Les Jeux de Pékin ou l’ère du gigantisme

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Les Jeux olympiques de Pékin vont incontestablement marquer l'histoire de l'olympisme. Les raisons ? D'abord, ils sont les plus chers jamais organisés, avec pas moins de 44 milliards de dollars dépensés. Ensuite, ils ont enregistré un nombre record de participants, soit 10 500 athlètes représentant 202 nations. Enfin, ils ont connu les performances les plus folles, dont celles, absolument phénoménales, du nageur américain Michael Phelps et du sprinteur jamaïcain Usain Bolt.


Phelps : 23 ans et déjà légendaire !

Dans le "Cube d'eau" de Pékin, le nageur américain Michael Phelps a rivalisé avec le chrono. Résultat : sept records du monde et un record olympique passés à la trappe dans des épreuves qu'il a toutes remportées, le 200 m et le 400 m nage libre, le 100 m et le 200 m papillon, le 100 m et le 200 m dos, et le 200 m et le 400 m quatre nages.

Phelps est retourné à Baltimore avec huit médailles d'or autour du coup et deux nouveaux records olympiques dans son escarcelle. Avec 16 médailles dont 14 en or en deux participations (Athènes et Pékin), il devient le sportif le plus titré de l'histoire des Jeux olympiques. Et celui ayant remporté le plus de métaux en or en une seule participation, devant son compatriote Mark Spitz, qui avait remporté 7 médailles d'or en 1972 à Munich.



Bolt met les scientifiques dos au mur


A chaque fois qu'Usain Bolt a calé ses pieds dans les starting-blocks, le "Nid d'oiseau" de la capitale chinoise a retenu son souffle pour mieux admirer le calme olympique précédant la tempête. Et à chaque fois, le Jamaïcain de 22 ans a su donner assez de force à la tempête pour la transformer en véritable tornade, balayant tous les records rencontrés sur son passage. Le 100 m ? Il le pulvérise en 9''69, et presque en marchant, laissant loin derrière ses concurrents incrédules. Le 200 m ? Il le jette aux oubliettes en 19''30, deux centièmes de moins que l'Américain Michael Johnson, 12 ans auparavant.

Usain Bolt met les scientifiques dos au mur
: selon plusieurs études sérieuses, les limites humaines étaient atteintes avec un 100 m à 19''65. Or à Pékin, le Jamaïcain a freiné sa course à 10 mètres de l'arrivée, laissant entrevoir une nette capacité à descendre sous son record actuel.

Mais Bolt, c'est aussi l'histoire d'une Jamaïque qui écrase la concurrence dans les épreuves du sprint. Les 100 m et 200 m, tant masculin que féminin, ont été l'apanage de ces coureurs des Caraïbes, qui ont détrôné des Américains, vite perdus dans l'air de Pékin.


Don Nadal de Mallorca

Que dire du prodige espagnol ? Rafael n'a pas créé de surprise en s'imposant à Pékin. Depuis quatre ans, ce garçon de 22 ans marche sur les traces des plus grands noms du tennis mondial. Vainqueur de Roland-Garros ces quatre dernières années, tombeur du Suisse Roger Federer à Wimbledon, il siège désormais au sommet du classement ATP - classement duquel le roi Federer est descendu. Il ne manque au tableau de chasse de Rafael Nadal que deux tournois du Grand Chelem : l'US Open (qui débute lundi 25 août), et les Internationaux d'Australie.

Alain Bernard dans la cour des grands

Si la natation française a brillé aux JO de Pékin, c'est en partie grâce à son torpilleur Alain Bernard. Le nouveau roi du 100 m nage libre a remporté à lui seul trois des six médailles que compte la France dans la discipline. Bernard aurait pu s'en vouloir d'avoir fait perdre à la France la médaille d'or dans le 4x100 m (il était le dernier relayeur alors que son équipe était en tête), mais il a su se remobiliser pour s'arracher dans la plus belle des disciplines et se rattraper de la plus belle des manières.

Quant à Laure Manaudou, elle s'est noyée dans ses histoires d'amourette, bien avant de faire naufrage dans le "Cube d'eau". Certains avaient pourtant prévenu.


 

Handball : irrésistibles « Experts » !

La plus belle équipe du tournoi olympique de handball a décroché la plus belle médaille, la première de ce type pour le handball français aux JO. Les "Experts", invaincus en huit matches, font maintenant partie du cercle très restreint des nations qui ont remporté les titres mondial, européen et olympique. Impériaux de bout en bout, les camarades de Bertrand Gille ont éclaboussé le tournoi de leur talent et de leur puissance. Ils ont fini intouchables jusqu'en final, où ils ont vite expédié une équipe d'Islande, juste un peu trop faible pour eux.


 

Tout est bien qui finit bien

Pour la France, cette XXIXe olympiade est la plus prolifique d'après-guerre. Avec ses 40 médailles (7 en or, 16 en argent et 17 en bronze), les sportifs français ont atteint leur objectif de départ. Certaines disciplines, comme l'athlétisme où rien n'a fonctionné, doivent néanmoins revoir leur stratégie.

Les relayeurs américains sans témoin


Les images des relayeurs américains des 4x100 m masculin et féminin incapables de se transmettre le témoin resteront des moments forts de l'histoire de l'athlétisme aux Jeux olympiques. Heureusement pour les Etats-Unis que ses athlètes se sont rachetés sur le relais 4x400, remportant l'or chez les hommes et les femmes.

L'Ethiopie reine du fond

L'Ethiopie aura régné sans partage sur les courses du 5 000 m et du 10 000 m, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Tirunesh Dibaba, 23 ans, a dominé la compétition chez les femmes sans jamais céder un pouce à ses adversaires. Elle s'affirme de plus en plus comme la reine incontestée du fond féminin. Son compatriote Kenenesa Bekele a affolé les chronos pour s'adjuger la médaille d'or sur les deux épreuves.
Mais au tableau des médailles, l'Ethiopie, avec ses 6 médailles (4 en or), est surclassée par sa rivale, le Kenya, qui a remporté 14 médailles dont en 5 en or.

Et le vainqueur est...

...La Chine ! Pour le pays au 1,3 milliard d'habitants, l'organisation des Jeux olympiques sur son sol est, quoi qu'un peu tardive, une juste reconnaissance de la part de la communauté internationale de sa puissance. Economique, certes, puisque sa croissance se décline désormais en deux chiffres, mais diplomatique aussi. Ce n'est pas sans raison que les dignitaires de l'empire du Milieu ont investi des sommes colossales dans le déroulement des cérémonies d'ouverture et de clôture. Et cela n'a surpris personne si celles-ci furent d'une réussite et d'une beauté exceptionnelles. Le reste a été l'affaire des athlètes.

Avec 51 médailles d'or, la Chine réalise le meilleur score de toute son histoire olympique. Elle devance le deuxième, les Etats-Unis, de 15 médailles d'or.


"Beaucoup de touristes ont boudé la Chine"

Sébastien Le Belzic, correspondant de France24 à Pékin, estime que les Jeux de Pékin n'auront pas profité au tourisme chinois.

Il y aura une médaille d'or, une seule, qui aura échappé à la Chine pendant ces Jeux, celle du tourisme. L'effet olympique n'était pas au rendez-vous de ces deux semaines de compétition. On attendait un demi-million de visiteurs étrangers. Ils n'étaient que 400 000. Soit autant que l'année dernière à la même époque.

"Le taux de remplissage des hôtels 5 étoiles a été de 80% environ, explique Xiong Yunei, vice-présidente de l'office du tourisme de Pékin. Mais pour les 4 étoiles il n'a été que de 60%, c'est à dire moins que pendant la période normale". Car beaucoup de touristes ont boudé la Chine. Des tarifs trop élevés, des restrictions importantes sur les visas, la crise tibétaine... Bref, une mauvaise image qui a juré avec le reste de la compétition.

Mais pour Pékin, l'enjeu était ailleurs. Il fallait donner l'image d'une capitale qui bouge. La Chine a investi pour cela plus de 30 milliards d'euros... Faisant de ces 2 semaines de compétition, les plus chères de l'olympisme. Un nouvel aéroport... 8 nouvelles lignes de métros... Des centaines d'usines fermées pour éviter la pollution et 2 millions de voitures obligées de rester au garage pour lutter contre les embouteillages. Tout cela à un coût.

La Bourse a mal réagi, perdant près de 10% ces deux dernières semaines. Mais la Chine a eu ce qu'elle voulait... Des Jeux grandioses et beaucoup de médailles. Une fois n'est pas coutume. Les contingences économiques n'auront pas fait plier les dirigeants chinois."

Portrait de Sébastien Le Belzic

Sébastien Le...

  • China
  • Journaliste à FRANCE 24

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