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Brésil : des peuples indigènes luttent contre l'exploitation minière illégale sur leurs terres

Edinho Batista de Souza, du peuple Macuxi, est le coordinateur du Conseil indigène de Roraima.
Edinho Batista de Souza, du peuple Macuxi, est le coordinateur du Conseil indigène de Roraima. © Observateurs

Depuis plusieurs mois, des populations indigènes de l'État de Roraima, au nord du Brésil, dénoncent les risques que font peser les orpailleurs sur la terre indigène Raposa Serra do Sol. Leur présence a été documentée par des images aériennes par le Conseil indigène de Roraima, qui demande aux autorités de prendre des mesures.

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Au Brésil, la législation actuelle interdit toute exploration minière au sein des territoires indigènes. Mais le président brésilien Jair Bolsonaro y est favorable : en février 2020, il a signé un projet de loi visant à ouvrir ces terres à l'exploitation des ressources minérales.

Le texte n'a pas encore été approuvé, mais selon notre Observateur Edinho Batista de Souza, représentant du peuple Macuxi et coordinateur du Conseil indigène de Roraima, ces promesses politiques alimentent l'exploitation minière illégale : 

Cette vague de mineurs illégaux dans les terres indigènes a augmenté notamment en raison du discours du président de la République et aussi parce qu'au début de l'année, le propre gouvernement de l'État [de Roraima] a élaboré un projet de loi pour légaliser l'orpaillage. Cela a encouragé ceux qui étaient déjà là et ceux qui souhaitaient venir. Ces orpailleurs ne viennent pas seulement de Roraima, ils viennent d'autres États mais aussi du Guyana, du Venezuela. Nous dénonçons ces activités, nous essayons de faire connaître du mieux possible ce problème auprès des autorités, pour qu'elles prennent des mesures. Cela met nos vies en danger. Les orpailleurs nous menacent parce que nous alertons sur ces activités illégales.

Les communautés indigènes craignent la destruction de leurs terres et la contamination des sols et des cours d'eau par des produits toxiques comme le mercure. Mais cette ruée vers l'or suscite également des divisions :

Il y a aussi un impact social. Les familles elles-mêmes, au sein des communautés, délaissent leurs travaux quotidiens, leurs communautés, leur travail, leurs élevages d'animaux, pour travailler dans l'exploitation minière en pensant que ce sera une solution aux problèmes financiers. Au sein de notre organisation, nous essayons vraiment de travailler à des projets durables d'agriculture, nous travaillons avec les jeunes sur les semences traditionnelles, sur l'artisanat, pour la plantation de plusieurs types de cultures. Nous cherchons à renforcer cette ligne de travail pour montrer aux communautés qu'il y a d'autres ressources qui existent à partir du potentiel de chaque région.

En mars, dans l'État de Roraima, les Yanomami, un autre peuple victime de l'exploitation minière illégale, ont été entendus par la justice : une décision, qui évoque un risque de "génocide", a été rendue le 16 mars dernier et exige l'expulsion de tous les orpailleurs présents sur leurs terres.