Un camp de squatteurs livré aux mains de mystérieux hooligans

Le parc Indoamericano occupé par des migrants sans abris. Photo : Sorrel Mosely-Williams.
 
Des milliers de migrants ont envahi un parc de Buenos Aires depuis plusieurs semaines dans l’espoir de pouvoir s’y installer définitivement. Après une opération de police manquée, des hooligans xénophobes ont décidé de se débarrasser eux-mêmes des squatteurs.

Ces dernières semaines, plus de 5 000 personnes, dont une grande majorité de migrants venus de Bolivie, du Pérou et du Paraguay, ont installé un campement de fortune dans le grand parc Indoamericano, situé dans le quartier de Villa Soldati au sud de la ville, provoquant plusieurs manifestations de ses habitants contre leur présence.
 
A l'interieur du Parc Indoamericano. Video postée sur YouTube par juianimassi le 12 décembre.
 
 
Mardi dernier, lors d’une tentative d’évacuation forcée lancée par la police fédérale, deux squatteurs ont été tués. Les autorités ont donc décidé de retirer leurs forces de police. Des hommes armés ont alors attaqué le campement à la tombée de la nuit. Un migrant est mort dans les affrontements. Le 10 décembre, les télévisions nationales montraient les images d’un jeune migrant blessé, tiré hors de son ambulance par une foule en colère qui scandait "Dehors les Boliviens. Rentrez chez vous !". La police n’a pas confirmé sa mort, mais les services d’urgences médicales de la ville affirment que le jeune homme de 19 ans a été blessé par balle à la tête.

Samedi, les autorités ont finalement envoyé la gendarmerie pour sécuriser la zone. L’ordre était depuis revenu dans le parc. Mais mardi 14 décembre, d’autres violences ont éclaté dans les quartiers voisins de Lugano, Barraca et Bernal, où des migrants s’étaient installés.
 
 
Plus de 1 000 policiers ont sécurisé le parc samedi, bloquant l'entrée. Vidéo postée sur YouTube par hefestionsradio. 
 

"Le parc ressemble à un camp de réfugiés"

Sorrel Mosely-Williams est une journaliste britannique et blogueuse vivant à Buenos Aires. Elle a couvert les événements de Villa Soldati pour le Buenos Aires Herald,. Voici des extraits d’un billet posté sur son blog. :
 
Les conditions de vie sont catastrophiques à Villa Soldati. Les immigrés sont installés sous des tentes de fortune faites de sacs poubelle, de couvertures et de tôles. Ils sont venus des bidonvilles voisins et sont ici dans l’espoir de garder ce terrain et d’y construire un logement. Et ils ne bougeront pas de "chez eux" de peur que quelqu’un ne vienne reprendre l’endroit où ils se sont installés.
 
Freddy [un des occupants du parc], un Bolivien qui vit en Argentine depuis 7 ans, a accepté de sortir de son teepee pour me parler. "Nous louions un endroit pour 400 pesos par mois à Villa Lugano. Les petits jobs de bricolage, ça va, ça vient, et à un moment donné, je n’avais plus les moyens de payer. Nous sommes trois familles ici, avec nos enfants. Nous sommes arrivés samedi soir et nous espérons que Cristina (Fernández de Kirchner) trouvera une solution. Nous avons été évacués mardi, mais nous sommes revenus parce que nous n’avons nulle part où aller."
 
"Un migrant se faisait fouiller par des membres d’un gang de hooligans"
 
Le parc ressemble à un camp de réfugiés. Ces gens n’ont rien d’autres que ce en quoi ils croient. Et ce qu’ils croient, c’est que c’est mieux de vivre ici qu’à Villa 20 et à Villa 1-11-14 [bidonvilles du sud de Buenos Aires]. 
 
A l’extérieur du parc, un homme, probablement d’origine bolivienne, s'est fait fouiller par trois personnes. Le groupe, des membres du gang de hooligans du club de foot de Nueva Chicago, a fini son inspection et a demandé à l’homme de repartir. Ce dernier s’est exécuté. Une rencontre à la fois passive et agressive qui n’est pas allée plus loin. Du moins pour cette fois."

"Comment plus de 5000 personnes se sont retrouvées, au même moment et au même endroit, pour réclamer un logement ? ”


Cristina Civale est blogueuse et journaliste en Argentine.

C’est un problème social très compliqué qui ne peut être réduit à "un groupe d’immigrés sans domicile fixe qui décide de squatter un parc". Pourtant, c’est le raccourci que l’on entend dans la plupart des grands médias. En réalité, ce problème renvoie à la violence policière, aux guerres mafieuses et aux rivalités entre les autorités de la ville et le gouvernement national

Si Kirchner n’a pas souhaité envoyer la police fédérale pour évacuer les occupants, c’est parce que, quand ils sont intervenus pour la première fois, le 8 décembre, ils ont tué deux personnes [La police nie toute responsabilité dans ces décès et affirme n’avoir utilisé que des balles en caoutchouc]. Ici, la police a la réputation d’être corrompue et d’avoir la gâchette facile. Personne ne leur fait confiance.

Après ces deux décès, le gouvernement a retiré les troupes de la police fédérale et n’est plus intervenu pendant plusieurs jours. Et c’est l’absence des forces de l’ordre qui a créé un vide dans lequel des bandes mafieuses et xénophobes se sont engouffrées pour semer la terreur. Le gouvernement central a évoqué la responsabilité "d’activistes politiques de la province de Buenos Aires" dans ses violences : il pointait en réalité du doigt des hooligans du club de football Boca Junior [l’un des plus gros clubs de foot argentin] dont le propriétaire n’est autre que le maire de Buenos Aires, Mauricio Macri.

Cette incident pose une autre question : comment plus de 5 000 personnes se sont retrouvées, au même moment et au même endroit, pour réclamer un logement ? Ce n’est pas une coïncidence. Il existe une pratique illégale et mafieuse en Argentine qui consiste à "vendre" des terres dont personne n’est propriétaire à des gens qui cherchent désespérément un logement. Et il est plus que probable que les migrants boliviens et péruviens, ainsi que des Argentins très pauvres, ont été attirés sur ce site par une offre de ce type. "
 

Manifestations de résidents devant le parc Indoamericano

 
Des habitants du quartier de Villa Soldati bloquent une route pour protester contre l'occupation du Parc Indoamericano, samedi 11 décembre.
 
 
Des camions de police passent le blocage et entrent dans le parc. Samedi 11 décembre.
 
 
Des manifestants  brandissent des pancartes : "Nous sommes de bons citoyens, pas des meurtriers. Nous manifestons pacifiquement"
 
Kate Sedgewick est artiste et journaliste à  Matador Networks.
Billet rédigé avec la collaboration de Lorena Galliot, journaliste à France 24.

Comments

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