Après l’offensive djihadiste, des flots de réfugiés aux portes des villes kurdes

Des réfugiés affluant vers Erbil.
 
L’offensive des djihadistes de l'État Islamique en Irak et au Levant (EIIL) a déjà poussé plus de 500 000 Irakiens à fuir Mossoul et ses alentours pour tenter de se réfugier dans les villes kurdes voisines. L'un de nos Observateurs sur place raconte que nombre de ces familles sont refoulées à leur arrivée par les autorités locales, qui craignent une pénurie.
 
Le siège de Mossoul par les djihadistes de l'État Islamique en Irak et au Levant (EIIL) a commencé samedi 7 juin. Depuis, selon l'organisation mondiale de la migration, près de 500 000 réfugiés ont pris la route vers les villes situées dans les régions sécurisées du nord du pays, sous le contrôle du gouvernement autonome kurde irakien (GRK). Ces déplacés ont été rejoints sur la route par des habitants fuyant les autres villes de la province de Ninive passées sous le contrôle de l’EIIL, dont Tikrit. Et si tous se dirigent vers Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan, beaucoup voient leur exode s’arrêter aux portes de la ville.
 
Des familles quittant Mossoul pour se réfugier dans les villes kurdes.

"Certaines familles passent plus de deux jours dans les bouchons"

Ali Abbass, étudiant de Mossoul, a réussi à se réfugier à Erbil.
 
Hier, j’ai quitté la ville avec ma famille pour me réfugier à Erbil. J’ai pris des photos pour témoigner de la situation très compliquée des réfugiés sur la route. Certaines familles passent plus de deux jours à attendre dans les bouchons. Il y a un vrai manque de tentes à l’entrée de la ville [des camps ont été installés à l’intérieur et aux abords de la ville]. Les gens ne peuvent se pas se protéger de la chaleur la journée ou du froid la nuit. La nourriture se fait de plus en plus rare et sur la route, tous les centres commerciaux sont fermés.
 
À l’entrée d’Erbil, même les femmes, les enfants et les personnes âgées doivent attendre des heures et négocier leur entrée dans la ville. Certains bénévoles distribuent de l’eau, mais cela reste encore rare. J’ai croisé une jeune fille de 13 ans, trop déshydratée pour marcher. Même pour moi qui suis jeune, cela a été très dur de supporter la chaleur et les longues files d’attente à l’entrée de la ville.
 
 
Voitures brûlées dans les rues de Mossoul. Toutes les photos ont été prises par notre Observateur Ali Abbass.

"J’ai attendu 16 heures au checkpoint "

 Ahmed Abbass Ibrahim (pseudonyme) est correspondant d’un journal local. Il a quitté Tikrit quand a commencé le siège de la ville par les djihadistes de l’EIIL et il a rejoint Erbil.
 
Au moment où je vous parle, les forces de l'État Islamique en Irak et au Levant sont en train d’entrer dans Tikrit. À mon départ, certains ont exprimé leur joie car ils voient cette arrivée comme la chute de Maliki, mais ils ne sont pas pour autant confiants en l’avenir. Les djihadistes profitent de la colère de la population contre le pouvoir en place mais ils n’ont aucun projet pour les populations.
 
Les civils qui arrivent à Erbil fuient l’autorité des combattants de l’État Islamique en Irak et au Levant. Mais nous avons tous peur de l’avenir. Moi, j’ai réussi à entrer dans la ville après 16 heures d’attente au check point. J’ai voyagé pendant 24 heures.

"Il y a déjà plusieurs campements sur les bords de route"

Mohammad Arani est ingénieur à Kirkouk. Il travaille dans un champ de pétrole où se sont positionnées les forces kurdes quand une partie de l’armée irakienne a quitté ses positions. Plusieurs membres de sa famille sont partis se réfugier à Erbil.
 
Après que les forces de l’armée gouvernementale ont déserté leurs postes, ce sont les forces kurdes qui contrôlent maintenant les principaux gisements de pétrole pour les protéger des velléités des combattants de l'État Islamique en Irak et au Levant.
 
Les batailles aux alentours de Kirkouk (à 60 km) ont contraint plusieurs habitants à quitter la ville. Il y a déjà plusieurs campements sur les bords de route qui mène à Erbil. Beaucoup se font refouler à l’entrée car les autorités de la ville s’inquiètent que la situation ne devienne incontrôlable, et notamment que la nourriture et l’eau potable ne viennent à manquer.
 

Commentaires

L'Irak

La démocratie apportée dans les bagages d'une armée de conquête, ça n'a jamais marché! Les Américains ont déjà fait ce triste constat en Afghanistan, et ailleurs! Ici, ils ont livré des armes, et maintenant, ils se retrouvent en face! Chasser un dictateur cruel, sans loi, c'est bien, mais encore faut-il s'assurer que le peuple est prêt à se gérer! Si non, c'est le chaos!!



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