Évasion massive d’une prison passoire du Sud-Kivu

Quelques heures après l'évasion, devant la prison centrale de Bukavu. Photo prise par notre Observateur.
 
Tôt jeudi matin, plusieurs centaines de détenus, dont certains étaient armés, ont réussi à s’évader de la prison centrale de Bukavu, capitale du Sud-Kivu. La panique gagne le voisinage car seuls 54 prisonniers ont été rattrapés.
 
Vers 5h30 du matin, les premiers coups de feu ont raisonné. Les prisonniers ont réussi à forcer la sortie une trentaine de minutes plus tard.  Quatre personnes sont décédées dans les échanges de tirs, dont un policier. Une dizaine de blessés ont par ailleurs été signalés.  Plus de 24 heures après cette évasion massive, seulement 54 prisonniers ont été rattrapés par les forces de police et militaires sur les 301 personnes qui s’étaient échappées.
 
Selon le correspondant local de Radio Okapi, les fugitifs ont emporté six AK47. Une enquête devra déterminer comment les armes sont tombées entre les mains des détenus. Le chef de la police a declaré que des photos des grands criminels seraient diffusées.
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"La prison est à quelques centaines de mètres des habitations"

Notre Observateur habite à proximité de la prison, il s’est rendu sur place vers 8 h du matin.
 
Quand j’ai su ce qui s’était passé, je me suis précipité sur place. Il y a avait plein de barrages de police sur la route, impossible de passer sans sa carte d’identité. Les gens ont été avertis qu’ils ne devaient pas se balader sans papiers sur eux, au risque d’être suspecté de faire partie des évadés.
 
 
Sur place, les policiers ont tout fait pour nous empêcher de prendre des photos. Tous les prisonniers avaient déjà pris la fuite, mais j’ai vu le corps de l’un d’entre eux gisant à l’entrée du pénitencier. Il avait été tué par balle dans sa fuite.
 
 
Ça fait des années que cette prison pose problème, notamment parce qu’elle mélange militaires et civils. En 2012 déjà, tout le monde avait été surpris par l’explosion d’une grenade à l’intérieur du bâtiment. [L’explosion avait fait huit morts dont quatre détenus civils et quatre détenus militaires ]. Cela avait soulevé un débat sur le fait que des gens qui connaissent le maniement des armes et des civils se retrouvent côte à côte en détention [L’enquête avait conclu que c’est un militaire qui avait fait entrer la grenade en prison].
 
À l’époque les autorités s’étaient aussi inquiétées de la surpopulation de l’établissement. On parlait alors de 1 200 ou 1 400 prisonniers  [La capacité d’accueil serait de 500 prisonniers].  Hier, elles parlaient d’au moins 1 600 personnes ! Rien n’a été fait.
 
" De l’extérieur on peut jeter des choses dans la prison"
 
Par ailleurs, si beaucoup de gens paniquent, c’est parce que la prison est à quelques centaines de mètres de zones habitées. Elle est quasiment dans le centre ville et des constructions anarchiques se sont développées aux alentours. Or régulièrement, des détenus s’évadent et, même s’ils les  voient, les gens ont trop peur de les dénoncer. Il arrive aussi qu’avec la complicité des gardes, des prisonniers aillent commettre leurs méfaits en ville pendant la nuit et rentrent. Pour vous dire, de l’extérieur on peut jeter des choses dans la prison. Certains arrivent à leur faire parvenir des billets de banque en les envoyant attachés à une pierre par-dessus le mur. C’est un endroit vétuste et très mal protégé.
 
Beaucoup de ces détenus ont dû prendre immédiatement la route pour aller se cacher dans les territoires alentours, le temps que la police les oublie. Ils ont aussi la possibilité de se rendre dans des zones reculées comme le territoire de Shabunda et d’y rejoindre les milices qui y sont implantées. Nul doute qu’ils reviendront ici et créeront à nouveau des problèmes.
 
Plusieurs sources sur place confirment que les évasions de la prison centrale sont courantes. En 2013, deux militaires condamnés à perpétuité s’étaient évadés de la prison, faisant craindre pour la sécurité des personnes ayant participé à leur procès. 


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