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Ukraine : comment l’imagerie satellite a permis d'identifier un nouveau cimetière à Tchernihiv

Dans son travail quotidien de documentation du conflit en appui notamment sur les images satellite, les photos et vidéos en ligne et les témoignages sur place, le Centre for Information résilience a identifié à Tchernihiv, une ville qui a subi les bombardements russes pendant plusieurs semaines, un cimetière.
Dans son travail quotidien de documentation du conflit en appui notamment sur les images satellite, les photos et vidéos en ligne et les témoignages sur place, le Centre for Information résilience a identifié à Tchernihiv, une ville qui a subi les bombardements russes pendant plusieurs semaines, un cimetière. © Observers

Si l’estimation du nombre de victimes causées par la guerre en Ukraine reste complexe, l’aménagement de cimetières et de fosses communes, documentés en vidéo et visibles avec l’imagerie satellitaire, offre aux enquêteurs en ligne et aux ONG une possibilité d’établir des estimations localisées. Le Centre for Information Résilience s’est focalisé sur un cimetière de Tchernihiv, comme le détaille un des enquêteurs de l’ONG dans notre émission.

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Dans son travail quotidien de documentation du conflit en appui notamment sur les images satellite, les photos et vidéos en ligne et les témoignages sur place, le Centre for Information résilience a identifié à Tchernihiv, une ville qui a subi les bombardements russes pendant plusieurs semaines, un cimetière, dont l’ONG a pu déterminer la date de construction et l’étendue.

Ben McCann a participé à cette enquête. 

 

"Au bout du compte, nous avons pu identifier 350 tombes individuelles."

Ben McCann, enquêteur de l'ONG.

Il y avait beaucoup de vidéos et de photos en source ouverte, publiées en ligne par les Ukrainiens. À partir de reportages de journalistes locaux, nous avons pu identifier qu’il y avait des fosses communes mais il n’y avait aucune preuve d’où elles se trouvaient. 
Image un nouveau cimetière à Tchernihiv, publiée par le média russe indépendant Meduza.
Image un nouveau cimetière à Tchernihiv, publiée par le média russe indépendant Meduza. © Meduza.io

L'image qui a lancé l'enquête a été publiée par Meduza, un site d'actualité [indépendant , NDLR] en russe.  Nous avons commencé à chercher une zone similaire à celle qu'on peut voir sur cette image. On voit une forêt et dans le fond, un important cimetière existant déjà depuis un moment, donc nous avons pu circonscrire notre recherche. Nous avons commencé à utiliser l'imagerie satellite qui avait  été collectée depuis le début du conflit.    

Nous avons alors analysé des images publiées sur les réseaux sociaux, ce qui est un processus plus fastidieux. Cela prend du temps de faire correspondre ce qu’on voit sur ces publications avec notre image de référence, laquelle a déjà été confirmée par géolocalisation, images satellite, et témoignages de terrain. Au bout du compte, nous avons pu identifier 350 tombes individuelles.

Ben McCann et son équipe ont aussi pu établir que les tombes avaient été creusées après l’invasion russe du 24 février. Les images satellites antérieures à cette date montrent le site du cimetière couvert d’arbres, qui ont depuis été abattus. 

Le CIR, comme d’autres organismes, essayent de produire l’enquête la plus irréfutable possible, dans l’espoir qu’elle puisse un jour servir en justice, en faveur des victimes.

 

"L’imagerie satellite ne peut pas témoigner toute l’ampleur de la souffrance des civils"

Mais Ben McCann concède que l’enquête en images à distance a ses limites.

Je crois que l’importance de notre travail c’est que ça établit une base pour de futures enquêtes. Pour établir des faits avérés sur un cas précis, l’enquête en source ouverte est très utile. Cela peut donner une idée précise d’un évènement, le où, le quoi et le quand.

Là où ça devient compliqué, c’est le "qui" : attribuer des actes à un acteur spécifique. Les Russes ont bombardé massivement Tchernihiv, on sait qu’il y a des victimes civiles en conséquence. Mais c'est impossible de dire avec certitude que ces 350 tombes sont toutes le résultat direct de l'invasion russe.

L’imagerie satellite seule ne peut dire qui a fait quoi et ne peut pas témoigner toute l’ampleur de la souffrance des civils.

Tchernihiv a été le théâtre d’intenses combats entre les armées russe et ukrainienne entre le 24 février et le 5 avril, date à laquelle les troupes russes se sont officiellement retirées de la région. Selon Amnesty International, un bombardement non ciblé, le 3 mars, sur la ville pourrait être un crime de guerre. Il aurait tué 47 personnes. Selon les autorités, 700 personnes ont perdu la vie durant les semaines d’attaques de l’armée russe.