L’Iran, clef de voute d’un fragile équilibre mondial ?

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Étudiant en Master de droit à l'Université Lille2 et passionné par les questions de défense, de politiques internationales, et de société, je n'ai de cesse de m'intéresser à l'actualité et aux conflits dans le monde.
 
Le 17 août 2012, Mahmoud Ahmadinejad comparait Israël à une "tumeur cancéreuse", propos vivement condamnés par la communauté internationale. Mais qu’est-ce qu’une tumeur cancéreuse ? L’analogie est inquiétante mais pas nouvelle car elle confirme la position de Téhéran vis-à-vis d’Israël. En effet une tumeur cancéreuse est une masse de cellules cancéreuses qui a comme principale spécificité de se développer beaucoup plus vite que les autres cellules de l’organisme et qui contamine ainsi progressivement ce dernier. La comparaison est frappante dans le discours de Mahmoud Ahmadinejad. Ce dernier considère donc que le Moyen-Orient est un organisme malade dont le salut passe par l’ablation de cette tumeur, une métaphore imagée qui marquera facilement les esprits.
 
Pourtant, quelques jours plus tôt Téhéran observait d’inquiétantes rumeurs sur le territoire israéliens faisant état d’une probable attaque préventive des infrastructures iraniennes avant l’automne.
 
Ces menaces ne sont pourtant pas nouvelles et tout le monde se souvient que depuis plusieurs années, autant l’Israël que l’Iran, se plaît à se menacer mutuellement de destruction, acte qui demeure en soi une forme de dissuasion.
 
Seulement voilà, pourquoi aujourd’hui ces menaces sont-elles prises avec beaucoup plus de sérieux ? La réponse se trouve probablement en Iran car selon les analyses prévisionnelles établies en 2011, l’Iran serait susceptible de se doter de l’arme nucléaire entre 2012 et 2013.
 
Pour comprendre ce qui est susceptible de se produire, il serait intéressant de relire l’extraordinaire étude publiée en 2009 par Samy Cohen et deux chercheurs américains aboutissant à une simulation de bombardement de l’Iran pour se rappeler que si un tel conflit devait se produire, les conséquences seraient bien plus lourdes que ce que les partisans israéliens d’une intervention militaires prévoient. En effet, ces derniers estiment qu’une intervention militaire en Iran couterait la vie à 500 Israéliens. Ce qui est choquant est la faculté qu’a le gouvernement israélien à troquer la vie de son peuple contre la poursuite d’une idéologie.
 
Un discours similaire en France ferait scandale. Comment peut-on estimer à plusieurs centaines de mort un conflit qui n’a pas encore débuté ? Chaque vie est précieuse d’autant plus que sacrifier une vie c’est sacrifier toute l’humanité.
 
Les partisans d’une intervention militaire en Iran ont un défaut qui est de taille, c’est qu’ils sous-estiment cruellement les capacités militaires de l’IRAN, le Mossad n’est pas omniscient.
 
Les conséquences d’une attaque militaire israélienne ne serait pas les mêmes qu’en 2007 quand Israël bombarda une centrale nucléaire en Syrie.
 
Certains parlent déjà d’un suicide et c’est effectivement ce qu’il se passera si Tsahal attaque l’Iran. En considérant que les installations iraniennes sont réparties sur l’ensemble du territoire iranien qui possède une superficie 2,4 fois supérieure à celle de la France, les experts considèrent qu’une telle attaque engagerait au minimum une centaine d’avions dont des F-15 pour les bombardements, des F-16 pour la chasse aérienne et des ravitailleurs sachant que ces avions possèdent des rayons d’actions de 500 à 2000 kilomètres en fonction de l’armement. Les pertes aériennes s’élèveraient selon les experts autour de 20 à 30 % en fonction notamment des dispositifs secrets iraniens de défense anti-aérienne (le dispositif sol-air britannique "Rapier" et français "Crotale" voir le fameux SA-12 Giant russe etc.) Tsahal dispose également de missiles balistiques JERICHO -3 offrant une alternative aux forces aériennes mais manquant cruellement de précision, sans compter sur les GBU 28 "Bunker buster" qui ont la capacité de percer 6 mètres de béton à 30 mètres de profondeur…
 
L’Iran n’est pas en reste et c’est là que le bât blesse pour le peuple juif. En dépit du fait que les iraniens ont des missiles « Shahab-3 » d’une portée de 2000 kilomètres, c’est sans compter sur la potentialité de les équiper d’ogives nucléaires si toutefois l’Iran en a les moyens, ce qui est plus que probable.
 
Quand Israel attaquera, l’Iran répondra puis il y aura une escalade de la violence qui embrasera toutes les régions du Moyen-Orient.
 
Une analyse consiste à mettre en balance deux phénomènes et à se demander si une action militaire en Iran en vaut-elle vraiment la peine. L’analyse s’effectue donc en deux temps. Tout d’abord elle consiste à observer les motivations israéliennes à mener une telle entreprise pour enfin s’interroger sur les conséquences d’une telle action. Se dessinera alors un axe de conduite à tenir.
 
Dans les premiers temps, une analyse du discours de Monsieur Netanyahu permet de découvrir que ce dernier envisage de bombarder l’Iran avant novembre pour plusieurs raisons. La première mais également la plus explicitée consiste à vouloir se prémunir contre un Etat islamique qui serait sur le point de se doter de l’arme nucléaire, l’empêchant ainsi de se doter d’une arme de dissuasion et évitant une prolifération nucléaire dans la région. La seconde est de vouloir ralentir le programme nucléaire iranien de 2 à 3 ans maximum en espérant que le régime des Mollahs disparaisse en Iran.
 
Le problème est que l’institution du « Mollah » est un pilier du chiisme. Désignés comme les descendants du prophète Mahomet, ils forment les autorités religieuses chiites avec à leurs têtes un Ayatollah, la plus haute autorité religieuse. Les chiites se différencient des sunnites dans la mesure où les premiers ont décidé en 656 de suivre la voix d’Ali, gendre du Prophète alors que les seconds ont décidé de suivre la voix d’Abou Bakr, compagnon du Prophète dans l’Islam. L’Iran est un Etat dont la composition religieuse est chiite à 90%. La question qui se pose est comment Netanyahu peut-il espérer dans ces conditions un changement de régime puisque la majorité des iraniens sont chiites ?
 
Les chiites représentent 10 à 12 % des musulmans dans le monde et ont donc potentiellement l’énergie de susciter une revendication identitaire supérieure à celle de la majorité sunnites. Attaquer l’Iran renforcerait la cohésion des iraniens et aurait pour conséquences de produire l’effet inverse souhaité par Netanyahu, prolongeant la vie du régime d’une décennie. De plus, l’attaque des communautés chiites iraniennes va créer un élan de solidarité sans précédent dans le monde chiite. Le caractère « sans précédent » s’expliquera par l’élan identitaire initié par le phénomène du « Printemps arabe » de 2011 et qui se poursuit encore en Syrie.
 
Il faut souligner que l’Irak qui est proche d’Israël a une population chiite à hauteur de 60%, le Liban à hauteur de 40% et l’Arabie saoudite à 20%. Ce conflit va encore plus isoler Israël sur la scène du Moyen Orient, provoquant des attaques de toutes directions qui deviendront très rapidement incontrôlables. La menace la plus immédiate proviendra de toute évidence du Hezbollah au Liban qui a promis un bain de sang si Tsahal attaquait l’Iran. En 2011 les experts estimaient que le Hezbollah avait jusqu’à une réserve de 40 000 missiles divers et variés pouvant servir contre Israël.
 
L’Iran punirait Israël aux yeux du monde tant militairement qu’économiquement en fermant le détroit d’Ormuz dans le Golfe persique, sachant que ce détroit alimente 40% des besoins mondiaux en hydrocarbures. Le prix de l’essence s’envolerait, faisant ainsi entrer le monde en récession.
 
L’Union européenne et les Etats Unis s’en mêleraient en faisant grimper la violence d’un cran. Tout cela à cause de quoi ? A cause de la poursuite aveugle d’une idéologie basée sur la peur.
 
On peut alors se poser la question finale de savoir si un retardement de l’industrie nucléaire iranienne justifie-t-elle de déclencher une guerre majeure et par conséquent le risque de mort de milliers d’iraniens, de juifs, et l’entrée en récession du monde entier ?
 
Force est de constater que le temps et le progrès auront toujours raison et tôt ou tard l’Iran aura l’arme nucléaire, ainsi vont les choses. Le Pakistan l’a déjà, l’Inde aussi, ce n’est qu’une question de temps alors pourquoi vouloir retarder les choses si l’on est persuadé que l’Iran s’en dotera bien assez vite ? Faisons confiance en l’IRAN, laissons la légitimement se doter d’une industrie nucléaire civile car c’est ce qui arrivera tôt ou tard. Il faudrait vraiment avoir une vision simpliste pour penser que l’Iran, cette magnifique et riche nation de plus de 70 millions d’habitants, décidera du jour au lendemain d’annihiler l’occident car il existe de simples et pourtant redoutables mécanismes de dissuasion nucléaire… Le gouvernement iranien est extrêmement intelligent et ne prévoit pas de déclencher une 3ème guerre mondiale, sauf peut-être s’il y est forcé…


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