Dépasser ses limites (d'âge)

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Ils ont déjà passé la quarantaine, mais rien ne les arrête, ni les entraînements quotidiens, ni la musculation régulière. Plus expérimentés et plus motivés que jamais, certains athlètes sont toujours prêts à concourrir. Jeannie Longo en est le parfait exemple. A bientôt 50 ans, elle est toujours en piste, vingt-quatre ans après ses premiers Jeux à Los Angeles. Et aujourd'hui, elle manque de peu le podium en contre-la-montre.

L'Américaine Dara Torres, 41 ans, a elle remporté sa 10e médaille olympique, l'argent au 4x100 mètres libre. Comme si "la nageuse la plus rapide des Etats-Unis", comme l'appellent ses concitoyens, était de plus en plus rapide.

Autre phénomène : Sheila Taormina, 39 ans, a participé à quatre Jeux olympiques... dans trois disciplines différentes. Une première dans l'histoire des Jeux. Championne en natation en 1996 à Atlanta, elle a été sélectionnée en triathlon aux JO de Sidney en 2000 et à ceux d'Athènes en 2004. Et pour cette XXIXe olympiade, Taormina concourt en pentathlon moderne, une discipline qui combine le tir, l'escrime, l'équitation, la course à pied et la natation.

Alors, y'a pas d'âge pour être un champion ?

 

"Le sprint ne demande pas beaucoup d’endurance"


'Sheila Taormina, la touche-à-tout' posté par FRANCE 24 sur YouTube

Senda Gharbi, appelée "la perle de la natation" en Tunisie, ancienne nageuse spécialisée dans les 50, 100 et 200 mètres nage libre, pense que les performances de ces quadragénaires ne sont pas le fruit du hasard mais le résultat de plusieurs années de travail.

Dans des disciplines telles que les 50 et 100 mètres nage, il est tout à fait possible de conserver ses forces en faisant des séances de musculation quotidiennes et régulières. Dans ce type de course à courte distance, c'est celui qui sera le mieux préparé physiquement qui gagnera. L'âge ne semble pas, ici, un facteur très déterminant. Le sprint ne demande pas beaucoup d'endurances, il faut juste être rapide et efficace. Et faire preuve d'une grande capacité de concentration mentale.


Il est plus difficile de participer à des courses sur 200 et 400 mètres lorsqu'on a 40 ans.

Reste un autre facteur à ne pas négliger : la nationalité des athlètes. Aux Etats-Unis, la natation fait partie des disciplines reines. Les nageurs bénéficient d'équipements et d'infrastructures de qualité ainsi que d'un suivi médical très poussé. De quoi leur permettre de défier les meilleurs athlètes. Même les plus jeunes."

"Les vieux ne veulent pas mourir"

Hubert Ripoll a analysé cette tendance dans son livre "Le mental des champions, comprendre la réussite soprtive".

Qu'est-ce qui fait tenir les Ottey, les Kerstin, les Taormina, les Longo, ces quadras, quinquas qui n'en finissent pas de finir ? Le physique ? Le travail ? Evidemment. C'est tout ? Non, le mental, d'abord et avant tout. Alors pourquoi eux ? Pourquoi une Manaudou met probablement un terme à sa carrière à 21 ans alors qu'une Longo y croit encore à 50 ? Le mental bien sûr. Explication.

Il faut à mon sens aller chercher du côté de la motivation des champions, ce moteur qui permet de renaître de ses échecs, car un champion est avant tout quelqu'un qui est capable de renaître de ses cendres. Alors, pourquoi certains et pas d'autres ?

On peut (schématiquement) faire du sport pour deux raisons : pour progresser ou pour s'affirmer. Les conséquences de l'échec sont très différentes dans les deux cas. Celui qui pratique pour progresser tire les conséquences de son échec pour combler ses lacunes par un travail acharné alors que celui qui pratique pour affirmer son ego vit l'échec comme un déni de soi, et la blessure narcissique est terrible à gérer. Or, précisément, ce sont les sportifs motivés par un renforcement de l'ego qui sont sujets à l'abandon alors que ceux motivés par le progrès (et par le plaisir) sont capables de durer car ils sont capables de toujours rebondir. Ecoutons Eric Navet, champion du monde de saut d'obstacles :

"J'ai évidemment une passion immodérée pour les chevaux et pour l'équitation. C'est ma principale motivation, et si je n'avais pas été comme ça, je n'aurais pas eu une carrière aussi longue. J'ai dû évoluer pour m'adapter sur quarante ans. [...] Sentir mes chevaux progresser, ce n'est que du bonheur. Le haut niveau, c'est la cerise sur le gâteau, mais j'adore faire le gâteau, c'est ma satisfaction de tous les jours."

Et Flessel, à quelques minutes de son entrée en lice au moment où j'écris ces lignes ? Flessel (que j'ai interviewée dans mon livre) me paraît à l'abri d'une blessure narcissique. Si elle est battue, ce ne sera pas par elle-même, par abandon. Non, elle a le mental qui peut, à trente-sept, la propulser sur le podium."

Portrait de Hubert Ripoll

Hubert Ripoll

  • France
  • Professeur d'Université (Faculté des Sciences des Sports de l'Université de la Méditerranée)

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