La photo d’une femme non voilée sur le fil Twitter de Rohani divise la presse iranienne


Une femme non voilée sur fond de drapeau iranien, l’image est déjà insolite dans la république islamique. Alors quand elle est postée sur le compte Twitter du président iranien, il y a de quoi créer un petit séisme. 
 
Le président iranien modéré, Hassan Rohani, n’a jamais reconnu officiellement être présent sur les réseaux sociaux. Mais les journalistes iraniens sont unanimes : c’est bien lui qui se trouve derrière ce fil Twitter. Régulièrement, des photos exclusives du président, parfois avec ses proches, y sont postées. C’est aussi via ce compte qu’Hassan Rohani avait souhaité un bon nouvel an à la communauté juive quelques mois après son élection.  
 
Pour les journalistes, nul doute donc que le tweet félicitant la mathématicienne américano-iranienne Maryam Mirzakhani, récompensée par la médaille Fields, a été posté avec l’aval du président. Un tweet qui n’est probablement pas du goût des plus conservateurs puisque la scientifique apparaît à droite avec un voile et à gauche la tête découverte.
 
Aussitôt posté, le tweet a été largement commenté par les internautes. Pour l’un d’entre eux, le président a "brisé un tabou qui dure depuis des décennies".


La liberté de ton dont use le président n’est en revanche pas à la portée de tout le monde en Iran. Si bien que même les journaux réformistes n’ont pas osé lui emboîter le pas. Sur cette illustration du journal "Shargh", la chevelure de la scientifique a été fondue par un montage dans le tableau noir représenté derrière elle.


Cet autre journal réformiste a opté pour le très gros plan sur le visage de la scientifique.


Un journal ajoute un hijab sur Photoshop

"Iran", le journal officiel du gouvernement, a quant à lui tenté une approche différente. Après avoir analysé l'image ci-dessous, nos journalistes ont conclu qu'il s'agissait d'un montage de deux photos. Le fond et le voile sont ceux que l'on retrouve sur la photo tweetée par le président Rohani, tandis que le visage et la mêche de cheveux apparente ont été récupérés sur une autre photo sur laquelle la scientifique ne portait pas de voile.

Difficile de dire pourquoi le journal a fait ce choix. Peut-être tenait-il à publier une photo de meilleure qualité, mais a été contraint de rajouter un voile, obligatoire en Iran. Ou peut-être que le rajout de cette mèche de cheveux est une discrète rebellion. 


Les deux images ayant servi au photomontage



De son côté, le quotidien conservateur "Vatan Emrouz" n’a pas décidé que cette récompense valait une première page, ce n’est donc qu’en 4e page qu’un petit article a été rédigé. Sur la photo qui l’accompagne la scientifique porte un voile couvrant sa chevelure.


Enfin, "Kayhan", le plus important quotidien conservateur du pays, a estimé que la reconnaissance internationale du travail de Maryam Mirzakhani ne valait pas un article.

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Commentaires

Medaille Fields

Ces histoires de cheveux n'ont aucun intérêt. Chez nous aussi, les journalistes prennent des libertés avec les faits. Les contacts que j'ai en Iran ne sont nullement gênés par cette médaille, ils sont absolument ravis !



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