Les icônes se cachent pour perdre

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Le sport est un monde cruel pour les athlètes qui ont brillé mais ne trouvent plus les ressources mentales pour retrouver la force qui les animait.

Laure Manaudou en est peut-être, malgré elle, l'exemple le plus frappant de l'athlète qui est passé à côté de ses Jeux.

Championne olympique à moins de 18 ans à Athènes, Laure a vu une pression exceptionnelle s'abattre sur ses épaules quatre ans plus tard à Pékin.

Ce fut une année mouvementée. Entre un scandale mettant sa pudeur à mal, les changements d'entraîneurs et la pression des sponsors, la jeune athlète avait de bonnes raisons de quitter prématurément la capitale chinoise, mais elle a préfèré rester et finir les épreuves dans la douleur quitte à s'effondrer dans toutes les séries individuelles.

Une chape de plomb s'abat alors sur la jeune Villeurbannaise: "Elle va de pire en pire", "C'est la fin pour la championne"... Une série de critiques émane des médias enterrant, peut-être prématurément, celle qui était la coqueluche des médias, il y a encore quelques semaines. Mais est-il juste de faire un bilan si sévère de nos icônes sportives qui sont avant tout des hommes et des femmes ?

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"A-t-on le droit de brûler nos icônes ?"

Hubert Ripoll, auteur de "Le mental des champions", donne une explication aux défaites des icônes des JO de Pékin.

La férocité des commentaires à l'égard de nos icônes battues est déplorable. Il y a eu avant, Marie-Jo Pérec, plus proche de nous, Franck Dumoulin et Laure Manaudou. Combien d'autres encore ? A-t-on ce droit ? Bien sûr que non. Nous admettons que nos icônes soient battues, si elles le font, telle Laura Flessel, dans l'honneur. Pourquoi ? Parce que nous nous projetons dans nos icônes et nous n'admettons pas leurs faiblesses, car elles révèlent les nôtres. Et pourtant, c'est dans ces moments critiques qu'elles ont besoin de nous.

En effet, seule la cohésion du groupe peut aider le champion à s'affronter lui-même et affronter les autres. De nombreux exemples m'ont été donnés dans : "Le mental des champions" par Flessel (lorsqu'elle relate le Championnat du monde par équipe, gagne contre tous les pronostics), Martini (en finale de la Champions' League), Boghossian (lors de la Coupe du monde de football). Tous ont gagné parce que l'équipe s'est soudée envers et contre tous. Nos icônes battues ont besoin de nous, ne serait-ce que parce qu'elles nous ont fait rêver, pour affronter l'adversité.

Avant les Jeux, j'ai failli écrire une chronique : "Manaudou peut-elle gagner ?". J'aurais conclu que non. Après son 400 m, j'écrivais pour les Observateurs du 11/08 (Laure Manaudou fait naufrage) : "La force des grands champions, c'est de renaître de leurs échecs. Pour cela, il faut de la motivation pour se reconstruire. Laure Manaudou peut miser sur l'excellente ambiance qu'il y a au sein de l'équipe de France et qui peut lui donner la force de se battre". C'est ce qui s'est passé. Alors, et la suite ?

Laure Manaudou ne nage enfin plus pour elle seule mais pour un groupe, une famille enfin recomposée après la rupture avec le père ou, au moins, le grand frère. Tout redevient possible au-delà des épreuves passées. Que peut-elle gagner ? Une place en finale ? Je le pense, un podium ? Pourquoi pas, un honneur retrouvé ? Une famille ? Certainement, c'est bien là l'essentiel pour un être humain. Tout redeviendra alors possible, plus tard, loin du tumulte des Jeux, si la championne le souhaite.

Non, nous n'avons pas le droit de brûler nos icônes, car c'est se brûler nous-mêmes.

Portrait de Hubert Ripoll

Hubert Ripoll

  • France
  • Professeur d'Université (Faculté des Sciences des Sports de l'Université de la Méditerranée)

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