Au Mali, la parole des sages bientôt dans votre smartphone

Notre Observateur prévoit de diffuser la parole des sages maliens sur les smartphones.
 
Mise à jour 18/06 : Notre Observateur Boukary Konaté lance une opération de levée de fonds pour financer son projet. Si vous souhaitez l'aider, connectez vous sur sa page Kiss Kiss Bank Bank.
 
Les nouvelles technologies de la communication et les traditions ancestrales peuvent apparaître comme deux mondes opposés. Notre Observateur a toutefois fait le pari de les réunir dans un projet : un blog de collecte et de diffusion de la culture rurale malienne pour transmettre la parole des sages aux nouvelles générations.
 
Sur les 703 communes du Mali, 666 sont rurales. Des villages parfois reculés, où les traditions ancestrales ont une place centrale. Pourtant, ces dernières sont en péril : en 2014, la transmission entre ancienne et nouvelle génération est moins évidente qu’auparavant. De plus en plus les jeunes maliens en quête d’emploi partent pour les grandes villes et se détournent des traditions de leur village natal.
 
C’est partant de ce constat que Boukary Konaté, professeur de français et de bambara à Bamako, et Observateur de FRANCE 24, a décidé de lancer "Quand le village se réveille". Le projet, qui débute, prévoit de créer un espace de collecte et de partage d'informations sur la culture traditionnelle au Mali. Des contenus écrits, audio et vidéo, qui seront postés sur les réseaux sociaux dans le but de partager la parole des sages.
 
Notre Observateur Boukary Konaté avec une vieille femme d'un village de la région de Ségou. Cette dernière file du coton artisanalement.
Contributeurs

"L’innovation est une chance, mais il est impensable que cela signifie la disparition de ces traditions"

Je viens d’un petit village de la région de Ségou, Damoussobougou, et je reste marqué par l’influence qu’avaient les sages sur la vie de mon village. Puis, mes études m’ont amené à Bamako, et la vie a suivi son cours. Mais récemment, j’ai fait un voyage dans des communes rurales de la région de Bandiagara et de Sangha (centre du pays). Là-bas, j’ai assisté à un rassemblement au cours duquel les vieilles femmes du village filaient le coton. Dix grands-mères travaillaient ensemble. Autour, les fillettes du village cuisinaient pour les plus âgées. Le tout rythmé par des chants traditionnels. C’était une scène fascinante.
 
 
Or, dans ces villages, certains sont inquiets à l'idée que ces traditions se perdent : par exemple, beaucoup de jeunes Dogons [peuple de cultivateurs maliens présent sur le plateau de Bandiagara, NDLR] qui ont étudié à Bamako, reviennent dans leurs villages pour lancer leurs commerces de beurre de karité. Ils construisent des moulins pour broyer les fruits, ce qui augmente la productivité. Mais cette activité est traditionnellement réservée aux femmes du village, qui cueillent et broient les fruits au pilon, à tour de rôle, dans un grand mortier. Ça se fait lors d’un rassemblement annuel et cérémonial durant la saison des pluies. Avec l’apport de la modernité, on tue petit à petit ce type de pratiques communautaires qui structurent la vie sociale.
 
Je ne suis pas hypocrite. Le progrès technique est une chance, il permet de lutter contre le temps, d’être plus efficace. Mais l’innovation est aussi ce qu’on en fait : c’est pour moi impensable que le progrès signifie la disparition de ces traditions essentielles à la vie d’un village. Et le moyen le plus efficace aujourd’hui pour sauvegarder cela, c’est le web.
 
Dans la région, des inscriptions au sol, comme des hiéroglyphes, sont à déchiffrer.
 
"Au Mali, les sages disent ‘"Dès qu'on oublie d'où l'on vient, on ne sait pas où l'on va"'
 
Quand je parle d’Internet aux villageois, ils me regardent d’abord avec de grands yeux. Ils me disent que c’est abstrait, que ça ne leur apportera ni emplois, ni nourriture. Puis, je sors mon ordinateur, et je leur montre que le web est un vestibule des connaissances. En tapant le nom d’un des villages où je me suis rendu dans un moteur de recherche, Macina, on a découvert qu’il y avait une ville en Serbie qui avait le même nom ! Je leur ai expliqué que eux aussi pouvaient laisser une trace, à la fois pour les futures générations maliennes, mais aussi pour le monde entier.
 
Sur la page Facebook du projet, Boukary Konaté propose des discussions autour de traditions méconnues.
 
Mon objectif, c’est aussi de montrer la diversité culturelle malienne. Pour ça, je compte interconnecter neuf villages dans 3 régions différentes, Kayes, Ségou et Tombouctou, pour créer un blog qu’ils alimenteraient à terme eux-mêmes. Je m’occuperai des formations en matière de rédaction, de prises d’images, et de familiarisation avec la plateforme de blog. Un espace particulier serait accordé aux sages, filmés sous forme de chroniques pour délivrer la parole de la semaine. Évidemment, l’obstacle principal du projet est son coût, que j’estime à environ 4 millions de francs CFA [environ 6 000 euros] sur deux ans.
 
Au Mali, les sages répètent souvent ce proverbe "dès qu’on oublie d'où l'on vient, on ne sait pas où on va". C’est un projet collaboratif, donc n’importe qui peut apporter sa pierre à l’édifice, en publiant des images et en expliquant des coutumes propres à son village natal.
 
 
Le projet est pour l’instant disponible via la page Facebook "Quand le village se réveille" et le blog sera disponible prochainement. Notre Observateur prévoit également de lancer une levée de fonds pour financer son projet. Si vous souhaitez le contacter, envoyez nous un mail à observateurs@france24.com et nous vous mettrons en relation avec lui.
 
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste pour les Observateurs de FRANCE 24.


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