvent mentir aux patients et dirent ce qu’elles veulent parce que ce ne sont pas des vraies cliniques.

Selon l’association "Expose fake clinics", on comptait en septembre 2022 plus de 2500 fausses cliniques aux États-Unis, contre environ 800 centres d’avortement, bien que ces chiffres soient en constante évolution étant donné que de plus en plus d'Etats interdisent ou restreignent fortement l'accès à l'avortement depuis la révocation de l'arrêt Roe v. Wade, le 24 juin dernier.

Pour Max Carwile, ces "fausses cliniques" vont continuer à monter en puissance. 

Il y a beaucoup de chaos et de confusion actuellement. Les gens ne savent pas si l'accès à l'avortement est légal ou non dans leur État. Et cela pourrait changer d'un jour à l'autre dans de nombreux États. Les centres pour grossesses non désirées comptent là-dessus. Ils veulent que les gens ne sachent pas où aller et finissent par se rendre à la fausse clinique.