De l’oasis au désert, la triste histoire d’une vallée iranienne


La province iranienne du Sistan et Baloutchistan, autrefois le "grenier de l’Iran", s’est transformée en désert. Des tempêtes de sable ont recouvert les villages et les plaines luxuriantes. La faute à un barrage situé de l'autre côté de la frontière, en Afghanistan, source de conflit entre les deux pays.

Le principal cours d’eau de la province, la rivière Helmand, a été réduite à un simple ruisseau. Le principal coupable se trouve en amont, de l’autre côté de la frontière, en Afghanistan. Là-bas, la construction du barrage de Kamal Khan a complètement bloqué la rivière. Et sans eau, les zones humides autour de la chaîne des lacs Hamouns, qui chevauchaient les deux côtés de la frontière, ont disparu il y a une quinzaine d’années.

Le manque d’eau est le premier problème pour les habitants, mais les énormes quantités de sable restées au fond du lac asséché ont entrainé une autre catastrophe. De mai à septembre, des vents très violents - les "vents de 120 Jours" - forment désormais d’énormes tempêtes de sable.

Selon notre Observateur dans la région, ces vents ont charrié tellement de sable depuis les anciens marécages du Hamoun, que beaucoup de villages ont été complètement ensevelis.


Contributeurs

"Quelque fois, ces tempêtes sont tellement énormes qu’elles bloquent des routes, piègent des habitants dans leurs maisons et engloutissent des villages entiers"

Mohamad vit dans la ville de Zahedan, capitale de la province du Sistan et Baloutchistan.
 
Le trafic illégal de carburant entre l’Iran et l’Afghanistan a pu aussi jouer un rôle dans l’assèchement des zones humides. Beaucoup de trafiquants traversent en voiture la région, qui constitue pour eux un raccourci, mais qui accélère l’érosion du sol. Et c’est en quelque sorte un cercle vicieux, car c’est l’assèchement des zones humides qui a mis les gens au chômage et les a poussés à se lancer dans la contrebande.
 
Un village sous le sable dans le Sistan et Baloutchistan.
 
Le sable et la poussière se sont entassés dans tous les recoins possibles. Quelque fois, ces tempêtes sont tellement énormes qu’elles bloquent des routes, piègent des habitants dans leurs maisons et engloutissent des villages entiers, forçant la population à partir. L’année dernière, en quelques jours seulement, 100 villages ont été ensevelis sous le sable. Beaucoup d’entre eux sont maintenant des villages fantômes. Cela augmente aussi le niveau de pollution et nous avons dans la région un nombre anormal de cas de tuberculose.
 
L’intérieur d’un bâtiment couvert de sable dans un village du Sistan et Baloutchistan.
 
Le problème, c’est que l’Afghanistan ne reverse pas à l’Iran sa part d’eau provenant de la rivière Helmand. La rivière est la plus importante source d’eau pour les zones humides du Hamoun. Ils ont construit un barrage traversant l’Helmand sur leur territoire et l’eau ne nous arrive plus. Ils ouvrent seulement les vannes lorsqu’il y a trop d’eau et qu’il y a un risque de brèche. Ce qui cause un autre problème : lorsqu’ils ouvrent, cela provoque des inondations en aval qui détruisent les maisons et les routes.

Notre gouvernement dit qu’il y a des négociations avec les autorités afghanes, mais ils ne font que parler. Ils ne font rien et rien n’a changé. Ici les gens disent que ce sont les États-Unis qui décident de ce qu’il se passe en Afghanistan. Ils ne se soucient pas de nous ici en Iran. D’un autre côté, le gouvernement iranien n’a rien fait pour essayer de bloquer le flot de sable, en utilisant du paillis ou d’autres méthodes.
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La pollution de l’air dans la ville de Zahedan, capitale du Sistan et Baloutchistan.


Les particules – un type de pollution de l’air – sont si fines qu’elles peuvent se loger partout.


Une usine en ruine après une tempête de sable dans le Sistan et Baloutchistan.



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