Refaîtes vos Jeux !

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Une cascade de records, l'or pour Alain Bernard sur 100 m nage libre, Michael Phelps qui détrône le record de Mickael Spitz, Usain Bolt qui survole le 100 m dans le Nid d'oiseau, les Experts enfin couronnés, l'athlétisme aux pieds des Jamaïcains... Mais aussi la défaite de Laure Manaudou et l'abandon de Liu Xiang....

Pendant cette quinzaine des Jeux de Pékin, une trentaine de contributeurs vous ont fait revivre ces plus grands événements, avec leurs témoignages et leurs analyses. Pour clore cette contribution aussi riche que diverse et colorée, voici leurs impressions sur cette édition 2008 et leurs meilleurs souvenirs ...

"Il faut réduire par deux le nombre d'athlètes sélectionnés"


Bernard Amsalem
, président de la Fédération française d'athlétisme et vice-président du CNSOF, déplore les résultats de la France dans sa discipline et réfléchit sur une réforme dans la préparation des athlètes.

Sur un plan général, je voudrais d'abord dire que les JO ont été très bien organisés. Les Chinois ont fait très fort. On nous avait dit tellement de choses avant de partir, pour finalement trouver une très bonne organisation. On n'a rien ressenti sur la pollution non plus.


Concernant l'athlétisme, le bilan n'est clairement pas celui qu'on attendait. On avait un objectif de deux à quatre médailles. On en décroche qu'une, en argent [par Mahiedine Mekisshi-Benabbad au 3 000 m steeple]. Comme point positif, je retiendrai nos neuf finalistes, dont certains n'étaient pas très loin du podium. Je pense à Mehdi Baala, à 4/100e de la troisième marche. Ladji Doucouré temine aussi 4e du 110 mètres haies. Mais neuf finales, c'est ce qu'on a fait de mieux depuis 1988 à Séoul. Il a manqué la petite chose pour monter sur le podium.

On est loin de nos objectifs. Il faut donc réfléchir à une nouvelle préparation pour les Jeux olympiques. On retrouve certes les mêmes adversaires qu'à d'autres événements, mais les Jeux olympiques ont quelque chose de très particulier. J'ai pensé à quelques pistes de réflexion qu'on pourrait mettre en place dès 2009, notamment sur la préparation des athlètes et l'encadrement des relais.

Je pense à resserer le nombre de sélectionnés. Aujourd'hui, on en compte 52 en athlétisme. Il ne faudrait garder que ceux suscpetibles d'accéder à la finale, c'est-à-dire diviser le nombre d'athlètes par deux.

Autre point, en relais. Certains athlètes n'ont pas joué le jeu du collectif. Il faudrait que tout athlète qui veuille concourir en individuel priorise le relais."


Portrait de Bernard Amsalem

Bernard Amsalem

  • France
  • Director of the French Athletitics Federation

"Alain Bernard exceptionnel ! Usain Bolt déconcertant !"

Térence Joubert, escrimeur français non sélectionné, était à Pékin pour les Jeux. Impressionné par l'organisation de Pékin, il souligne toutefois les problèmes liés à la chaleur, et dus à la pollution.

Sportivement, on peut dire que le bilan n'a pas été trop mauvais. Je dirais même qu'il a été plutôt bon. En escrime, la France se place à la première place des nations. On a remporté deux médailles en individuel, on en espérait une troisième, au sabre dame par exemple. Au total, l'escrime française termine avec 4 médailles dont deux d'or. C'est déjà pas mal !


De ces Jeux, je retiendrai la médaille d'or d'Alain Bernard. Sa course est vraiment exceptionnelle. Le 100 mètres nage libre est la course la plus regardée après le 100 mètres en athlétisme. C'est bien pour la France d'avoir un champion de cette ampleur. J'ai aussi été marqué par la facilité d'Usain Bolt. Déconcertant ! Autant en 100 mètres qu'en 4x 100m... Personne ne lui arrive à la cheville.

Au niveau de l'organisation, les Jeux de Pékin ont été grandioses. C'était au top. Les installations étaient parfaites, les conditions idéales. Le village olympique était juste à côté du stade, dix minutes en bus ! En revanche, j'ai eu quelques difficultés pour aller sur le site ; je ne pouvais pas y aller pour entraîner des athlètes.

Je ne ferai qu'un seul reproche : la chaleur. Pour les épreuves de vélo ou d'athlétisme, ça devait être très dur. Il ne faut pas se leurrer, l'air est assez pollué."


Portrait de Térence Joubert

Térence Joubert

  • France
  • fencer

"Une bonne opération économique"

Pour Jade, professeur de français à Shanghaï, les Jeux ont été une réussite avant tout commmerciale.

Que la Chine arrive première des Jeux est une grande satisfaction, mais c'est aussi une bonne affaire économique ! Je suis fière d'être Chinoise car on a gagné l'or dans tellement de sports. Ping-pong, plongeon... mais ces derniers jours, je commençais à me fatiguer des JO!

Avec mes amis, on s'est interrogé sur les différentes réactions des médaillés lorsqu'ils montaient sur le podium. Les Chinois se sont pratiquement tous mis à pleurer, alors que les autres étaient tout sourire. Nous expliquons ça par les efforts et les sacrifices qu'ils ont dû donner pour en arriver là. Ça fait quatre années qu'ils préparent ces Jeux avec une telle intensité, que pleurer est la seule émotion qui leur vient. D'ailleurs, le sport pratiqué à ce niveau n'a rien de naturel."

Portrait de jade

jade

  • China
  • professeur

Et le psy dans tout ça ?



Pour Hubert Ripoll, auteur du "Mental des champions", rapelle que les contre-performances sont en partie dues à la faiblesse de l'environnement psychologique des athlètes.

7 médailles d'or, 16 d'argent, 17 de bronze, dixième nation au classement officiel, sont-ce de bons Jeux ? Ne faisons pas la fine bouche, le bilan est globalement positif, bien que... La Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Australie, la Corée du Sud, le Japon et l'Italie, toutes nations de poids comparable, nous devancent, souvent loin devant. Et pourtant, nous avons un des meilleurs systèmes de prise en charge des sportifs, tant pour la formation des entraîneurs, que pour leur environnement matériel et social au sens large. Alors, comment expliquer certaines contre-performances, comme en judo, ou certaines déroutes, comme en athlétisme ? Les causes sont plurifactorielles. J'en retiens une, qui tient à la faiblesse de l'environnement psychologique des sportifs.


On me demande souvent quelle est la part de la psychologie dans la réussite sportive ? Sans le mental d'un champion, point de réussite. Alors, comment se forge-t-on le mental d'un champion ? Tout d'abord, une motivation infaillible, qui permet de durer malgré l'adversité, les échecs, les blessures. Ensuite, être capable de "bricoler" des routines mentales qui permettent de se préparer aux épreuves et de les affronter : fixer des objectifs réalistes et les atteindre, domestiquer le stress, gérer sa concentration, apprendre des automatismes... Et avant tout, être formidablement autonome. Les numéros un que j'ai interviewés pour le Mental des champions (tous champions olympiques ou du monde) ont pratiquement tout appris seuls, sans aide de "psychologues" dûment formés.

Faut-il généraliser ce fait ? L'ériger en principe ? Peut-on se passer des "psychologues" ? Certainement pas. En effet, pour un champion qui passe, combien cassent ? Combien, pétris de talents n'ont jamais percé ? Combien ont sombré comme une Marie-José Pérec, par le passé, ou un Franck Dumoulin, lors de ces Jeux. L'environnement psychologique du sportif n'est pas en France à la hauteur de l'environnement technique, matériel et social. Il est temps d'y songer pour préparer Londres 2012."

Portrait de Hubert Ripoll

Hubert Ripoll

  • France
  • Professeur d'Université (Faculté des Sciences des Sports de l'Université de la Méditerranée)

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