Les chrétiens de Mossoul dépossédés de leurs biens

Une maison de Mossoul taguée avec le "N" de "Nassara" (chrétiens en arabe) et la mention "propriété de l'État islamique".

En moins de 48 heures, les chrétiens de Mossoul ont quitté leur ville après un ultimatum imposé par l'État Islamique en Irak et au Levant (EIIL). Un départ dans l'urgence et, surtout, dans le dénuement total : les membres de la communauté ont été dépossédés de tous leurs biens, avant de devoir quitter les lieux.

Ils avaient quatre options : partir, se convertir, payer une taxe ou mourir. Les quelques milliers de chrétiens chaldéens de Mossoul, ont donc choisi de partir. Une décision renforcée par le refus de leurs dignitaires religieux locaux de discuter avec l'EIIL.

L'autoproclamé État islamique a pris le contrôle de la deuxième ville d'Irak, le 10 juin dernier. Plusieurs milliers d'habitants, dont des chrétiens, avaient alors fui la ville vers le Kurdistan voisin. Ils n'ont cependant pas tardé à rentrer, après que leurs coreligionnaires restés sur place les ont rassurés sur la manière dont l'EIIL traitait les chrétiens.

Mais après le dernier ultimatum, tous ont pris la route de l'exode vers le Kurdistan et le nord de la province de Ninive, dont Mossoul est la capitale.




D'autres maisons chrétiennes avec les mêmes inscriptions.
Contributeurs

"Ils n'avaient rien sur eux, mis à part les vêtements qu'ils portaient"

Fourat (pseudonyme) dirige le site Internet de l'église de sa ville, Al-Qosh (45 km au nord de Mossoul). Environ 95 familles chrétiennes ayant fui Mossoul y ont été accueillies.

Mercredi, des amis de Mossoul m'ont envoyé ces photos où l'on voit des maisons taguées avec la lettre "N" en arabe, pour "Nassara" [chrétiens en arabe] et une phrase disant que le bien est une "propriété de l'État islamique". Ils m'ont expliqué que les membres de l'EIIL avaient marqué ainsi les maisons de tous les chrétiens de la ville avant de leur proposer soit de se convertir soit de payer la "jezya" [taxe imposée aux non musulmans du temps du califat islamique ; en contrepartie, ces derniers sont protégés par les autorités et dispensées d'effectuer leur service militaire, NDLR]. Ils ont aussi lancé un appel aux dignitaires religieux de la ville pour se réunir le lendemain, jeudi, à 10 heures, pour discuter des conditions de vie de leur communauté à Mossoul.

Or, les chefs religieux chrétiens ont boycotté cette réunion. On ne sait toujours pas si c'était une position de principe ou par peur d'être pris en otage. Mais l'EIIL n'a alors guère laissé davantage de choix aux chrétiens : soit ils payaient, soit ils devaient quitter la ville avant samedi midi s'ils ne voulaient pas mourir. Très vite, les chrétiens ont commencé à s'organiser, ils ont essayé de rassembler une partie de leurs affaires pour prendre la fuite.

Le vendredi matin, l'EIIL a installé des barrages aux différents points de sortie de Mossoul. Les habitants devaient présenter leur carte d'identité, car leur confession était inscrite dessus. Et si la personne était chrétienne, lui et sa voiture étaient fouillés. On a pris aux habitants leur argent en leur disant que c'était là aussi 'la propriété de l'État islamique' et qu'ils n'avaient par conséquent pas le droit de le garder. Les bijoux ou tout autre bien précieux étaient aussi réquisitionnés, et même les alliances. Certains ont également été forcés de quitter la ville à pieds car ils avaient un modèle de voiture récent que l'EIIL voulait garder. En arrivant ici, ils n'avaient rien sur eux, mis à part les vêtements qu'ils portaient.

C'est vrai que beaucoup de chrétiens sont revenus après un premier départ de Mossoul. À l'époque, les plus riches étaient restés de peur de perdre leurs biens. Ils ont pu constater qu'il n'y avait pas de "jezya" et que l'EIIL avait même protégé les églises. Mais les djihadistes n'ont pas tenu parole et aujourd'hui, non seulement ils demandent la taxe mais ils occupent en plus les monastères. Du coup les gens ont peur : ils préfèrent suivre les patriarches et se disent que, même s'ils acceptaient de payer, ils n'auraient aucune garantie de vivre en sécurité.

Ce n'est pas la première fois que l'EIIL tente d'imposer ses règles à la communauté chrétienne d'Orient. À Raqqa, dans le nord de la Syrie, les chrétiens ont pu continuer à vivre chez eux, au prix d'un certain nombre de règles comme le paiement de la taxe, ne pas montrer une croix ou une Bible dans les endroits où se trouvent les musulmans, ne pas utiliser des haut-parleurs pour leurs prières, etc.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à FRANCE 24.

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La tolérance n'existe pas

La tolérance n'existe pas dans certaines religions... Où se trouve la bonté d'un dieu que les hommes transforment en démon ?



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