La jeunesse de Goma exige que la Monusco passe à l'action pour pacifier le nord-Kivu

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les jeunes révolutionnaires devant le QG de la monusco à Goma
 
Ils étaient une cinquantaine de jeunes. Ni la pluie qui tombait sur la ville, ni les chars des nos vaillants "soldats de la paix", et encore moins les jeeps des policiers de la garde du gouverneur de province armés jusqu'aux dents ne les ont effrayés : ils ont tenu à remettre en mains propres leur mémorandum à Monsieur Hervé Ladsous, qui était de passage à Goma l'après-midi de ce mardi 11 septembre. 
 
Arrivés presque en même temps que les fonctionnaires onusiens au quartier général de la MONUSCO,  installé au bord du lac Kivu, ces jeunes, dont le degré d'éveil, la détermination et le style surprennent tout le monde, ont attendu plus de deux heures à l'entrée du QG, en brandissant leur message sur des calicots et des cartons sur lesquels on pouvait lire :
 
"La meilleure manière de nous protéger, nous civils congolais, c'est de nous rétablir la paix ou la sécurité. La Monusco doit y oeuvrer ou s'en aller". Ou encore : "Non à une Force internationale de trop. Monusco : à quoi sert le Chapitre VII ? Appliquez-le maintenant, ou partez !".
 
De temps en temps, ils scandaient en choeur, dans leurs mégaphones : Monusco, 12 ans de présence chez nous, quatre millions de dollars dépensés journellement, sous le prétexte d'une paix qui se fait toujours attendre. Nous avons assez d'un gouvernement irresponsable et d'une communauté internationale spectatrice !"
 
Témoins de la manifestation : une dizaine de journalistes venus couvrir la visite de Monsieur H. Ladsous, le personnel de la MONUSCO, des éléments de force de sécurité et du protocole congolais. Des copies de mémorandum leur ont  été distribués.
 
Ensuite est venu le moment sans doute le plus marquant de l'après-midi : la sortie du convoi de Monsieur Ladsous. Les jeunes manifestants, intrépides, ont formé une chaîne humaine, derrière leurs calicots, et ont barré la porte de sortie du QG de la MONUSCO.
 
L'intervention des dizaines de policiers qui attendaient les délégations à l'extérieur n'y a rien fait.
La garde rapprochée du sous-secrétaire général a dû venir en renfort; Alors ces braves jeunes se sont assis devant les 4x4 de la délégation, toujours en criant "la paix", "nous protéger c'est nous rétablir la paix","gouvernement irresponsable, ONU passive", "construisez un camp comme celui-ci pour 10 millions de nord-kivutiens", "MONUSCO, are you soldiers or tourists ?"...  Une démonstration comme je n'en ai jamais vue ! Des jeunes congolais, intellectuels qui s'accrochent sur des véhicules, sur pneus des chars, ou les bottines d'hommes armés jusqu'aux dents, qui crient à tue-tête dans les oreilles d'une aussi haute personnalité, qui, ... Après une bonne demie-dizaine dizaine de minutes, le convoi a pu se frayer un chemin, mais le message est passé. Et avec force.
 
Après le départ de la délégation onusienne, c'était au tour du gouverneur de province et sa délégation de quitter l'enceinte de la MONUSCO. Lui aussi en a eu pour son compte : "gouvernement irresponsable", "gouvernement irresponsable"... Ces mots ont dû résonner comme un affront à ses oreilles, tellement il n'y est pas habitué. 
 
Soucieux d'un changement dans leur pays!
 
Ces jeunes n'en sont pas à leur première manifestation. A la veille du 52ème anniversaire de l'indépendance, pendant qu'ils préparaient une grande manifestation en distribuant des tracts d'appel et en invitant la population à sortir de la résignation, six d'entre eux avaient été arrêtés et détenus pendant une semaine par les services de renseignement. Ils seront relâchés, grâce notamment à la mobilisation de leurs collègues et d'autres jeunes partageant leur engagement. Le 15 août dernier, alors que se réunissait à Goma le sous-comité des ministres de la défense de la CIRGL, ils étaient parvenus à passer dans l'étroit filet des services de sécurité et avaient manifesté leur opposition au projet de déploiement d'une (autre) force internationale à l'Est de la RDC. Plus récemment encore, le 5 septembre, ils ont manifesté dans les rues de Goma, et adressé un mémo au Président de la République dans lequel ils demandaient le renforcement des FARDC et la démission de deux de leurs hauts commandants : le chef d'état-major général Didier Etumba, et le redoutable chef d'état-major de la Force terrestre, le général Gabriel Amisi Kumba dit "Tango Fort". 
 
Ils promettent d'intensifier leur activisme, jusqu'à ce que révolution s'opère dans le pays. Le 21 septembre, journée mondiale de la paix, pourrait être leur prochain rendez-vous. Le 27 septembre, pendant qu'il se tiendra à New York une grande réunion sur la situation à l'Est de la RDC, ils promettent de faire à nouveau entendre leur voix. Ils refusent de se donner un nom et des structures, car leur démarche consiste avant tout à se défaire des sentiers bâtis auxquels on a habitué les congolais à se conformer. Ils se définissent tout simplement comme un mouvement d'éveil et d'action citoyens, avec pour slogan le mot swahili "INATOSHA !" (c'est-à-dire Assez ! ou Ca suffit !) : assez de la guerre, assez des injustices, assez de la cupidité des dirigeants, assez du système de gouvernance, ...
 
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Empêchés, ils sont restés devant le portail du QG

Les jeunes Gomatraciens bloquent le passage aux véhicules de la délégation du sous-secrétaire général

Quelques jeunes manifestants après leur action près du QG de la MONUSCO.

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