Les Observateurs

Au Pakistan, des affaires de blasphème alimentées par des "rancunes personnelles et des conflits"

Notre Observateur Naveed Walter, président de l’ONG Human Rights Focus Pakistan.
Notre Observateur Naveed Walter, président de l’ONG Human Rights Focus Pakistan. © Observateurs

En janvier dernier, la vidéo d'une infirmière chrétienne frappée par ses collègues dans un hôpital de Karachi, au Pakistan, a circulé sur les réseaux. Dans ce pays où l’islam est la religion d’État, cette femme était accusée d’avoir proféré des propos blasphématoires. Cet incident n'est qu'un exemple parmi plus de 1 000 affaires de blasphème recensées depuis 1987.

Publicité

Au Pakistan, dans de nombreux cas, les lois contre le blasphème servent de prétexte à des règlements de comptes, particulièrement contre des minorités religieuses. 

En novembre 2020 par exemple, des émeutes ont éclaté après qu'un homme de la communauté hindoue a été accusé d'avoir brûlé des pages du Coran.

Notre Observateur Naveed Walter, président de l’ONG Human Rights Focus Pakistan, explique dans notre émission que les allégations de blasphème ont explosé après l'extension de la loi sur le sujet dans les années 1980 :

Des sections ont été ajoutées dans les lois pakistanaises, en particulier à partir de 1980-1986. La "295A" signifie souiller et diffamer la religion et la "295B" signifie souiller ou diffamer le Coran. Quant à la "295C", elle concerne les remarques désobligeantes contre le prophète Mahomet. Les peines vont de l'emprisonnement à la réclusion à perpétuité, en passant par la peine de mort. Mais il n'existe pas un seul exemple d'exécution d'une personne par le biais du système judiciaire. Parce ce que ce sont souvent de fausses accusations. Ces problèmes découlent de rancunes personnelles et de conflits.

Si certaines communautés comme les chrétiens ou les hindous sont ciblées de manière disproportionnée dans les affaires de blasphème, les accusés sont souvent eux-mêmes musulmans. En mars, une foule avait ainsi pris d'assaut une usine de vêtements à Karachi, essayant de lyncher un homme musulman qui avait prétendument profané une copie du Coran. La victime, qui a survécu, a nié ce qu'on lui avait reproché. 

Retrouvez le témoignage complet de notre Observateur dans notre émission.