Mondial-2014 au Brésil : la cata pour les touristes ?

Le footballeur anglais Joey Barton et son frère, Andrew, devant le Christ Redempteur à Rio de Janeiro.  Photo postée par NicolaBenn.
 
C’est la Coupe de tous les espoirs, mais aussi celle de toutes les inquiétudes. Jeudi à 16 h, heure locale, le coup d’envoi du Mondial sera donné au stade Arena Corinthians de Sao Paulo dans un contexte social tendu. Premières impressions de touristes fraîchement débarqués.
 
À quelques heures du lancement de la très attendue coupe du monde au Brésil, le pays est en ébullition, et pas seulement à cause du ballon rond. Il y a d’abord eu les grèves des policiers et celle des enseignants, deux mouvements de contestation qui ont été apaisés in extremis à quelques jours du Mondial. Les grèves du personnel du métro ont suivi, provoquant ces derniers jours d’interminables embouteillages dans les rues de Sao Paulo, la capitale économique. À Rio, des affrontements meurtriers entre policiers et trafiquants de drogues ont éclaté dans une favela supposée "pacifiée". Il y a aussi ces nombreuses campagnes anti-mondial qui comptent profiter de la compétition pour dénoncer le coût de l’évènement, exorbitant à leurs yeux. Et puis, il y a ces nombreux stades, parachevés à la hâte à quelques heures de l’ouverture de la compétition et dans lesquels il manquerait encore quelques sièges.
 
C’est dans ce contexte qu’environ 600 000 visiteurs étrangers  sont attendus par l’Institut brésilien du tourisme pour assister à ces festivités historiques.  

"À Rio, on sent que tout est fini à la va-vite"

Mohamed Ben Halim est un Libyen étudiant en commerce à Paris. Il est arrivé au Brésil le 28 mai.
 
Mes plans ont un peu été contrariés car je devais venir avec un ami qui n’a finalement pas eu le visa. Donc j’avoue qu’au début, je m’ennuyais un peu mais je commence à rencontrer des gens.
 
À Rio, tout le monde s’active. On voit un peu partout des ouvriers s’affairer sur les chantiers et dans les rues. Par ailleurs, pour un pays amoureux du football comme le Brésil, j’avoue que je m’attendais à plus d’ambiance. Il y a bien quelques publicités dans les rues, mais ça tourne moins autour du foot que ce que je pensais. Les Brésiliens que j’ai rencontrés ne sont pas très enthousiastes. Beaucoup pensent qu’il y a un vrai problème de priorité de la part des autorités.
 
 
"Très peu de gens parlent anglais"
 
Je ne veux pas être négatif car je passe un bon moment, mais je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que très peu de gens parlent anglais, même dans les commerces. J’ai mis par exemple un temps fou à faire comprendre quelle carte SIM je voulais dans un magasin de portable. Or après le Mondial, il y a les Jeux olympiques, tellement de gens vont venir ici, il faut s’y préparer.
 
Plage de Rio.
 
D’un point de vue sécurité, on nous dit tellement de choses sur ce pays qu’on est vraiment sur nos gardes en arrivant. En quelques jours, je me sens déjà beaucoup plus à l’aise. Il faut dire que la police est présente à tous les coins de rue.
 
 
J’ai aussi  passé deux jours à Sao Paulo. Mais la ville était tellement engorgée à cause des embouteillages que je n’ai pas vu grand-chose.

Sao Paulo ou le mic mac des transports

Sao Paulo, capitale économique forte de plus de 11 millions d’habitants, accueillera le premier match du mondial : Brésil – Croatie. Mais il n’a pas échappé aux Paulistes que les cartes de la ville destinées aux nombreux touristes ne sont pas à jour.
 
Plusieurs stations mentionnées comme "en construction" ont été terminées parfois il y a des années, tandis que des stations existantes n’apparaissent tout simplement pas sur la carte.
 
Lundi, un journaliste français a raté sa correspondance à cause d’un réseau aérien chaotique. Postée ici

Une manifestante anti-mondial à Sao Paulo "Avis aux touristes, ne venez pas au Mondial. Ce pays est dangereux". Postée ici.

"À Manaus, il fait chaud mais l’ambiance commence à prendre"

La ville de Manaus, située en pleine forêt amazonienne, est une des 12 villes-hôtes du mondial. Si de fortes précipitations ont provoqué l’effondrement du toit de l’aéroport fin mai, l’humeur est aujourd’hui à la fête.  Rob (pseudonyme) est anglais. Il est arrivé mardi sur place.
 
J’ai pris un vol de l’Angleterre vers Georgetown au Guyana. De là, j’ai pris des bus vers la ville de Manaus. Le voyage a duré 18 h et tout s’est passé à merveille. Il fait très chaud [entre 30 et 33°C cette semaine] et humide, mais j’ai déjà eu le temps de faire un petit tour dans la jungle et d’aller voir des chutes d’eau magnifiques.
 
La circulation est un peu engorgée mais la ville semble prête. Il y a des drapeaux partout. L’ambiance commence à monter. Samedi, j’irai voir mon premier match au stade. D’ici là, on a prévu un voyage de 7 heures en bateau sur l’Amazone !
 
    Décoration dans les rues de Manaus. 
     
    À Manaus, la préfecture est allée jusqu’à donner des conseils aux habitants pour traiter les touristes en fonction de leur nationalité, ce qui donne lieu à d’étranges indications. Les Croates seraient donc réputés pour leur amour de la pizza "à toutes les heures", les britanniques eux "ne supportent pas les gens en retard" et il est vivement déconseillé de parler "de guerre ou de terrorisme" avec les Américains.
     

    "À Fortaleza, les vols et les assassinats se multiplient"

    David Ollie est Congolais. Il est arrivé à Fortaleza, dans le nord du Brésil, il y a huit mois. Conseiller artistique, il pensait pouvoir profiter d’une opportunité professionnelle sur place pour assister au Mondial. Il a vite déchanté.
     
    J’ai payé un billet 200 euros pour un match qui se tiendra le 29 juin au stade de Castelao. Mais je ne pense pas y aller finalement. Je suis trop inquiet pour ma sécurité. Car entre le Brésil que l’on imagine et celui que l’on voit en vrai, il y a un monde. J’habite à 100 mètres de la plage, dans un quartier plutôt chic, mais je n’y vais pas de peur des agressions. Avec les grèves de policiers qu’il y a eu ces derniers jours, les vols et les assassinats se multiplient. Tous les jours, on entend une nouvelle histoire. Il y a à peine une semaine, en plein restaurant, un homme s’est fait tirer dessus sous mes yeux alors que j’étais à table avec un ami  . Et dernièrement, plusieurs contrôleurs de bus ont été assassinés et des grèves ont été décrétées. La circulation est donc devenue très compliquée. 
     
    Plage de Fortaleza. Photo envoyée par David Ollie.
     
    Pour toutes ces raisons, un déplacement au stade me semble trop risqué, et ce même si il y a des tas de barrages de police pour y accéder. Avec mes amis brésiliens, on préfèrera rester chez nous devant la télévision. En bas de chez moi, tu peux regarder 30 minutes par la fenêtre, tu ne verras pas une personne passer à pied. Les gens ont trop peur de marcher seuls dehors.
     
    Je conseille aux visiteurs de rester dans les lieux touristiques. Il faut qu’ils aient conscience de ce que les gens meurent comme des bêtes ici. Rien ne sert de s’aventurer dans certaines zones. Et je ne compte pas sur les policiers  pour les aider car ils ne parlent généralement ni anglais, ni français. Les touristes étrangers ne se doutent pas de ce qu’ils représentent ici.
     
    Surfeurs de Fortaleza. Photo envoyée par David Ollie.
     
    Fortaleza, comme Salvador et Recife, fait partie des villes brésiliennes qui comptent le plus de vols, notamment à main armée. De manière générale, la croissance du Brésil n’a pas enrayé la violence, au contraire. Pour cet évènement, les autorités ont donc boosté le budget alloué à la sécurité qui s’élèverait à 617 millions d'euros, soit cinq fois celui du Mondial 2010 organisé en Afrique du Sud. 
     
    Selon le gouvernement, le Mondial devrait avoir un impact positif sur la croissance de 0,4 % par an jusqu’en 2019. D’après l’institut touristique officiel Embratur, les Brésiliens devraient dépenser 8,3 milliards de dollars pendant le Mondial contre 3,1 milliards pour les visiteurs étrangers. Et pour les nationaux qui ne pensent pas tenir le coup de l’agitation du Mondial, des voyagistes offrent des séjours en promotion pour quitter le pays pendant la compétition.

    Commentaires

    Georgetown n'est pas en

    Georgetown n'est pas en Guyane mais au Guyana!

    Correction

    Merci à vous, c'est corrigé.

    Eau chère

    En favorisant l'organisation de la Coupe du monde au Brésil, et cela n'est que justice pour le pays du football, avait-on cependant pensé à l'augmentation des prix pour tout ce qui est vendable ?
    Des Algériens présents à Sao Paulo parlent d'une multiplication par trois et plus du prix de la bouteille d'eau. Comme l'eau du robinet est constatée impure, on imagine facilement les sommes déversées pour ne pas mourir de soif.
    A Blida, lors des éliminatoires de la Coupe du monde, au stade Tchaker, l'eau était distribuée gratuitement à celles (peu nombreuses) et ceux qui pénétraient au stade.

    À Mekfouldji

    Merci pour ces informations !



    Fermer