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RD Congo : Uvira, ville meurtrie après la montée des eaux du lac Tanganyika dans le Sud-Kivu

Des murs affaissés, des maisons détruites, un port englouti... À Uvira, l’une des principales villes du Sud-Kivu (est de la RD Congo), le lac Tanganyika est sorti de son lit.
Des murs affaissés, des maisons détruites, un port englouti... À Uvira, l’une des principales villes du Sud-Kivu (est de la RD Congo), le lac Tanganyika est sorti de son lit. © Les Observateurs de France 24

En République démocratique du Congo, le lac Tanganyika a débordé pour la deuxième année consécutive. Depuis mi-avril, des milliers de personnes se retrouvent sans abri et sans assistance dans la ville d'Uvira, au Sud-Kivu. Des ONG ont alerté notre rédaction sur la situation humanitaire catastrophique des victimes.

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Mi-avril, plusieurs semaines de pluies diluviennes ont occasionné une crue exceptionnelle du lac Tanganyika. Les eaux ont débordé jusqu'à plus de 500 mètres dans les terres, emportant plus de 6 000 maisons. Sans abri, les sinistrés vivent désormais dans des camps de fortune composés de tentes fabriquées à partir de bâches. 

André Byadunia est le coordonnateur de la Nouvelle Société Civile d'Uvira. Il explique les mauvaises conditions dans lesquelles vivent les populations :

Plusieurs maisons se sont écroulées, d'autres sont encore debout. Les eaux sont arrivées jusqu'à trois mètres de haut. La situation humanitaire des sinistrés est déplorable parce qu’ils sont cantonnés dans les sites d'hébergement. Ce sont des sites de fortune aménagés par eux-mêmes. Ils courent aussi le risque d'attraper des maladies d’origine hydrique, parce qu’ils n’ont pas de toilettes, ils n’ont pas d'eau pour boire, même l’eau pour les travaux ménagers n’existe pas. Mais ils n’ont pas de moustiquaires non plus. Les enfants et les femmes enceintes, surtout, sont en train d’attraper la maladie que nous appelons le paludisme ou la malaria. 

En 2020, une première crue du lac Tanganyika et de ses affluents avait causé la mort d’une quarantaine de personnes et avait déjà fait des milliers de déplacés. À cause du changement climatique, les saisons de pluies sont devenues de plus en plus intenses. Les phénomènes d’inondations sont donc plus importants. Mais des spécialistes incriminent aussi une surexploitation des zones autour du lac, notamment la construction anarchique de maisons.

André Byadunia dénonce, lui, une inaction des autorités locales : 

Il est vrai que les habitants ont violé les 50 mètres de servitude. Lorsqu'ils construisaient leurs maisons, les années antérieures, les services de l’État étaient restés inactifs. Ils n’avaient pas bougé pour interdire à la population de construire à cet endroit-là. Nous sommes en train de demander à l’État congolais d’assister et de venir en aide aux amis sinistrés qui ont été abandonnés à leur triste sort.

De son côté, Kifara Kapenda Kiky, le maire adjoint de la ville d'Uvira, a reconnu une mauvaise gouvernance dans la distribution des parcelles. Il affirme cependant que la Ville n'a pas les moyens de faire face aux besoins des sinistrés.