L’autodestruction de la Syrie est-elle en marche ?

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Étudiant en Master de droit à l'Université Lille2 et passionné par les questions de défense, de politiques internationales, et de société, je n'ai de cesse de m'intéresser à l'actualité et aux conflits dans le monde.
 
L’externalisation de la répression par le gouvernement syrien pourrait être l’une des meilleures armes de Bachar El Assad. Opérée par le gouvernement syrien avec un recours massif aux Chabiha comme le montre l’actualité récente, elle se présente comme une manifestation supplémentaire de la logique destructrice du gouvernement syrien. Ce processus consistant à sous-traiter certaines fonctions répressives qui sont normalement des prérogatives de puissances publiques, à des organisations miliciennes équipées et encouragées financièrement, permet de combler des carences logistiques ou stratégiques dont les interprétations peuvent varier.
 
Les Chabiha sont des milices pro-Assad étant majoritairement alaouites, comme le sont les troupes régulières de l’armée syrienne, les alaouites représentants 10 à 12 % de la population syrienne alors que les sunnites approchent les 75%.
 
La stratégie du gouvernement syrien d’avoir recours à ces mercenaires est un élément particulièrement dévastateur autant pour l’actuelle fragilité de Bachar El Assad que pour l’avenir du pays. L’idée qu’illustre l’utilisation des Chabiha partiellement ou totalement consentie par le pouvoir en place est celle du mécanisme d’une bombe à retardement qui vient d’être enclenché. Cette bombe s’apprête à exploser et à annihiler l’opposition syrienne non sans abîmer considérablement le pouvoir en place.
 
La réflexion développée par le sociologue Mohammed Cherkaoui, en commentant Tocqueville, précisait que "Si le pouvoir n’est pas en mesure de montrer constamment sa force, la moindre menace le fragilise". La chronologie du printemps arabe montre que c’est effectivement l’une des raisons qui a poussé le monde arabe à se soulever. La répression s’étant atténuée depuis une dizaine d’année dans des pays comme la Lybie ou l’Egypte, le vent révolutionnaire du printemps 2011 a soufflé tellement fort qu’il a fragilisé considérablement les régimes autoritaires de tradition familiale, jusqu’à provoquer leur destruction. Certains pays y ont échappé car justement, le souvenir douloureux des répressions populaires était encore présent dans les esprits, tel est le cas de l’Algérie qui dix ans plutôt était encore en pleine guerre civile, mais ce n’est pas la seule raison.
 
Il est donc évident que l’armée régulière syrienne, engagée dans les luttes internes depuis 1 an et demi, accentue ses fronts depuis juin 2012 comme jamais auparavant, montrant ainsi certaines de ces limites face aux rebelles de l’Armée Syrienne Libre (ASL).
 
Le recours aux Chabiha fait grimper d’un cran le caractère passionnel du conflit syrien dans la mesure où les atrocités commises par ces mercenaires sont telles, qu’elles vont estomper celles commises par l’armée régulière mais également plonger la Syrie dans une guerre sans fin semblable au conflit israélo palestinien.
 
L’utilisation des Chabiha va œuvrer pour le gouvernement syrien tout en le vidant de ses prérogatives de puissances publiques aux yeux de la communauté internationale. Que l’action de ces mercenaires ait été commanditée par le régime en place importe peu in fine, seuls comptent les faits. Ici les Chabiha sont en train de montrer à la communauté internationale que la Syrie perd la maitrise de la répression qu’elle s’efforce de mener. Cette preuve sur la scène internationale n’inquiète pourtant pas la Syrie, convaincue que la Chine et la Russie lui laisseront plus de temps pour que les Chabiha produisent l’effet voulu, diviser pour mieux régner.
 
Les Chabiha, obéissant de plus en plus à eux-mêmes et à leur famille, sont en réalité instrumentalisés par le régime en place pour décrédibiliser les opposants au régime sur la scène internationale. Bachar El Assad joue donc un double jeu en donnant l’impression de se moquer de la communauté internationale, tout en construisant en partie sa stratégie sur une croissante opinion internationale en défaveur des pratiques révolutionnaires.
 
Les exemples récents montrent justement que la communauté internationale s’interroge sur les méthodes de l’ASL quand elle capture des membres présumés de ces familles de mercenaires. Des vidéos circulent sur internet et montrent le sort réservé aux différents chefs de clans comme ce fût le cas pour l’ainé du clan Berri à Alep.
 
Bien qu’il soit de notoriété publique que l’assurance d’une stabilité régionale importe plus à la communauté internationale que les belles rhétoriques démocratiques revisitées qu’on ne cesse d’entendre, on peut d’ores et déjà s’interroger sur "l’après Assad" quand on voit le sort que réserve l’ASL aux prisonniers…
 
Le phénomène Chabiha aura au moins le mérite de questionner l’opinion publique sur le sort des alaouites durant "l’après Assad"…
 
Pourtant, quand le chaos le plus absolu règnera en Syrie, quand l’ASL aura perdu beaucoup de son influence sur le plan médiatique, le régime de Bachar El Assad fera ce qu’il fait de mieux, rétablir l’ordre en haussant le niveau de violence pour frapper une dernière fois, là où ça fera le plus mal.


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