Les émeutes sous l’œil des blogueurs

Dossier de notre éditeur régional Russie et ex-URSS, Maria Antonova.

Le président Mikhail Saakashvili a déclaré l’Etat d’urgence, ce mercredi, suite à des affrontements entre la police et des manifestants qui demandaient sa démission. Le même jour, la télévision Imedia a été fermée par les forces de l’ordre pour avoir diffusé les discours de leaders de l’opposition. Des photos de la salle de rédaction saccagée circulent sur Internet. Et les blogueurs s’inquiètent des décisions autoritaires de leur Président.

« De toute façon, Misha va gagner »

Ce blog est tenu par un habitant de Tbilisi, où se déroulent les manifestations.

Les autorités ont ignoré les premières manifestations. Elles ont peut-être sous-estimé l’ampleur du mouvement. (...) Et, tout à coup, le Président a annoncé qu’il allait distribuer des bons d’achat de 50 lari (21 euros) aux plus vulnérables pour qu’ils paient leur note d’électricité et de gaz. Bien sûr, certains ont déchiré ces bons d’achat devant les caméras, mais beaucoup d’autres s’en sont satisfaits. (…)

Les gens de la province ne peuvent pas rester devant le parlement pour l’éternité et ils finissent par partir petit à petit. Bien qu’ils soient très fâchés, ils ne savent plus quoi faire.

Il a été finalement décidé que serait organisée une élection présidentielle et non parlementaire. Or nous n’aurons que quelques candidats comiques à opposer à l’actuel Président, comme par exemple cet avocat farfelu qui se présente à chaque élection. Et de toute façon, Misha [Mikhail Saakashvili] va gagner. Tout simplement parce qu’il n’y aura personne d’autre pour qui voter. Et une fois que Misha aura été réélu, les élections parlementaires ne seront qu’une formalité. Qui peut se vanter d’avoir un Président comme ça ? »

« La démocratie est juste anesthésiée »

Le blogueur est originaire d’Abkhazie. Il s’est exilé à Tbilisi pour fuir la guerre déclenchée, en 1992, par la déclaration d’indépendance de la région Abkhaze.

La démocratie n’est pas morte. Elle est juste anesthésiée et va reprendre connaissance dans quelques jours. La censure des médias a permis au gouvernement et à l’opposition de parler du futur de la Géorgie sans subir la pression des journalistes qui n’ont qu’une question en tête : pour qui les électeurs vont-ils voter ?

Misha a surpris la nation lorsqu’il a annoncé des élections présidentielles anticipées et la tenue d’un référendum qui va permettre aux gens de déterminer la date des élections.

Il est clair que cette décision a été prise avec l’approbation des Etats-Unis. Maintenant, tout est entre les mains des gens, qui vont pouvoir choisir leur leader. Je suis sûr que les élections seront transparentes. La Géorgie ne sera pas considérée comme un membre potentiel de l’OTAN si les élections sont truquées. De toute façon Misha va gagner, car il n’a pas d’opposant de poids.»

Après la descente de police à Imedia

Cette vidéo a été tournée devant les bureaux de Imedia, le 7 novembre. Le blogueur affirme que la police a ouvert le feu [avec des balles en caoutchouc] sans sommation lors de son intervention.

Raid contre la télévision Imedia, un employé raconte

Un employé de Imedia raconte le raid de la police. Quelques jours plus tard, la licence d’émission de la chaîne a été révoquée par une cour de Tbilisi.

Je rentrais du bureau quand j’ai vu les forces spéciales entrer dans le bâtiment. A peu près 500 personnes, y compris les employés de Imedia, s’étaient regroupées devant les portes. Tout le monde criait que cette intervention était illégale et honteuse. Nous, on est restés là pendant une heure environ, alors que d’autres policiers arrivaient, et au final nous nous sommes retrouvés à plus de 1000 personnes près de la grille d’entrée. Alors que les gens se dirigeaient vers la sortie, la police a ouvert le feu avec des balles en caoutchouc. Jusqu’à minuit, les policiers ont poursuivi les gens et les ont tabassés.

Le jour suivant certains d’entre nous se sont rendus devant les portes, mais nous nous sommes dispersés pour éviter de provoquer la police. Les dirigeants de la chaîne sont arrivés peu après et ils se sont aperçus que tout avait été saccagé à l’intérieur des locaux : les ordinateurs, le mobilier, les objets de décoration et nos équipements spécialisés. La perte monte à 20 millions de lari (8,5m d’euros). Les voitures stationnées devant la chaîne ont aussi été vandalisées.

Nous n’avons plus d’équipement et toutes nos archives ont disparu. Heureusement, pour l’instant, nous allons continuer à être payés. Et nous allons tout de suite commencer à remettre les locaux en état. »

 

 

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emeutes

continue pillage incendies des vehicules en hongrie



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