Des villageois guinéens se cotisent pour sauver leur pont

Ils sont en tout une centaine à participer dans le village. Photos prises le dimanche 27 avril par notre Observateur Sally Bilaly Sow.
 
La commune de Kalan, dans le centre de la Guinée Conakry, ne dispose que d’un seul pont pour accéder aux villages alentours. Mais la structure, en état de délabrement avancé, est totalement impraticable quand commence la saison des pluies. Lassés d’attendre l’aide de Conakry, les habitants ont donc décidé de le reconstruire sur leurs propres deniers.
 
Kalan est une commune rurale située à 15 kilomètres de Labé, la plus grande ville de la région. Elle est également l’une des sous-préfectures et compte environ 11 000 habitants.
 
Pour enjamber la rivière Komtory et rejoindre les villages alentours, la commune ne dispose que d’un seul pont d’une dizaine de mètres de long situé à 4 kilomètres de la sortie du village. Un pont qui se trouve être dans un très mauvais état depuis plusieurs décennies. Les autorités municipales et préfectorales de Kalan affirment avoir demandé à plusieurs reprises l’aide de l’État pour le solidifier, sans succès.
 

"Certains d’entre nous ont vendu leur bétail pour payer les premiers sacs de ciment"

Thierno Mamadou Diallo est un habitant de Kalan. Après des études de biologie au Sénégal, il est au chômage et participe, comme plusieurs centaines de personnes, à la reconstruction du pont. Il est l’un des coordinateurs du projet.
 
L’ancien pont n’avait aucune stabilité : il était très étroit, sans aucun pilier, fait en pierre. En période sèche [d’octobre à mai, NDLR], il n’y avait aucun problème pour le traverser. Mais en période de pluies [mai à septembre, NDLR], il s’effritait et devenait très glissant. Pire, lorsque la crue de la rivière Komtory était plus forte, la structure était complètement immergée.
 
Cela fait plusieurs années que lors de la saison des pluies, le pont est régulièrement endommagé à cause des crues de la rivière Komtory. L’année dernière, lorsque les précipitations ont été plus fortes en août, des agriculteurs ont perdu plusieurs vaches et chèvres qui ont glissé du pont dans la rivière. En 2012, des personnes se sont même noyées en tentant de traverser à moto le pont. Les autorités ont bien essayé de le réparer, mais ils n’ont jamais opté pour des matériaux solides, "trop chers" si on les écoute. Ce pont est indigne d’une sous-préfecture.
 
Nous, les habitants de Kalan, en avons eu assez d’attendre et nous avons lancé en janvier un appel à contribution bénévole pour reconstruire le pont. Au début, nous n’étions que quelques dizaines à nous réunir chaque mercredi et dimanche et à nous retrousser les manches. Certains d’entre nous ont vendu leur bétail pour acheter les premiers sacs de ciment. Moi qui suis au chômage et qui n’ai pas les moyens, je donne de mon temps une vingtaine d’heures par semaine pour ma commune. On a également des ingénieurs qui viennent nous conseiller pour ériger un édifice solide.
 
"Si chaque habitant donne ne serait-ce que 40 000 francs guinéens [environ 5€], on peut y arriver"
 
Le problème principal, c’est le coût [des ingénieurs sur place estiment le coût total à 500 millions de francs guinéens soit 57 000 euros, NDLR]. On a déjà réuni environ un tiers de la somme qu’on a placée dans une caisse commune. Si chaque habitant donne ne serait-ce que 40 000 francs guinéens [environ 5€], on peut y arriver. Ça peut paraître beaucoup, car ici, les gens gagnent en moyenne 300 000 francs guinéens par mois [soit 31 €], mais on ne peut pas rester une nouvelle saison des pluies à subir les conséquences du manque d’infrastructures.
 
La priorité pour ce nouveau pont a été de construire des piliers de quatre mètres de hauteur pour le renforcer et l’empêcher d’être endommagé en cas de crues. On a construit deux piliers, mais le plus dur reste à faire. Il faut absolument qu’on parvienne à terminer les travaux avant la fin du mois de juillet. Je me dis qu’un pont en bon état pourra permettre aux commerçants de circuler plus facilement, et peut-être de relancer l’activité économique.
  
Le 27 avril, jour où notre Observateur, Sally Bilaly Sow, était sur place, une vingtaine de personnes participaient à la construction du pont.

Une opération "salutaire" pour le sous-préfet de Kalan

Contacté par FRANCE 24, le sous-préfet de Kalan, Samba Diouma Diallo, qualifie l’opération de "salutaire" pour la commune car elle permettra de "désenclaver" la ville pendant la saison des pluies. Il affirme qu’il participe également "quand le temps lui permet" à la construction du pont et regrette que les autorités étatiques ne débloquent pas des fonds pour un pont, "qui n’est pas sur une route nationale, donc pas considéré comme une priorité pour le ministère des Travaux publics".
 
En réponse, le ministre des travaux publics, Mohamed Traoré, explique :
 
Il y a effectivement un gros problème du point de vue de l’état des routes dans la région de Labé, et le ministère travaille à leur réhabilitation. Cependant, je n’ai jamais entendu parler précisément de ce pont. J’invite les autorités à respecter les procédures et à faire remonter les informations à notre ministère.
 
L’état des infrastructures et des routes est fréquemment pointé du doigt par les autorités locales. Mercredi 7 mai, le préfet de la ville de Mali au nord de la Guinée, Harouna Souaré, a tiré la sonnette d’alarme et averti les autorités que la route entre Labé et Mali risque d’être totalement coupée si des mesures ne sont pas prises rapidement.
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.


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