Laure Manaudou en plein naufrage

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C'est une défaite comme on en a rarement vue. En finale du 400 mètres nage libre, Laure Manaudou, tenante du titre, arrive avec huit secondes de retard sur la gagnante, la Britannique Rebecca Adlington. Des images d'autant plus surprenantes que la Française nageait en tête dans les 150 premiers mètres. Pour l'histoire, on retiendra la belle performance de sa compatriote Coralie Balmy qui prend la 4e place.

La Laure Manaudou d'Athènes, l'égérie de la natation française, celle qui éclaboussait la natation de ses performances, nage aujourd'hui dans le sillage des autres.

Et comme si ça ne suffisait pas, quelques heures plus tard, l'Italienne Federica Pellegrini, sa grande rivale, a effacé des tablettes le record de Laure Manaudou en 200 mètres nage libre avec un nouveau record du monde lors des séries (1'55"45).

Contributeurs

"Un drame en direct"

Hubert Ripoll, auteur du "Mental des champions. Comprendre la réussite sportive", analyse la course de Laure Manaudou sur 400 mètres, où elle termine dernière.

On a vécu un drame en direct... Terrible cet abandon. On a rarement vu un champion laisser filer une finale comme cela. Il ne s'agissait certainement pas d'une question tactique, pour privilégier une autre course, mais bien d'un abandon psychologique. Pourquoi ?

Je pense tout d'abord que Manaudou ne s'est pas toujours remise de sa séparation avec son ex-entraîneur Philippe Lucas, avec qui elle avait une relation fusionnelle... C'était un couple atypique, un peu comme en amour ; ça fonctionnait même si ce n'était probablement pas sur des bases idéales. Si elle a eu raison de le faire, pour vivre sa vie de Femme, il lui fallait retrouver un nouvel équilibre ; ce qui est très dur.

Aujourd'hui, elle recherche toujours ce nouvel équilibre. Son entraîneur n'est aucunement responsable, au contraire, il a eu du mérite à tirer la championne jusque-là. Changer d'entraîneur, c'est se reconstruire. Or, on ne construit pas dans la tempête et la championne a connu deux ans de tempêtes, en s'exposant, souvent, par les médias interposés (et pas les meilleurs) pour le pire, rarement pour le meilleur.

Ceci n'est pas bon pour un champion qui doit vivre une véritable ascèse spirituelle au moment où il faut couper, entrer dans une bulle. Or Manaudou s'est retrouvée seule dans sa bulle... avec ses démons, et pas avec elle-même. Cela laisse des traces. À l'opposé, une Laura Flessel, elle aussi très médiatisée, a réussi, je pense, à se préserver. On le verra, j'en suis sûr.

En raison de cette surcharge psychologique, je pense que sa défaite était prévisible. Pour moi, la distance qui la sépare de la première nageuse à l'arrivée est révélatrice de l'ampleur de sa blessure psychique. C'est dire si celle-ci est profonde.

Ce type d'abandon, car c'est d'abandon dont il s'agit, est quelque chose que l'on voit rarement chez les sportifs. On a pu voir cette détresse chez Marie-José Pérec en 2000 à Sydney. Cette championne d'exception n'a jamais pu recoller après. J'espère que Laure Manaudou y arrivera mais cela va être très dur. Je crains que le plaisir ne soit plus au rendez-vous, et ce plaisir est indispensable à un sportif pour qu'il encaisse tout le reste.

La force des grands champions, c'est de renaître de leurs échecs. Pour cela, il faut de la motivation pour se reconstruire. Laure Manaudou peut miser sur l'excellente ambiance qu'il y a au sein de l'équipe de France, et qui peut lui donner la force de se battre.

Je crains pourtant que ce soit dur pour elle de retrouver cette motivation. Demain, on aura une partie de la réponse avec la finale du 100 mètres dos. On verra si elle est capable de recoller. Mais je n'y crois pas vraiment.

Quoi qu'il en soit, ne brûlons pas, comme certains actuellement, les icônes que nous avons forgées et qui nous ont fait rêver, et pour ma part, et quoi qu'il arrive, Merci Laure Manaudou.

Portrait de Hubert Ripoll

Hubert Ripoll

  • France
  • Professeur d'Université (Faculté des Sciences des Sports de l'Université de la Méditerranée)

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