Un quartier résidentiel congolais dévasté par les mineurs de cobalt

Le quartier résidentiel de Kasulo s'est transformé en carrière où des milliers de mineurs se pressent. Capture d'écran d'une des vidéos envoyées par notre Observateur Valéry Ipanga.

Des centaines de creuseurs artisanaux ont envahi un quartier de Kolwezi, ville du sud de la République démocratique du Congo, après la découverte d’un gisement de cobalt sur des parcelles résidentielles. Notre Observateur sur place explique que le sol de ce quartier est devenu un dangereux gruyère.

Kolwezi est une ville réputée pour ses gisements miniers d’hétérogénite, une espèce minérale potentiellement radioactive qui contient de l’aluminium ; du cuivre mais surtout du cobalt. Très prisés, ces minerais sont recherchés par des creuseurs artisanaux qui exploitent ces territoires pour revendre leur butin à de très nombreuses compagnies minières, la plupart du temps chinoises, implantées dans la région.

Au mois de juin, un habitant du quartier Kasulo, situé à 4 kilomètres du centre ville de Kolwezi, découvre accidentellement que son sous-sol regorge de ces précieux minerais alors qu’il creusait une fosse sceptique. Alertés par la nouvelle, plusieurs habitants du quartier entreprennent des fouilles et découvrent que c’est l’ensemble de la zone qui regorge de cuivre et de cobalt. Malgré l’interdiction faite par la municipalité le 18 juillet, les trous béants se multiplient dans le quartier. Mais les fouilles, non encadrées, ne sont pas sans conséquences : cinq creuseurs sont décédés fin juillet dans des éboulements.

Toutes les vidéos ont été tournées par notre Observateur Valéry Ipanga entre le 21 et le 24 juillet.
Contributeurs

"Personne n’a l’intention de libérer les lieux tant qu’il y aura encore une once de cobalt ou de cuivre"

Valéry Ipanga est informaticien pour une société minière et habite dans le quartier voisin à Kasulo où les gisements de cobalt et de cuivre ont été découverts.

Quasiment tous les habitants de Kasulo [un quartier d’environ 10 000 habitants, NDLR] ont creusé sur leur parcelle pour essayer de trouver des minerais. C’est un quartier pauvre, où le taux de chômage est très élevé, et cette découverte est un cadeau du ciel pour beaucoup d’entre eux. Le prix du minerais varie en fonction de la teneur en cobalt, mais la tonne peut rapporter entre 1 000 et 5 000 dollars [entre 750 euros et 3 700 euros]. Certains n’ont pas hésité à casser leur maisons à la hache pour creuser des énormes trous. D’autres creusent eux-mêmes dans leurs chambres à l’abri des regards.

La plupart ont embauché des creuseurs artisanaux avec qui ils partagent jusqu’à 50 % du butin trouvé quotidiennement. En général, ils sont recrutés par équipes de 5, et ils se relaient non stop pendant 12 heures de travail, la première de 6 à 18 heures et la deuxième de 18 heures à 6 heures du matin le lendemain. Du coup, dans le meilleur des cas, ils arrivent à extraire entre une à deux tonnes par jour !
 
"Un pasteur et ses fidèles ont même creusé autour et dans une église !"

Il faut creuser au minimum 6 mètres de profondeur pour trouver les premières traces de minerais. La particularité de l’hétérogénite est que plus vous creuser, plus vous trouvez de la matière dense en cobalt ou en cuivre. La conséquence c’est qu’on voit des trous très impressionnants, certains descendant jusqu’à une quinzaine de mètres de profondeur. Dans une église du quartier, le pasteur et les fidèles se sont mis d’accord pour creuser des trous béants autour et même dans l’église pour chercher le cobalt… et le dimanche, ils célèbrent la messe comme si de rien n’était.

Des habitants n'ont pas hésité à raser des parties de leur maison pour entreprendre les fouilles.

"L’érosion risque de provoquer des éboulements et de ravager les dernières maisons encore debout "

La mairie a d’abord toléré les fouilles, puis est intervenue car certains creusements commençaient à se faire sous les routes. Le problème, c’est que ces parcelles ont été légalement achetées par des habitants au cadastre local. Ils ont donc le droit d’en faire ce qu’ils veulent, puisqu’ils sont chez eux ! Le gouvernement du Katanga a pourtant lancé un ultimatum d’un mois aux creuseurs pour quitter les lieux en promettant de leur trouver un nouvel endroit où ils pourront poursuivre leurs activités. Mais sur place, très peu sont au courant de la mesure, et personne n’a l’intention de libérer les lieux tant qu’il y aura encore une once de cobalt ou de cuivre.

Même s’ils sont minoritaires, certains résidents – souvent ceux qui n’ont pas trouvé de cobalt sur leur parcelle - se plaignent des conséquences probables de ces fouilles anarchiques. La saison des pluies va bientôt arriver [à partir d’octobre jusqu’en décembre, NDRL] et avec l’érosion, on ne sait pas du tout comment les terrains très sablonneux vont réagir. Il y a de fortes probabilités d’éboulements qui risquent de ravager les dernières maisons encore debout. Ne parlons même pas de la radioactivité des minerais qui pourrait poser un problème de santé publique dans les années à venir.

Notre Observateur discute avec des creuseurs qui lui expliquent comment ils s'organisent par équipe pour creuser jour et nuit et que des différents éclatent parfois entre des propriétaires de parcelles.


Selon la Chambre des mines de la République démocratique du Congo, la RDC dispose d’entre 2,5 et 3,5 millions de tonnes de cobalt, ce qui représente 60 à 75 % du cobalt mondial. Des ressources qui attirent les convoitises de creuseurs qui opèrent souvent de façon illégale : en juin dernier, un conflit minier avait été réglé à l’arme à feu par la police à Kawama, au sud de Kolwezi.


Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste aux Observateurs de FRANCE 24

Commentaires

Creuseurs au quartier Kasulo KOlwezi

Il faut laisser les creuseurs faire ce qu’ils font. Moi je les comprends tout à fait, quand je vois quelle vie de misère ces gens sont en train de mener ici au Congo avec un taux de chômage qui ne cesse d’augmenter chaque mois.

Même si on confiait au gouvernement la gestion de ce gisement, l’argent gagné finira certainement dans les poches des dirigeants de ce pays et la population n’y bénéficiera rien du tout. Laissez alors ces gens profiter pour une fois des richesses de leur pays.

Les mineurs

Voici pourquoi ils se font expulser de l'Angola. Aucun respect de la légalité. Dès que les mines seront épuisées, ils s'en iront . Ces creuseurs artisanaux sont une catastrophe environnementale.

Le creuseurs artisanaux des minerais en RDC

Monsieur a raison. Ces artisanaux qui ne paient ni droit, ni impôt àl'etat ni redevance sont un danger pour la préservation de l'environnement. Ils pillent le sol comme le font leurs propres dirigeants. C'est en fait en complicités avec ces derniers que l'exploitation artisanale des minerais prospère.

Creuseurs au quartier Kasulo KOlwezi

Il faut laisser les creuseurs faire ce qu’ils font. Moi je les comprends tout à fait, quand je vois quelle vie de misère ces gens sont en train de mener ici au Congo avec un taux de chômage qui ne cesse d’augmenter chaque mois.

Même si on confiait au gouvernement la gestion de ce gisement, l’argent gagné finira certainement dans les poches des dirigeants de ce pays et la population n’y bénéficiera rien du tout. Laissez alors ces gens profiter pour une fois des richesses de leur pays.

Les mineurs

Voici pourquoi ils se font expulser de l'Angola. Aucun respect de la légalité. Dès que les mines seront épuisées, ils s'en iront . Ces creuseurs artisanaux sont une catastrophe environnementale.

Les mineurs

Voici pourquoi ils se font expulser de l'Angola. Aucun respect de la légalité. Dès que les mines seront épuisées, ils s'en iront . Ces creuseurs artisanaux sont une catastrophe environnementale.



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