Jane Eloi : mère, prostituée et mannequin

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Dossier de notre éditeur régional Amérique latine, Cristiano de Sa Fagundes

Jane fait partie des prostituées qui défilent pour « Daspu », la nouvelle marque de vêtements en vogue à Rio. La particularité de cette griffe : tous les vêtements sont produits et conçus par des prostituées brésiliennes. Ce projet est porté par une ONG locale, Davida (De la vie), qui défend les droits des professionnelles du sexe de Rio de Janeiro. Le nom « Daspu » - « des putes », en portugais - est inspiré de celui d’un grand magasin de Sao Paulo, « Daslu ». Une référence qui n’était pas du goût des propriétaires du centre commercial, qui ont assigné l’ONG en justice.

Les contributeurs

Jane Eloi, prostituée à Rio, nous parle de sa rencontre avec les Daspu

Jane Eloi, 32 ans, est séropositive, veuve et mère de trois enfants (aucun n’est infecté par le virus). C’est son mari, aujourd’hui décédé, seule personne avec qui elle n’utilisait pas de préservatifs, qui lui a transmis le HIV. Quand elle a découvert, en 2005, qu’elle était malade, Jane pensait se suicider.

Je voulais mourir. Je restais toute la journée dans les bars de la place Tiradentes (au centre métropolitain de Rio), je ne faisais que boire, désespérée. Un jour, Doroth, de l’ONG Davida, que je ne connaissais pas, est venue parler avec moi dans un de ces bars. Elle m’a dit qu’elle m’observait depuis un certain temps et m’a invitée à découvrir l’ONG où elle travaillait. J’y suis allée parce que je n’avais rien de mieux a faire.

Là-bas j’ai rencontré d’autres prostituées et je me suis rendu compte que j’avais le droit à un peu de dignité. Tout a changé. J’ai découvert que j’avais des droits, comme tout le monde, notamment le droit à des médicaments distribués par le gouvernement pour combattre le SIDA.

Aujourd’hui, je travaille avec l’organisation pour faire connaître nos droits, je distribue des préservatifs et je m’occupe de mes collègues quand elles ont besoin de moi. »

Jane participe également aux défilés, pleins d’humour, de la griffe Daspu.

L’an dernier on a été invité par un artiste (Tadej Pogacar) pour participer à la biennale de l’art à São Paulo. J’ai défilé avec une super robe de mariée toute faite en draps d’hôtel et en préservatifs. C’était génial.

Parmi nos apparitions les plus mémorables, il y a celle qui s’est déroulée en parallèle de la Rio Fashion Week. Alors que les grands noms de la couture mondiale étaient à la Marina da Gloria pour participer à cet événement, nos filles organisaient leur propre défilé dans le quartier des prostituées, sur la place Tiradentes.

Le lendemain, une grande photo de moi était à côté de celle de la top modèle Giselle Bündchen dans les journaux. C’était incroyable. On n'arrêtait pas de rigoler à l’ONG. C’était ma minute de gloire. Je n’avais jamais rêvé d’une chose pareille. Moi, qui viens du trottoir, partageant une page de journal avec Giselle Bündchen.

Mais nous souffrons toujours de discrimination et de violence. Hier des garçons s’amusaient à arroser les travestis avec un extincteur d’incendies lorsqu’elles se rapprochaient de leur voiture. Certaines sont tombées et se sont blessées. Je ne sais pas ce qui se passe avec ces gens là. C’est désespérant quand il s’agit de jeunes garçons riches. »

Posez vos questions à Jane. Notre éditeur régional, Cristiano, les lui transmettra.

Défilé dans une librairie de Rio, le 6 juin 2006, à l’occasion de la sortie du livre “Les filles de Daspu”

Gabriela Leite, responsable de l’ONG Davida, a pris la parole lors de la gay pride de Rio, le 12 octobre 2007


Vidéo et traduction de Cristiano Fagundes, coordinateur Amérique latine.

Je ne sais pas faire de discours enflammés, j’ai une petite voix... mais je suis très émue d’être ici avec toutes les prostituées de Davida de Daspu, avec toute la communauté des prostituées brésiliennes, (…) pour lutter pour notre droit à la liberté sexuelle. Pour que nous puissions pratiquer le sexe en paix. À Rio et dans le reste du Brésil, sans discrimination. Nous sommes et serons toujours ensemble. Merci... »

Sur le site des Daspu : « Au fond, nous avons toujours travaillé dans la mode »

Page d'accueil du site Daspu

Nous sommes des prostituées réunies par l'ONG "Davida", et nous aimons la mode. Nous discutons les modèles, nous les dessinons et les cousons parfois nous-mêmes. Nous fabriquons des vêtements pour le trottoir (à utiliser dans la rue ou à domicile), pour le loisir (plage, parcs et jardins), pour la folie (fêtes et carnaval). Ce sont des vêtements pour protester, pour exiger que nos droits humains soient respectés et faire de la prévention contre les maladies sexuellement transmissibles. Ici, on ne discrimine ni les femmes qui ont d'autres professions, ni les hommes. Au fond, nous avons toujours travaillé dans la mode. Mais maintenant, nous assumons nos compétences dans ce domaine.»

Reportage de France 24 sur les Daspu

Dapsu

Bel exemple de réinsertion

Du trottoir au

Du trottoir au podium...
C'est là un destin peu commun. Il faudrait espérer que les habituées des trottoirs sortent parfois de l'ombre, et que les stars des grands podiums sortent parfois de leurs clinquantes lumières.